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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Maladie ou salut de la d&#233;mocratie ? Fausse question, mauvaises r&#233;ponses</title>
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		<dc:date>2021-03-11T20:31:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Federico Tarragoni</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Tarragoni, Federico</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le populisme est d'actualit&#233;. Mieux dit : il ne cesse d'&#234;tre d'actualit&#233;. Peu d'enjeux du d&#233;bat public sont aussi syst&#233;matiquement actuels. &#192; tel point que le sociologue est interpell&#233; moins par son actualit&#233; que par sa r&#233;currence : pourquoi le populisme ne cesse-t-il de faire la une ? Peut-&#234;tre est-ce l'actualit&#233; qui fait la question populiste ; et le populisme, un concept qui sert davantage qu'&#224; l'&#233;clairer, &#224; la renvoyer &#224; la d&#233;raison. &lt;br class='autobr' /&gt; Mot-insulte, pathologie de l'extr&#234;me droite et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-populisme-de-gauche-A-tort-ou-a-raison-" rel="directory"&gt;Dossier : Le populisme de gauche. &#192; tort ou &#224; raison ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sociologie-et-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Tarragoni-Federico-+" rel="tag"&gt;Tarragoni, Federico&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3088.png?1642092256' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;735&#034; height=&#034;979&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le populisme est d'actualit&#233;. Mieux dit : il ne cesse d'&#234;tre d'actualit&#233;. Peu d'enjeux du d&#233;bat public sont aussi syst&#233;matiquement actuels. &#192; tel point que le sociologue est interpell&#233; moins par son actualit&#233; que par sa r&#233;currence : pourquoi le populisme ne cesse-t-il de faire la une ? Peut-&#234;tre est-ce l'actualit&#233; qui fait la question populiste ; et le populisme, un concept qui sert davantage qu'&#224; l'&#233;clairer, &#224; la renvoyer &#224; la d&#233;raison.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Mot-insulte, pathologie de l'extr&#234;me droite et de l'extr&#234;me gauche, fi&#232;vre de d&#233;magogues aux penchants autoritaires, d&#233;rive de nos d&#233;mocraties par exc&#232;s de souverainet&#233; populaire : tout peut &#234;tre d&#233;sormais potentiellement tax&#233; de populisme. Davantage qu'un concept, ce terme sert aujourd'hui &#224; juger de la &#171; bonne &#187; pr&#233;sence du peuple en d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire de la dose de contestation populaire dont la d&#233;mocratie, tel un syst&#232;me hom&#233;ostatique, peut s'accommoder sans p&#233;ricliter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cependant, au-del&#224; de ses usages pol&#233;miques, le populisme d&#233;finit-il v&#233;ritablement quelque chose ? Et s'il d&#233;signe une mani&#232;re sp&#233;cifique de faire de la politique, quelles sont ses logiques d'action ? Depuis les travaux d'Ernest Gellner et Ghita Ionescu, de Gino Germani et Margaret Canovan, les &lt;em&gt;populist studies&lt;/em&gt; n'ont cess&#233; de chercher des r&#233;ponses &#224; ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais ils ont succomb&#233;, bien souvent, &#224; la tentation de &lt;em&gt;juger&lt;/em&gt; le ph&#233;nom&#232;ne avant de le &lt;em&gt;comprendre&lt;/em&gt;. Cet &#233;cueil a donn&#233; lieu &#224; deux modes d'analyse bien connus aujourd'hui : l'un, h&#233;g&#233;monique, consid&#232;re le populisme comme une maladie de la d&#233;mocratie ; l'autre, minoritaire, le juge comme le salut &#224; venir de nos d&#233;mocraties malades. L'un est bien repr&#233;sent&#233;, parmi une multitude de publications r&#233;centes, par l'ouvrage &lt;em&gt;Qu'est-ce que le populisme ? D&#233;finir enfin la menace&lt;/em&gt; de Jan-Werner M&#252;ller (Premier Parall&#232;le, 2016). L'autre puise ses racines dans la th&#233;orie politique d'Ernesto Laclau et est aujourd'hui bien repr&#233;sent&#233; par Chantal Mouffe, auteure de &lt;em&gt;Pour un populisme de gauche&lt;/em&gt; (Albin Michel, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Maladie ou salut ? D'un point de vue politique, la question est centrale, mais d'un point de vue sociologique, elle est mal pos&#233;e. L&#224; o&#249; la sociologie invite &#224; d&#233;duire les enjeux politiques d'un ph&#233;nom&#232;ne d'une analyse scientifique de ses manifestations pass&#233;es et pr&#233;sentes, l'opposition &#171; maladie vs salut &#187; conduit &#224; faire l'inverse. Avec un double effet pervers : le d&#233;bat public tourne &#224; vide et devient lassant, et les sciences sociales, en cherchant &#224; l'imiter, deviennent incapables d'y contribuer et perdent leur originalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Que croit-on savoir du populisme ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Il faut proc&#233;der de toute urgence &#224; une reconstruction int&#233;grale de ce concept, &#224; l'&#233;cart des voies balis&#233;es. Comment faire ? En suivant les consignes d'&#201;mile Durkheim dans &lt;em&gt;Les r&#232;gles de la m&#233;thode sociologique &lt;/em&gt; : on critique les pr&#233;notions de sens commun touchant un ph&#233;nom&#232;ne social donn&#233; ; on construit ensuite, &#224; l'aide d'une enqu&#234;te scientifique, un concept sociologique permettant de l'appr&#233;hender.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Premi&#232;re &#233;tape, donc, la d&#233;construction des pr&#233;notions. Elles se d&#233;clinent en quatre axiomes largement partag&#233;s : 1) le populisme serait essentiellement d&#233;magogique, se r&#233;duisant &#224; une rh&#233;torique &#233;lectorale caract&#233;ris&#233;e par une interpellation directe du peuple ; 2) le populisme serait trans-id&#233;ologique ou post-id&#233;ologique : seul parmi tous les ph&#233;nom&#232;nes politiques de notre pr&#233;sent, il pourrait se d&#233;cliner &#224; l'extr&#234;me droite et &#224; l'extr&#234;me gauche ; 3) le populisme caract&#233;riserait des d&#233;mocraties &#171; illib&#233;rales &#187;, alchimie perverse de d&#233;mocratie et d'autoritarisme ; 4) le populisme serait fondamentalement pathologique : m&#234;me s'il met en jeu une l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique, il enterre toujours les d&#233;mocraties. Chacune de ces propositions est apor&#233;tique &#8211; autrement dit, elle conduit &#224; des probl&#232;mes logiques sans issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le populisme est d&#233;magogique &lt;/strong&gt; : pourquoi ne pas utiliser alors le concept de d&#233;magogie &#224; sa place ? Et m&#234;me &#224; supposer que le populisme, en tant que manifestation essentiellement d&#233;magogique, commence toujours lorsqu'un leader appelle le peuple, pouvons-nous mettre sur le m&#234;me plan analytique des appels id&#233;ologiquement diff&#233;rents comme ceux de Jules C&#233;sar, Jean Jaur&#232;s, Georges Boulanger, Charles de Gaulle, Pierre Poujade, Staline, Hitler, Mussolini, Le Pen, Berlusconi, Trump, Sanders&#8230; ? C'est difficile &#224; croire. Comment amalgamer sous un m&#234;me concept les diff&#233;rents sens politiques de chaque appel, et par cons&#233;quent les diff&#233;rents &#171; peuples &#187; invoqu&#233;s ? De m&#234;me, le lib&#233;ralisme n'est pas la politique des dirigeants qui invoquent le mot &#171; libert&#233; &#187; en politique. Sinon, il serait pratiquement consensuel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le populisme est trans-id&#233;ologique ou post-id&#233;ologique &lt;/strong&gt; : comment un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne politique, d&#233;fini par le m&#234;me concept, pourrait-il d&#233;crire des formations id&#233;ologiquement oppos&#233;es comme les partis n&#233;onazis FP&#214;, AfD et Aube dor&#233;e, et les mouvements d'extr&#234;me gauche Podemos, Syriza et La France insoumise ? L'amalgame que sous-tend le concept de populisme conduit de facto &#224; confondre toutes les alternatives, d&#233;mocratiques et autoritaires, progressistes et r&#233;actionnaires, &#224; la politique n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le populisme est une alchimie de d&#233;mocratie et d'autoritarisme&lt;/strong&gt;. Aussi toutes les d&#233;mocraties illib&#233;rales de notre temps, l&#233;gitim&#233;es par l'id&#233;e d'un &#171; peuple homog&#232;ne &#187; rang&#233; derri&#232;re son chef, seraient des r&#233;gimes populistes. Populistes ou fascistes ? Populistes ou autoritaires ? Que reste-t-il de &#171; d&#233;mocratique &#187; dans des gouvernements substantiellement autoritaires, comme la Russie de Poutine, la Hongrie d'Orb&#225;n ou le Venezuela de Maduro, qui ne conservent de la d&#233;mocratie que le principe formel de l'&#233;lection ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le populisme est une pathologie de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative&lt;/strong&gt;. Quand bien m&#234;me nous pourrions analyser scientifiquement un ph&#233;nom&#232;ne par la menace qu'il est cens&#233; engendrer, que recouvre-t-elle exactement ? R&#233;cemment, tous les mouvements sociaux qui ont critiqu&#233; le n&#233;olib&#233;ralisme au nom du &#171; peuple d&#233;mocratique &#187; ont &#233;t&#233; trait&#233;s de populistes et assimil&#233;s &#224; une menace : les mouvements contre la Constitution europ&#233;enne de 2005, le mouvement r&#233;f&#233;rendaire en Italie de 2012, les mouvements des places (Indignados, Occupy Wall Street, Nuit debout), les Gilets jaunes en France&#8230; Mais que serait-ce une d&#233;mocratie sans conflits sociaux ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Petite histoire du populisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Autant de questions sans issue. Afin de comprendre ce qu'est le populisme, il faut s'y prendre autrement. Comme tout ph&#233;nom&#232;ne social et politique, le populisme est d&#233;fini, tout d'abord, par son historicit&#233;. Il faut donc revenir &#224; son pass&#233; et en tirer une compr&#233;hension sociologique. Or, il y a trois &#171; moments historiques &#187; du populisme qui font consensus parmi les sp&#233;cialistes : ce sont eux que le sociologue doit comparer scientifiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le premier est le narodnichestvo (1840-1880), mouvement d'intellectuels russes souhaitant mieux conna&#238;tre la paysannerie opprim&#233;e, pour la persuader de se soulever contre le tsar et de b&#226;tir une d&#233;mocratie sociale. Les narodniki insistent sur le fait que la paysannerie russe, malgr&#233; sa condition politiquement domin&#233;e, dispose d'une organisation sociale d&#233;mocratique, le &#171; mir &#187; (la coop- &#233;rative rurale), qui la pr&#233;dispose au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le People's Party &#233;tats-unien constitue, &#224; la fin du 19e si&#232;cle, le deuxi&#232;me moment historique du populisme. Ce mouvement politique &#233;ph&#233;m&#232;re, domin&#233; par des fermiers endett&#233;s qui protestent contre la lib&#233;ralisation et la financiarisation croissante de l'&#233;conomie am&#233;ricaine, cherche &#224; cr&#233;er de nouveaux droits civiques (le droit de vote pour les femmes, l'&#233;lection directe du S&#233;nat), &#233;conomiques et sociaux (r&#233;sum&#233;s dans le programme de &#171; socialisation de la monnaie &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le troisi&#232;me moment est le populisme latino-am&#233;ricain, qui constitue la consolidation politique et institutionnelle du ph&#233;nom&#232;ne. Entre les ann&#233;es 1940 et 1960, tous les pays d'Am&#233;rique latine connaissent une exp&#233;rience populiste de gouvernement : le p&#233;ronisme argentin, le g&#233;tulisme br&#233;silien, le card&#233;nisme mexicain, le v&#233;lasquisme &#233;quatorien, l'ad&#233;cisme v&#233;n&#233;zu&#233;lien, etc. Tous ces gouvernements essaient, &#224; l'image du People's Party, d'&#233;largir les droits sociaux pour les masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils cr&#233;ent la premi&#232;re l&#233;gislation sociale sur le travail et les premiers syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; et de protection sociales, en donnant un pouvoir de n&#233;gociation consid&#233;rable aux syndicats ouvriers. Revers de la m&#233;daille, ils cherchent &#224; garder, sous une forme semi-corporative, une forte emprise sur ces organisations. S'en d&#233;gage une tension entre, d'un c&#244;t&#233;, un renforcement objectif des dynamiques &#233;mancipatrices dans les masses subalternes et, de l'autre, une plus grande pr&#233;sence de l'&#201;tat dans la vie sociale. Le populisme en Am&#233;rique latine fut ce champ de contradictions entre une radicalisation de l'horizontalit&#233; d&#233;mocratique et de la verticalit&#233; &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Le peuple contre l'&#233;lite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Quelle d&#233;finition du populisme tirer de la comparaison de ces exp&#233;riences historiques ? Il appara&#238;t comme un mode d'action politique inspir&#233; par l'utopie d'une d&#233;mocratie radicale. Son id&#233;ologie vise &#224; radicaliser la d&#233;mocratie, &#224; la rendre plus &#233;galitaire, plus juste, plus inclusive : il s'agit de revenir &#224; une d&#233;mocratie &#171; &#224; la racine &#187;. Cela infirme la th&#232;se de la &#171; maladie populiste &#187; : le populisme fut historiquement tout le contraire, et ne peut &#234;tre que le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est en ce sens d'ailleurs qu'il faut comprendre l'opposition du populisme au lib&#233;ralisme. Les acteurs populistes critiquent ce dernier non seulement en tant que politique du laisser-faire &#233;conomique, mais &#233;galement en raison de la place strictement marginale qu'il laisse au peuple. Dans la d&#233;mocratie lib&#233;rale, le d&#232;mos est subsum&#233; dans la relation de repr&#233;sentation, assum&#233;e dans son caract&#232;re essentiellement aristocratique : la d&#233;mocratie lib&#233;rale se r&#233;duit &#224; un gouvernement repr&#233;sentatif des &#171; meilleurs &#187;. Le populisme critique cette tendance aristocratique du lib&#233;ralisme pour lui opposer un d&#232;mos constituant, pens&#233; &#224; partir de la situation de la pl&#232;be paup&#233;ris&#233;e par la politique du laisser-faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'o&#249; l'opposition peuple-&#233;lite : dans le populisme, la pl&#232;be est cens&#233;e former un d&#232;mos constituant qui s'oppose &#224; une &#233;lite consid&#233;r&#233;e comme l'&#233;manation d'une d&#233;mocratie purement formelle. Cette acception sp&#233;cifique de l'opposition &#171; peuple vs &#233;lite &#187; diff&#233;rencie le populisme d'autres id&#233;ologies o&#249; cette m&#234;me opposition est pr&#233;sente. Ainsi en est-il du nationalisme, o&#249; l'ethnos, jug&#233; au fondement de la nation, s'oppose &#224; une &#233;lite pens&#233;e avant tout dans ses vell&#233;it&#233;s cosmopolitiques. Ainsi du socialisme, o&#249; la pl&#232;be est cens&#233;e former un d&#232;mos constituant, mais celui-ci s'oppose &#224; un ordre propri&#233;taire assimil&#233; au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#224; o&#249; le socialisme et le communisme r&#233;duisent la d&#233;mocratie &#171; formelle &#187; &#224; l'ordre propri&#233;taire capitaliste (la &#171; d&#233;mocratie bourgeoise &#187;) et ambitionnent de rendre la d&#233;mocratie &#171; r&#233;elle &#187; par l'abolition de l'exploitation de classe, le populisme fait l'inverse : son id&#233;ologie est indiff&#233;rente &#224; la question capitaliste et est toute tourn&#233;e vers la radicalisation de la &#171; d&#233;mocratie formelle &#187;. Ainsi de l'anarchisme enfin, o&#249; la pl&#232;be est cens&#233;e former un d&#232;mos constituant mais, diff&#233;remment du populisme et du socialisme, celui-ci s'oppose &#224; toute forme de domination, assimil&#233;e &#224; la raison gouvernementale et &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par contre, l'aspiration d&#233;mocratique du populisme s'av&#232;re difficilement compatible avec la raison &#233;tatique : le corporatisme des gouvernements latino-am&#233;ricains est l&#224; pour le prouver. S'il n'est assur&#233;ment pas une maladie de la d&#233;mocratie, le populisme n'en est pas non plus son salut. Quels enjeux tirer de cette comparaison historique pour le pr&#233;sent ? Une conclusion radicale : tous les mouvements politiques qui sont aujourd'hui indiff&#233;rents, voire oppos&#233;s &#224; la d&#233;mocratie radicale, ne peuvent pas, en tout &#233;tat de cause, &#234;tre d&#233;finis comme populistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Deux grandes polarit&#233;s caract&#233;risent, en ce sens, notre politique contemporaine : d'un c&#244;t&#233;, celle entre les extr&#234;mes et le centre n&#233;olib&#233;ral concernant les politiques &#233;conomiques ; de l'autre, celle entre les extr&#234;mes eux-m&#234;mes concernant la politique d&#233;mocratique. Ainsi, d'un c&#244;t&#233;, les extr&#234;mes se rejoignent dans leur critique de la politique n&#233;olib&#233;rale du centre droit et du centre gauche, comme le montrent, en France par exemple, certaines affinit&#233;s entre le Rassemblement national (ancien Front national) et La France insoumise. De l'autre, ils sont en lutte sur les &#171; peuples &#187; qu'ils d&#233;fendent et sur l'alternative &#224; la politique n&#233;olib&#233;rale qu'ils pr&#244;nent : un peuple ethno-national et une alternative souverainiste ou un peuple pl&#233;b&#233;ien et une alternative radicalement d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Federico Tarragoni, ma&#238;tre de conf&#233;rences en sociologie et directeur du Centre de recherches interdisciplinaires sur le politique (CRIPOLIS)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin : le livre de Federico Tarragoni, &lt;i&gt;L'esprit d&#233;mocratique du populisme. Une nouvelle analyse sociologique&lt;/i&gt; publi&#233; le 7 novembre 2019 aux &#233;ditions La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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