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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>La r&#233;volte libanaise contre l'ind&#233;cence de ses gouvernants</title>
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		<dc:date>2021-04-11T18:17:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francis Verm&#232;de</dc:creator>


		<dc:subject>Moyen-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
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		<dc:subject>Verm&#232;de, Francis</dc:subject>

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&lt;p&gt;Depuis le 18 octobre 2019, le Liban est en proie &#224; un mouvement social sans pr&#233;c&#233;dent, &#224; la fois par son ampleur et sa composition. Retour sur une situation singuli&#232;re au Proche-Orient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au Liban, pays du Proche-Orient coinc&#233; entre une Syrie en guerre civile depuis 8 ans et une Palestine occup&#233;e par l'&#201;tat isra&#233;lien, tout a commenc&#233; par l'incr&#233;dulit&#233;. Dans ce pays dont a minima un tiers des habitants vivrait sous le seuil de pauvret&#233; et frapp&#233; par une dette publique de 83,84 milliards de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-83-mars-2020-" rel="directory"&gt;No 083 - mars 2020&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Vermede-Francis-+" rel="tag"&gt;Verm&#232;de, Francis&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3115.png?1642092258' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;567&#034; height=&#034;567&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le 18 octobre 2019, le Liban est en proie &#224; un mouvement social sans pr&#233;c&#233;dent, &#224; la fois par son ampleur et sa composition. Retour sur une situation singuli&#232;re au Proche-Orient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au Liban, pays du Proche-Orient coinc&#233; entre une Syrie en guerre civile depuis 8 ans et une Palestine occup&#233;e par l'&#201;tat isra&#233;lien, tout a commenc&#233; par l'incr&#233;dulit&#233;. Dans ce pays dont &lt;em&gt;a minima&lt;/em&gt; un tiers des habitants vivrait sous le seuil de pauvret&#233; et frapp&#233; par une dette publique de 83,84 milliards de dollars US en 2018, le gouvernement a annonc&#233; en septembre 2019 une s&#233;rie de mesures pour relancer une &#233;conomie moribonde et dynamiser le fonctionnement des services publics.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les propositions, une annonce mettra le feu aux poudres : taxer les appels pass&#233;s par l'application WhatsApp, qui s'av&#232;re &#234;tre l'un des outils de communication les plus utilis&#233;s du pays. Le prix des t&#233;l&#233;communications &#233;tant parmi les plus co&#251;teux du monde arabe, les Libanais&#183;es sont contraint&#183;e&#183;s de composer avec cette application pour continuer &#224; &#233;changer et travailler. Une taxation sur ces appels vient donc taper dans le maigre portefeuille de tous les habitant&#183;e&#183;s. Paradoxalement, ce sont les r&#233;seaux sociaux et notamment WhatsApp qui ont servi de caisse de r&#233;sonnance instantan&#233;e &#224; cette annonce, qui s'est imm&#233;diatement mue en col&#232;re. Rapidement les premiers messages entre proches convergent vers la seule r&#233;ponse possible : prendre la rue !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un ras-le-bol collectif&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce premier mouvement citoyen &#8211; suite &#224; l'annonce &#8211; ne fut pas une manifestation organis&#233;e, cadr&#233;e et pens&#233;e. C'&#233;tait une r&#233;action spontan&#233;e, un cri d'&#233;c&#339;urement face &#224; la vulgarit&#233; d'un gouvernement qui bafoue son peuple depuis trop longtemps. Ainsi, d&#232;s le 18 octobre, des Libanais&#183;es se sont retrouv&#233;&#183;e&#183;s au centre-ville de Beyrouth, &#224; quelques centaines de m&#232;tres du S&#233;rail, le si&#232;ge du pouvoir. Une poign&#233;e d'abord, puis de plus en plus de citoyen&#183;ne&#183;s, rejoint&#183;e&#183;s par d'autres, le tout, sans aucun drapeau de parti politique. Une premi&#232;re dans un pays rompu aux manifestations publiques, mais toujours soutenu par un mouvement politique et/ou religieux. Un soubresaut social, sans affiliation, sans mot d'ordre si ce n'est que cette col&#232;re partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; suivront des semaines de mobilisations, de blocages des axes routiers, de danses, de chants, de discussions, d'occupation, de tensions, et ce, dans tout le Liban. Et si l'intensit&#233; semble faiblir, le rythme reste soutenu : il faut du changement, et peut &#234;tre m&#234;me la &#1579;&#1608;&#1585;&#1577; (&lt;em&gt;thaoura&lt;/em&gt;), la r&#233;volution. Du nord majoritairement sunnite et chr&#233;tien, jusque dans les montagnes druzes, en passant par les villes c&#244;ti&#232;res du sud, chiites pour la plupart, c'est tout un pays qui vibre ensemble. M&#234;me certains repr&#233;sentants religieux manifestent : ceux qui remettent en cause les hi&#233;rarchies chr&#233;tiennes et le syst&#232;me des cheiks.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence des mouvements qui &#233;maillent le Liban depuis ce 18 octobre 2019 part donc d'une impulsion commune, d'une goutte qui aura fait d&#233;border la col&#232;re de tout un peuple. Cette insultante taxation des messages Internet sur les t&#233;l&#233;phones portables n'est que la suite de d&#233;cennies de gestion tronqu&#233;e et partiale de la part des gouvernements successifs, &#224; l'image de la gestion de l'&#233;lectricit&#233;, de l'eau, du traitement des ordures, des transports en commun, de la voirie, des h&#244;pitaux publics, etc. &#8211; la liste non exhaustive pourrait s'allonger ais&#233;ment.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la fin de la guerre civile en 1990, le pays peine &#224; r&#233;former son &#233;conomie du fait de la surdit&#233; de certains dirigeants qui envisagent la conduite de l'&#201;tat comme un ensemble de man&#339;uvres &#224; court terme qui visent d'abord l'enrichissement de leur famille communautaire et des groupes d'entreprises qu'ils dirigent. Sans oublier les int&#233;r&#234;ts des familles les plus fortun&#233;es du pays, les seules qui d&#233;passent pleinement les questions confessionnelles. De fait, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990, la majorit&#233; de la classe politique se partage pouvoir et ressources sans jamais aborder frontalement la question sociale. D'apr&#232;s une enqu&#234;te de Transparency International datant de 2016&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'enqu&#234;te &#171; People and corruption : Middle-East and North Africa survey (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, 92 % des Libanais&#183;es estimaient que la corruption avait augment&#233; au cours des 12 derniers mois, soit le taux le plus haut de la zone sond&#233;e. C'est dire le niveau de d&#233;fiance qui fait suite &#224; un feuilleton de scandales qui &#233;maillent la vie politique libanaise. Les &lt;em&gt;za&#239;ms&lt;/em&gt; (des chefs locaux qui organisent le client&#233;lisme en accordant des wafa, soit des passe-droits) ne font pas la loi : ils la bafouent, en mettant en place un syst&#232;me de d&#233;pendances &#224; leurs services. Ici du pain, l&#224; quelques journ&#233;es de travail ou un permis de construire, toujours en &#233;change d'un vote ou d'un soutien physique lors d'un &#233;v&#233;nement.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La situation en d&#233;cembre 2019&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En cette fin d'ann&#233;e, les manifestant&#183;e&#183;s sont toujours divis&#233;&#183;e&#183;s : certain&#183;e&#183;s sont satisfait&#183;e&#183;s des mesures et r&#233;formes propos&#233;es suite aux r&#233;voltes, d'autres laissent une chance au gouvernement de repenser leurs propositions et les derniers, enfin, n'ont que faire des discours provenant de Baadba (palais pr&#233;sidentiel) ou du S&#233;rail (si&#232;ge du gouvernement). &lt;em&gt;Thawra&lt;/em&gt; (&#171; r&#233;volution &#187;), voil&#224; leur mot d'ordre. Par ailleurs, ce ne sont pas les propositions qui agacent les manifestant&#183;e&#183;s les plus contestataires. Ils et elles rejettent massivement le fait que ce soit une fois de plus les m&#234;mes &lt;em&gt;za&#239;ms&lt;/em&gt; qui g&#232;rent, ramenant l'ensemble des revendications &#224; une crise durable de confiance entre un peuple et ses dirigeants historiques.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des politiciens visant des r&#233;cup&#233;rations maladroites se sont m&#234;me vus exclus des rassemblements beyrouthins et tripolitains. Cependant, les coulisses de certains groupes militants sont tr&#232;s clairement marqu&#233;es par l'empreinte de quelques partis qui cherchent &#224; renforcer le poids de leur opposition au gouvernement en place. Cela &#233;tant, lors des premi&#232;res semaines de manifestations, aucun parti politique ne s'est affich&#233; : seul le drapeau libanais flottait, port&#233; par la col&#232;re des citoyen&#183;ne&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis fin novembre, la paralysie quasi totale du pays tend &#224; la baisse, mais une partie des Libanais&#183;es continue d'occuper les places et de faire pression sur ses repr&#233;sentants. La ferveur brute des d&#233;buts a fait place &#224; des groupements plus structur&#233;s, relativement plus sages, &#233;vitant soigneusement d'&#234;tre confondus avec des casseurs, dans l'id&#233;e de garder une l&#233;gitimit&#233; publique (malgr&#233; la pression de quelques bandes command&#233;es &#224; distance, visiblement par certains partis, soucieux de conserver le &lt;em&gt;statu quo&lt;/em&gt;). Les effets de la vague initiale de mobilisation sont durs, notamment pour les familles les plus modestes qui manquent parfois encore de liquidit&#233;s et qui n'ont pas pu recevoir de salaire, faute de travail. L&#224; encore, la diaspora joue son r&#244;le lorsqu'elle le peut, les transferts d'argent venant suppl&#233;er &#224; une situation plus qu'inconfortable. Pour les autres, les ONG locales et internationales compensent &#224; la hauteur de leurs moyens, mais la pr&#233;carit&#233; progresse plus rapidement, touchant surtout les classes d&#233;j&#224; tr&#232;s d&#233;favoris&#233;es.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La rue et apr&#232;s ?&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'ampleur in&#233;dite des mouvements sociaux en cours, les routes bloqu&#233;es, l'&#233;conomie ralentie et l'intensit&#233; de l'engagement citoyen, il reste que les r&#233;ponses propos&#233;es par le gouvernement ne sont pas des r&#233;formes de fond et que la m&#233;thode demeure descendante. La demande qui s'exprime est un appel au r&#233;tablissement de la confiance et &#224; des d&#233;marches participatives, dans lesquelles les citoyen&#183;ne&#183;s pourraient &#234;tre entendu&#183;e&#183;s, tout en faisant appel aux technocrates, ces techniciens du pouvoir qui viendraient penser le bien public. La soci&#233;t&#233; civile veut peser suffisamment pour &#233;craser la corruption syst&#233;mique et l'usage des &lt;em&gt;wafa&lt;/em&gt;. Le gouvernement ne peut plus jouer d'une segmentation sociale et confessionnelle partiellement orchestr&#233;e &#224; dessein : l'approche doit &#234;tre globale et nouvelle. De fait, pour la premi&#232;re fois, une partie des Libanais&#183;es qui prennent la rue appelle &#224; une sortie du syst&#232;me politique confessionnel, fruit du mandat fran&#231;ais qui prit fin en 1943 et qui r&#233;partit les pouvoirs politiques entre les diff&#233;rentes communaut&#233;s religieuses (le pr&#233;sident doit &#234;tre chr&#233;tien maronite, le chef du parlement musulman chiite et le premier ministre musulman sunnite).&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;pendamment de l'issue, un Liban diff&#233;rent sortira de ces mobilisations successives. Loin des printemps arabes dont on a vu les cons&#233;quences parfois malheureuses, il reste que l'ind&#233;cence des dirigeants historiques aura pris un s&#233;rieux coup de projecteur. Des Libanais&#183;es sont de plus en plus nombreux &#224; penser la politique autrement que par les partis et le droit de vote. La rue est politique et les Libanais&#183;es vont continuer de l'exp&#233;rimenter. Une exp&#233;rimentation en train de se faire, chaotique parfois, r&#234;veuse, rageuse, mais qui permettra peut-&#234;tre d'&#233;crire diff&#233;remment l'histoire de ce pays. Une histoire de communaut&#233;s qui partagent des communs dans toutes leurs diff&#233;rences.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'enqu&#234;te &#171; People and corruption : Middle-East and North Africa survey 2016 &#187; &lt;a data-cke-saved- href='http://www.transparency.org/whatwedo/publication/people_and_corruption_mena_survey_2016' href=&#034;http://www.transparency.org/whatwedo/publication/people_and_corruption_mena_survey_2016&#034;&gt;disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : Jonathan Blezard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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