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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Devenir b&#233;n&#233;vole</title>
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		<dc:date>2021-07-19T14:24:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Suzanne Laurin</dc:creator>


		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
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		<dc:subject>Laurin, Suzanne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;DEVENIR &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Passer d'un &#233;tat &#224; un autre, commencer &#224; &#234;tre ce qu'on n'&#233;tait pas. Devenir vieux (vieillir). &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Petit Robert &lt;br class='autobr' /&gt;
En mai dernier, les mots &#171; devenir b&#233;n&#233;vole &#187; lus sur le site internet du CHSLD Berthiaume-Du-Tremblay de mon quartier ont retenu mon attention. Il y avait l&#224; une promesse d'apprentissage, une &#233;volution possible, une sorte de projet. Jusqu'au dernier souffle, notre histoire n'est-elle pas en devenir ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la suite de notre entretien, la responsable des b&#233;n&#233;voles (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Vieillr-" rel="directory"&gt;Dossier : Vieillir&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-et-services-sociaux-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; et services sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-associatif-et-+" rel="tag"&gt;Mouvement associatif et communautaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Laurin-Suzanne-+" rel="tag"&gt;Laurin, Suzanne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3155.jpg?1642092261' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1191&#034; height=&#034;733&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;DEVENIR &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Passer d'un &#233;tat &#224; un autre, commencer &#224; &#234;tre ce qu'on n'&#233;tait pas. Devenir vieux (vieillir). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Petit Robert&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En mai dernier, les mots &#171; devenir b&#233;n&#233;vole &#187; lus sur le site internet du CHSLD Berthiaume-Du-Tremblay de mon quartier ont retenu mon attention. Il y avait l&#224; une promesse d'apprentissage, une &#233;volution possible, une sorte de projet. Jusqu'au dernier souffle, notre histoire n'est-elle pas en devenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de notre entretien, la responsable des b&#233;n&#233;voles m'a confi&#233; la t&#226;che d'&#233;crire de br&#232;ves histoires de vie des personnes qui y vivent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce travail s'effectue sous la supervision de la travailleuse sociale et avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'&#233;tait au-del&#224; de mes attentes : toute ma vie, l'&#233;criture a &#233;t&#233; un fil conducteur. Je ne m'&#233;tais encore jamais &#171; &lt;em&gt;engag&#233;e dans une activit&#233; non r&#233;tribu&#233;e, choisie librement et souvent exerc&#233;e dans une institution sans but lucratif &lt;/em&gt; &#187;, selon la d&#233;finition reconnue du b&#233;n&#233;volat.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me fallait franchir la ligne : passer du travail r&#233;mun&#233;r&#233;, tr&#232;s valoris&#233; dans la soci&#233;t&#233; comme une dimension de l'identit&#233; et de la reconnaissance, au travail non r&#233;mun&#233;r&#233; o&#249; ces aspects prennent d'autres formes. Ce passage a g&#233;n&#233;r&#233; chez moi un grand sentiment de libert&#233;. Je ressens un &#233;quilibre entre qui je suis maintenant, moi-m&#234;me devenue une personne &#226;g&#233;e, et ce que sont les autres que je rencontre en ce lieu. Je sors du carcan des r&#244;les professionnels : le fil qui me relie aux autres est d'une autre nature, plus significative en ce qui me concerne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons beaucoup des deuils et des pertes associ&#233;s au vieillissement, mais nos vieux corps se chargent chacun &#224; leur mani&#232;re d'histoire, de v&#233;cu et de po&#233;sie. Avec une conscience aigu&#235; de n'avoir plus rien &#224; perdre. Il y a quelque chose de profond dans ce mouvement vers l'autre, sans que l'argent intervienne. Cela nous ram&#232;ne &#224; soi, &#224; ce qui motive fondamentalement notre action.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D'une exp&#233;rience &#224; une autre&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture de ces histoires de vie m'a entra&#238;n&#233;e tout naturellement vers plusieurs autres activit&#233;s : des visites d'amiti&#233;, des conversations avec des r&#233;sident&#183;e&#183;s et des pr&#233;pos&#233;&#183;e&#183;s au hasard des rencontres sur les &#233;tages, l'accompagnement aux activit&#233;s sociales de la r&#233;sidence, etc. Les CHSLD sont souvent d&#233;peints comme des mouroirs. Mais ce n'est qu'une des r&#233;alit&#233;s du lieu. Avant leur fin, ces personnes sont vivantes. Et il se passe beaucoup de choses chaque jour : des amiti&#233;s, des rivalit&#233;s, des pleurs, des lamentations, des blagues et des rires ; de la musique, des clowns, des animaux ; des d&#233;sirs et des souvenirs exprim&#233;s ; des d&#233;c&#232;s, bien s&#251;r, et de nouvelles admissions. Une dame en attente d'une chambre individuelle me dit un jour : &#171; &lt;em&gt;J'attends qu'il y en ait un qui meure, qu'est-ce que tu veux, &#231;a marche de m&#234;me icitte.&lt;/em&gt; &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y perd souvent son dentier, ses lunettes, ses bas, sa petite couverte, sa peluche, son porte-monnaie ou&#8230; ses mots. On les retrouve, ou pas. On se d&#233;place en ascenseur sur dix &#233;tages et c'est l'occasion de bien des aventures. C'est parfois triste, souvent dr&#244;le, rarement banal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis consciente de naviguer dans un syst&#232;me, une institution, avec des lois, des politiques, des conventions, des rapports de pouvoir qui influent sur l'approche humaniste de la r&#233;sidence. Autrement dit, on n'est pas encore au paradis. Mais est-ce mon &#226;ge ? Mon statut de b&#233;n&#233;vole ? Je deviens plus sensible &#224; toutes les subtiles facettes d'une relation humaine dans ce contexte. Chacune de ces exp&#233;riences est l'occasion d'un apprentissage.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ces &#233;tats de corps et d'esprit&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces apprentissages, je les note dans un carnet de bord. J'en extrais quelques-uns.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mesure de la diff&#233;rence entre le r&#244;le de proche aidante d'un membre de ma famille et celui de b&#233;n&#233;vole aupr&#232;s de personnes qui me sont inconnues. Ici, je ne suis plus l'&#171; enfant &#187; de mes parents. Elles, je ne les ai pas vues vieillir. Cette distance me donne acc&#232;s &#224; d'autres aspects de leur personnalit&#233;. Ainsi, leurs changements d'humeur li&#233;s &#224; leur d&#233;pendance physique, &#224; la perte de pouvoir sur leur vie ne m'affectent pas de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience &#233;largie de la richesse de la vie dans un CHSLD. Ce n'est pas toujours aussi triste qu'on le pense de l'ext&#233;rieur. Il y a des relations, de l'humour, de l'attention. J'entends beaucoup de phrases lucides, exprim&#233;es m&#234;me par les personnes vivant d'importantes pertes cognitives. Les vieux gagnent en authenticit&#233;, en d&#233;rision. Je ris souvent. Et puis, peut-&#234;tre faut-il cesser de lutter contre la tristesse de l'&#226;me des personnes &#226;g&#233;es qui sentent leur fin approcher. D'ailleurs, qui n'est jamais triste ou nostalgique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;em&gt;Comment &#231;a va aujourd'hui, Madame M. ?&lt;/em&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &lt;em&gt;Oh&#8230; &#231;a allait mieux il y a 30 ans ! &lt;/em&gt; &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;em&gt;Et vous, Madame B., est-ce que vous aimez lire ?&lt;/em&gt; &#187; Silence. Je r&#233;p&#232;te ma question, croyant qu'elle ne m'a pas entendue. &#171; &lt;em&gt;Je vous r&#233;pondrai quand &#231;a me tentera ! &lt;/em&gt; &#187;, r&#233;torque-t-elle. Il lui reste encore ce pouvoir, celui de parler ou de se taire quand bon lui semble.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;em&gt;C'est beau de vous voir manger avec app&#233;tit&lt;/em&gt; &#187;, avais-je dit un jour &#224; G., mon amie de 103 ans, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Elle a lev&#233; les yeux et en fixant le mur, elle a r&#233;pondu : &#171; &lt;em&gt;Oui, c'est rassurant, je suppose. &lt;/em&gt; &#187; Un &#233;clair de lucidit&#233;, dans tout ce chaos.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conversation est un besoin, m&#234;me quand on a perdu ses capacit&#233;s cognitives. Une autre langue se pratique. Je parle &#224; Madame L. d'un tableau accroch&#233; au mur de sa chambre. &#171; &lt;em&gt;J'aime beaucoup celui-l&#224;, en bas &lt;/em&gt; &#187;, dit-elle. Or, il n'y a pas de tableau, plus bas. Elle pointe du doigt une couverture rose fleurie, d&#233;pos&#233;e en tas sur une chaise. Nous &#233;changeons elle et moi sur les couleurs, les formes, les qualit&#233;s de ce &#171; tableau &#187;. C'&#233;tait une conversation agr&#233;able, r&#233;aliste &#224; ses yeux et... si po&#233;tique aux miens. J'aurais sans doute vu les choses diff&#233;remment si elle avait &#233;t&#233; ma m&#232;re, mais voil&#224;, je suis b&#233;n&#233;vole.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon b&#233;n&#233;volat a un effet sur mon entourage. Je suis plus patiente avec les personnes &#226;g&#233;es que je croise dans le bus, &#224; la pharmacie, &#224; l'&#233;picerie. Qu'est-ce que &#231;a me co&#251;te d'offrir des mots, un coup de main, quelques minutes de ma vie ? Quel luxe que celui de ne plus &#234;tre press&#233;e ! Je pratique la lenteur. Des discussions s'engagent avec mes amies sur notre vieillissement in&#233;luctable, ce parcours aux &#233;tapes incertaines qui peut s'&#233;tirer, aujourd'hui, sur une trentaine d'ann&#233;es. C'est une longue p&#233;riode que le mot perte ne peut r&#233;sumer &#224; lui seul. Il y aura in&#233;vitablement des occasions de s'&#233;tonner, d'apprendre, de vivre des exp&#233;riences in&#233;dites avec le corps du moment.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une minorit&#233; de gens &#226;g&#233;s vont en CHSLD, mais tous nous vieillissons et nous mourrons. Le plus fascinant dans ce b&#233;n&#233;volat, &#224; mon sens, c'est son effet &#171; boomerang &#187; : certes, je donne &#224; l'autre, mais c'est moi qui en ressens les effets. L'exp&#233;rience demande un ajustement constant de la parole, du comportement et des gestes. &#201;valuer chaque fois si j'en fais trop ou pas assez. Rester la plus authentique possible. Ne pas avoir d'attentes. &#201;viter de prendre mes pr&#233;jug&#233;s ou mes perceptions pour le r&#233;el. Cela me conduit &#224; l'introspection, certes, mais aussi vers des pr&#233;occupations d'ordre social.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sors toujours de ce CHSLD avec de nouvelles consid&#233;rations sur moi, ma soci&#233;t&#233; et le monde. Comme on dit souvent, la seule fa&#231;on de rester en vie, c'est de vieillir. Aussi bien apprivoiser l'id&#233;e&#8230; et la r&#233;alit&#233;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce travail s'effectue sous la supervision de la travailleuse sociale et avec l'accord du r&#233;sident ou de sa famille. Apr&#232;s un entretien avec la personne ou avec un membre de sa famille, je r&#233;dige une br&#232;ve histoire qui met en valeur des aspects marquants de sa vie. Le texte est affich&#233; dans sa chambre et dans un cartable que tous peuvent consulter. L'objectif est de faciliter les relations avec la personne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Suzanne Laurin est professeure retrait&#233;e du D&#233;partement de g&#233;ographie de l'UQAM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Sommeraften p&#229; Skagen S&#248;nderstrand (Summer Evening on the Souther Beach), Peder Severin Kr&#248;yer, 1893.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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