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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Simone Bussi&#232;res, trajectoire plurielle</title>
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		<dc:date>2021-07-29T14:53:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ariane Gibeau</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Gibeau, Ariane</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Romanci&#232;re et animatrice de radio, Simone Bussi&#232;res a &#233;t&#233; la premi&#232;re femme directrice de l'enseignement primaire au Qu&#233;bec. Fondatrice et directrice d'une maison d'&#233;dition, elle est l'autrice d'une m&#233;thode d'apprentissage de la lecture qui a activement particip&#233;, tout au long de sa vie, au d&#233;veloppement de la vie culturelle et &#233;ducative. La reconnaissance tarde pourtant &#224; venir : elle est d&#233;c&#233;d&#233;e en janvier 2019, &#224; pr&#232;s de 101 ans, dans une relative confidentialit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Simone Bussi&#232;res na&#238;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-84-ete-2020-" rel="directory"&gt;No 084 - &#233;t&#233; 2020&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gibeau-Ariane-+" rel="tag"&gt;Gibeau, Ariane&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3171.png?1642092262' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;454&#034; height=&#034;360&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Romanci&#232;re et animatrice de radio, Simone Bussi&#232;res a &#233;t&#233; la premi&#232;re femme directrice de l'enseignement primaire au Qu&#233;bec. Fondatrice et directrice d'une maison d'&#233;dition, elle est l'autrice d'une m&#233;thode d'apprentissage de la lecture qui a activement particip&#233;, tout au long de sa vie, au d&#233;veloppement de la vie culturelle et &#233;ducative. La reconnaissance tarde pourtant &#224; venir : elle est d&#233;c&#233;d&#233;e en janvier 2019, &#224; pr&#232;s de 101 ans, dans une relative confidentialit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Simone Bussi&#232;res na&#238;t en juin 1918 &#224; Qu&#233;bec, dans une famille ouvri&#232;re du quartier Saint-Roch. Malgr&#233; son milieu d'origine modeste et l'inaccessibilit&#233; des livres durant son enfance, elle d&#233;veloppe un int&#233;r&#234;t soutenu pour la lecture et l'&#233;criture, lequel se transforme vite en d&#233;sir de poursuivre des &#233;tudes. Elle est institutrice pendant quelques ann&#233;es en Gasp&#233;sie et &#224; Qu&#233;bec avant de se marier et, comme plusieurs femmes de son &#233;poque, de devoir interrompre sa carri&#232;re. La mort subite et pr&#233;matur&#233;e de son conjoint, en 1948, la ram&#232;ne cependant &#224; la vie professionnelle : veuve &#224; 29 ans, sans enfants et sans revenus, Bussi&#232;res redevient enseignante et entreprend une riche et prolifique carri&#232;re. Travailleuse infatigable, &#171; &lt;em&gt;femme-orchestre&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sylvie Dufour, &#171; De L'H&#233;ritier &#224; La Pyramide des morts. &#201;tude de deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, elle partagera pendant toute sa vie sa passion pour la litt&#233;rature en plus de stimuler le plaisir de la lecture chez plusieurs g&#233;n&#233;rations d'&#233;l&#232;ves.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Apprendre &#224; aimer lire&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1955, elle devient directrice de l'enseignement primaire (section premi&#232;re, deuxi&#232;me et troisi&#232;me ann&#233;e) &#224; la Commission scolaire des &#233;coles catholiques de Qu&#233;bec. Alors que le syst&#232;me d'&#233;ducation qu&#233;b&#233;cois se modernise petit &#224; petit, elle a pour mandat de participer &#224; l'uniformisation des contenus enseign&#233;s et &#224; la centralisation de la gestion p&#233;dagogique. Elle est la premi&#232;re femme de la province &#224; occuper de telles fonctions. Elle d&#233;veloppe &#233;galement au tournant des ann&#233;es 1960 une m&#233;thode d'apprentissage de la lecture destin&#233;e aux &#233;l&#232;ves de premi&#232;re &#224; quatri&#232;me ann&#233;e. Cette m&#233;thode novatrice, dite &#171; spontan&#233;e &#187;, permet d'impliquer activement les &#233;l&#232;ves dans le processus d'apprentissage : au lieu d'apprendre &#224; former des mots, puis des phrases &#224; partir de lettres, ceux-ci doivent identifier des mots &#224; l'aide d'images. Pour Bussi&#232;res, le succ&#232;s d'une m&#233;thode de lecture r&#233;side dans l'int&#233;r&#234;t et le plaisir qu'elle suscite chez l'enfant : &#171; &lt;em&gt;faire m&#233;moriser des lettres, puis des syllabes vides de sens, ensuite placer le tout dans un ordre susceptible d'&#233;veiller la pens&#233;e de l'enfant ? Non, il est trop tard, il est d&#233;j&#224; endormi&lt;/em&gt; &#187;, &#233;crit-elle en 1964. Les cahiers &lt;em&gt;Je veux lire&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Je sais lire&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;J'aime lire&lt;/em&gt; font leurs preuves : &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et dans les ann&#233;es 1970, ils seront utilis&#233;s un peu partout &#224; travers le Qu&#233;bec ainsi que dans quelques &#233;coles francophones des &#201;tats-Unis, d'Allemagne et du Japon. Bussi&#232;res promeut une philosophie de l'enseignement r&#233;solument moderne. Ainsi, dans le premier &#233;ditorial d'&lt;em&gt;&#201;cole-&#201;ducation&lt;/em&gt;, revue qu'elle fonde en 1963 et dirige pendant deux ans (au moment m&#234;me o&#249; para&#238;t le rapport Parent), elle appelle les enseignant&#183;e&#183;s &#224; renouveler et remettre en question les m&#233;thodes &#233;ducatives traditionnelles : toute personne travaillant dans le domaine de l'&#233;ducation doit &#234;tre constamment &#171; &lt;em&gt;inqui&#233;t&#233;e&lt;/em&gt; &#187; et &#171; &lt;em&gt;poser un regard neuf sur&lt;/em&gt; [son] &lt;em&gt;exp&#233;rience&lt;/em&gt; &#187;. C'est aussi elle qui ouvre &#224; Qu&#233;bec, en 1959, les premi&#232;res classes d'&#233;ducation pr&#233;scolaire (maternelle). Elle en recommande rapidement l'acc&#232;s universel : la classe maternelle permet d'assurer une transition plus douce entre le milieu familial et l'&#233;cole, et d'outiller au mieux les enfants &#224; leur entr&#233;e en premi&#232;re ann&#233;e.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; sa carri&#232;re dans le milieu de l'enseignement, Bussi&#232;res est animatrice de radio, puis de t&#233;l&#233;vision. &#192; CHRC, station AM de Qu&#233;bec, elle anime au tournant des ann&#233;es 1950 diff&#233;rentes &#233;missions jeunesse, dont &lt;em&gt;Tante Colette&lt;/em&gt;, qui aborde diff&#233;rents sujets li&#233;s &#224; l'actualit&#233; et propose aux enfants des contes et des comptines. La radio occupe alors une place importante dans la vie culturelle des Qu&#233;b&#233;cois&#183;es et CHRC conna&#238;t ses heures de gloire : &lt;em&gt;Tante Colette &lt;/em&gt;rejoint de nombreuses familles et Bussi&#232;res est une animatrice tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e. Elle prolongera son implication aupr&#232;s des jeunes en publiant au fil des ans de nombreux livres de contes, toujours dans le but de favoriser leur plaisir de lire.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;crire, &#233;diter&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1951, Bussi&#232;res publie son premier roman pour un public adulte, &lt;em&gt;L'H&#233;ritier&lt;/em&gt;, aux &#201;ditions du Quartier latin. Malgr&#233; un certain succ&#232;s de librairie, l'accueil critique est s&#233;v&#232;re. Ainsi, dans la revue &lt;em&gt;Lectures&lt;/em&gt;, le commentateur Jean-Paul Pinsonneault affirme que les personnages principaux du livre &#171; &lt;em&gt;&#233;meuvront&lt;/em&gt; [sic] &lt;em&gt;peut-&#234;tre le lecteur tar&#233; en qu&#234;te de fadaises poisseuses, mais ils n'inspireront que m&#233;pris et d&#233;go&#251;t aux esprits assoiff&#233;s de lumi&#232;re&lt;/em&gt; [&#8230;] &#187;. Pourtant, sous sa forme m&#233;lodramatique, l'intrigue de &lt;em&gt;L'H&#233;ritier&lt;/em&gt; est parfaitement nouvelle. Le roman raconte l'histoire de Louise Breton, jeune femme de trente ans qui a fait le serment de rester c&#233;libataire apr&#232;s avoir &#233;t&#233; abandonn&#233;e par son amoureux, Pierre Laurent. Celui-ci, d&#233;sormais mari&#233;, revient vers elle afin de lui demander de concevoir un enfant en secret : son &#233;pouse est st&#233;rile et il refuse d'adopter. Autrement dit, il demande &#224; Louise d'&#234;tre m&#232;re porteuse. Louise accepte, mais, une fois enceinte, se r&#233;volte contre les conditions abusives du projet (aucune r&#233;tribution n'est pr&#233;vue et Pierre souhaite absolument un fils ; si l'enfant &#224; na&#238;tre est une fille, il en refusera la garde). L'&#233;pineuse question de la gestation pour autrui, qui suscite encore aujourd'hui de vifs d&#233;bats dans les milieux f&#233;ministes, n'avait jusque-l&#224; jamais &#233;t&#233; abord&#233;e dans la fiction au Qu&#233;bec ; Simone Bussi&#232;res pose un regard audacieux sur une probl&#233;matique taboue. Se cachent d&#233;j&#224; dans son &#339;uvre des questions que la r&#233;volution f&#233;ministe, vingt ans plus tard, posera frontalement : &#224; qui appartient l'enfant ? Qui contr&#244;le la reproduction ? Comment penser la filiation en abolissant l'autorit&#233; absolue des p&#232;res et en reconnaissant l'autonomie du corps des femmes ? Quelle subjectivit&#233; pour les m&#232;res ? De quelles mani&#232;res les femmes peuvent-elles contr&#244;ler leur maternit&#233; ? &#192; une &#233;poque o&#249; toute grossesse hors mariage suscite encore le scandale, le d&#233;sir de Louise Breton de retrouver son enfant, de s'enfuir avec lui et d'exister en d&#233;pit du regard d&#233;sapprobateur de la soci&#233;t&#233; place Bussi&#232;res dans une lign&#233;e d'autrices subversives qui contestent les r&#244;les et statuts d&#233;volus aux femmes. Ce livre aujourd'hui oubli&#233; porte en lui les germes des bouleversements qui secoueront la fiction des femmes durant la d&#233;cennie 1970.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bussi&#232;res consacre &#233;galement de nombreuses ann&#233;es de sa vie &#224; l'&#233;dition. &#192; la fin des ann&#233;es 1960, elle fonde et dirige &lt;em&gt;Les Presses laurentiennes&lt;/em&gt;, maison sp&#233;cialis&#233;e dans les ouvrages jeunesse et les anthologies. Dans la collection &#171; Le choix de&#8230; &#187;, qui se veut un compl&#233;ment &#224; la collection &#171; N&#233;nuphar &#187; de Fides, Bussi&#232;res propose &#224; des &#233;crivain&#183;e&#183;s renomm&#233;&#183;e&#183;s &#8211; ou &#224; un&#183;e proche &#8211; de choisir les textes (extraits de roman, nouvelles, po&#232;mes) les plus repr&#233;sentatifs et importants de leur &#339;uvre. Jacques Ferron, Marcel Dub&#233;, Claire Martin, F&#233;lix Leclerc, Simone Routier, Rina Lasnier et F&#233;lix-Antoine Savard, pour ne nommer qu'eux, se pr&#234;teront &#224; l'exercice. Bussi&#232;res s'affaire &#233;galement &#224; r&#233;&#233;diter et &#224; rendre accessible l'ensemble de l'&#339;uvre d'Adrienne Choquette, romanci&#232;re et nouvelliste dont l'&#339;uvre aux th&#233;matiques f&#233;ministes a marqu&#233; un jalon important dans le d&#233;veloppement de la litt&#233;rature des femmes au Qu&#233;bec. En hommage &#224; son amie disparue en 1973, Bussi&#232;res cr&#233;e m&#234;me en 1980 le prix Adrienne-Choquette (encore aujourd'hui d&#233;cern&#233;) afin de promouvoir et de dynamiser la nouvelle litt&#233;raire.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; en pleine mutation, celle du Qu&#233;bec des ann&#233;es 1950-1960, Simone Bussi&#232;res a laiss&#233; une marque suffisamment importante pour qu'on reconnaisse en elle une pionni&#232;re. Sa trajectoire prolifique fait la somme des nouveaux possibles qui s'ouvrent aux femmes durant ces d&#233;cennies : dans la fiction comme dans la vie r&#233;elle, les bouleversements sociaux, politiques et culturels dont elle est une t&#233;moin et une agente privil&#233;gi&#233;e annoncent la r&#233;volution f&#233;ministe des ann&#233;es 1970. La contribution de Bussi&#232;res au monde de l'enseignement, aux m&#233;dias, &#224; la litt&#233;rature et &#224; l'&#233;dition est &#224; la fois discr&#232;te et immense. Sans fracas, elle aura particip&#233; &#224; transformer le Qu&#233;bec.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sylvie Dufour, &#171; De &lt;em&gt;L'H&#233;ritier&lt;/em&gt; &#224; &lt;em&gt;La Pyramide des morts&lt;/em&gt;. &#201;tude de deux contextes d'&#233;criture chez Simone Bussi&#232;res &#187;, m&#233;moire de ma&#238;trise, Universit&#233; Laval, 2004, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ariane Gibeau est stagiaire postdoctorale &#224; l'Universit&#233; d'Ottawa et charg&#233;e de cours &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Simone Bussi&#232;res, au centre, avec son entourage en 2018 (Catherine-&#200;ve Gadoury).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Toni Morrison, terrible vivante</title>
		<link>https://www.ababord.org/Toni-Morrison-terrible-vivante</link>
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		<dc:creator>Ariane Gibeau</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration, refuge et racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Gibeau, Ariane</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Toni Morrison, autrice incontournable de la litt&#233;rature &#233;tats-unienne, est d&#233;c&#233;d&#233;e le 5 ao&#251;t dernier, &#224; l'&#226;ge de 88 ans. Il convient de revenir sur son &#339;uvre romanesque magistrale, r&#233;compens&#233;e par les plus grands prix (dont le Pulitzer en 1988 et le Nobel de litt&#233;rature en 1993) et par un succ&#232;s populaire jamais d&#233;menti, et, plus largement, d'appr&#233;cier son engagement comme &#233;ditrice et essayiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 2018, affaiblie par la maladie, Toni Morrison affirmait en entrevue avoir peur de mourir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-82-janvier-2020-" rel="directory"&gt;No 082 - janvier 2020&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Immigration-refuge-et-racisme-+" rel="tag"&gt;Immigration, refuge et racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Etats-Unis-+" rel="tag"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gibeau-Ariane-+" rel="tag"&gt;Gibeau, Ariane&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3076.jpg?1642092255' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;782&#034; height=&#034;1005&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Toni Morrison, autrice incontournable de la litt&#233;rature &#233;tats-unienne, est d&#233;c&#233;d&#233;e le 5 ao&#251;t dernier, &#224; l'&#226;ge de 88 ans. Il convient de revenir sur son &#339;uvre romanesque magistrale, r&#233;compens&#233;e par les plus grands prix (dont le Pulitzer en 1988 et le Nobel de litt&#233;rature en 1993) et par un succ&#232;s populaire jamais d&#233;menti, et, plus largement, d'appr&#233;cier son engagement comme &#233;ditrice et essayiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 2018, affaiblie par la maladie, Toni Morrison affirmait en entrevue avoir peur de mourir avant la fin de la pr&#233;sidence de Donald Trump : &#171; Je lui survivrai &#187;, disait-elle, &#224; la fois d&#233;termin&#233;e et inqui&#232;te. Pour une &#233;crivaine et intellectuelle ayant consacr&#233; sa vie &#224; lutter contre les in&#233;galit&#233;s raciales et la supr&#233;matie blanche, la perspective de mourir en plein triomphe du racisme d&#233;complex&#233; avait quelque chose de cruel. Comme l'ont not&#233; plusieurs personnes dans les m&#233;dias en ao&#251;t dernier, sa mort a ressembl&#233; &#224; un mauvais coup du destin.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Intellectuelle noire &#171; dans un monde enti&#232;rement sexualis&#233; et racialis&#233; &#187;&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comment le racisme affecte-t-il l'imaginaire des &#233;crivain&#183;e&#183;s afro-am&#233;ricain&#183;e&#183;s ? Comment, dans l'&#233;criture, contourner le &#171; &lt;em&gt;white gaze&lt;/em&gt; &#187; (cette perspective qui met les personnes blanches au c&#339;ur des productions litt&#233;raires, culturelles et m&#233;diatiques, qui fait passer l'identit&#233; blanche pour universelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pr&#233;cise ici mon propre &#171; standpoint &#187;, celui d'une femme blanche, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et s'imaginer soi-m&#234;me ? Comment &#233;crire l'exp&#233;rience des femmes afro-am&#233;ricaines, consid&#233;r&#233;es depuis toujours comme &#171; &lt;em&gt;&#233;trang&#232;res chez elles&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tranger chez soi, titre d'un essai de Morrison publi&#233; &#224; la suite d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ? Autant de questions, encore d'une br&#251;lante actualit&#233;, auxquelles Toni Morrison a cherch&#233; &#224; r&#233;pondre toute sa vie, tant dans l'&#233;criture romanesque que dans un important travail d'&#233;ditrice et d'essayiste.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e en Ohio en 1931, Toni Morrison fait des &#233;tudes de litt&#233;rature en 1955 &#224; Cornell (elle d&#233;pose un m&#233;moire sur les repr&#233;sentations du suicide chez Virginia Woolf et William Faulkner), puis m&#232;ne une carri&#232;re d'enseignante. &#192; la fin des ann&#233;es 1960, elle est embauch&#233;e comme directrice litt&#233;raire chez Random House, prestigieuse maison d'&#233;dition new-yorkaise et, en quelques ann&#233;es, publie des ouvrages fondateurs qui transforment le champ litt&#233;raire &#233;tats-unien. &lt;em&gt;The Black Book&lt;/em&gt; (1974), mosa&#239;que d'archives (actes de naissance d'esclaves, partitions de musiques traditionnelles, articles de journaux, photos de lynchages, etc.), permet &#8211; fait encore tr&#232;s rare &#224; l'&#233;poque &#8211; de documenter l'histoire des Afro-Am&#233;ricain&#183;e&#183;s dans une perspective antiraciste. L'&lt;em&gt;Autobiographie&lt;/em&gt; d'Angela Davis (1974) constitue une plong&#233;e fantastique dans les luttes radicales pour les droits civiques et le mouvement des Black Panthers. &lt;em&gt;Corregidora&lt;/em&gt; (1975), &lt;em&gt;Eva's Man&lt;/em&gt; (1976) et &lt;em&gt;The Salt Eaters&lt;/em&gt; (1980) de Gayl Jones et Toni Cade Bambara (peu connues au Qu&#233;bec et dans le monde francophone puisqu'elles n'ont pas &#233;t&#233; traduites) s'inscrivent dans un canon litt&#233;raire afro-f&#233;ministe qui peut enfin tendre &#224; la l&#233;gitimit&#233; : ces &#339;uvres pr&#233;sentent des personnages denses et complexes, &#224; mille lieues des st&#233;r&#233;otypes v&#233;hicul&#233;s par la fiction dominante. &#192; une &#233;poque o&#249; le milieu de l'&#233;dition laisse tr&#232;s peu de place aux voix racis&#233;es, o&#249; les &#233;crivaines noires peinent &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des cr&#233;atrices de plein droit, Morrison contribue &#224; l'&#233;mergence de nouvelles esth&#233;tiques et cr&#233;e un espace pour l'expression de subjectivit&#233;s litt&#233;raires originales. Voil&#224; qui n'a rien d'anodin.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la carri&#232;re d'&#233;ditrice succ&#232;de celle de professeure d'universit&#233;. Carri&#232;re fructueuse, qui donne notamment lieu &#224; la publication d'essais et d'ouvrages collectifs importants. &lt;em&gt;Playing in the Dark &lt;/em&gt;(1992) constitue par exemple une &#233;tude fascinante des images et m&#233;taphores racistes, tant&#244;t larv&#233;es, tant&#244;t explicites, qui impr&#232;gnent l'&#339;uvre des &#233;crivains blancs aux &#201;tats-Unis (pensons &#224; Herman Melville, &#224; Edgar Allan Poe ou &#224; Ernest Hemingway). Au lieu de s'int&#233;resser aux effets des injustices raciales chez les &#233;crivain&#183;e&#183;s qui les subissent, Morrison choisit de montrer &#171; &lt;em&gt;ce que l'id&#233;ologie raciale fait &#224; l'esprit, &#224; l'imagination et au comportement des ma&#238;tres &lt;/em&gt; &#187;. Dans &lt;em&gt;Race-ing Justice, En-gendering Power &lt;/em&gt;(1992), elle invite dix-huit intellectuel&#183;le&#183;s &#224; revenir sur les accusations de harc&#232;lement sexuel d&#233;pos&#233;es par Anita Hill contre le juge Clarence Thomas, et sur la nomination controvers&#233;e de celui-ci &#224; la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis en 1991. Pour expliquer l'ampleur de ce scandale public, Morrison &#233;voque la perp&#233;tuation de st&#233;r&#233;otypes racistes et sexistes &#224; travers l'histoire des &#201;tats-Unis : elle s'int&#233;resse tout particuli&#232;rement &#224; la perception des corps noirs dans la soci&#233;t&#233; et aux vieux discours qui, &lt;em&gt;d'avance&lt;/em&gt;, condamnent les hommes racis&#233;s &#224; &#234;tre des pr&#233;dateurs sexuels et les femmes racis&#233;es &#224; avoir un app&#233;tit sexuel insatiable, d&#233;vorant et anarchique. Jusqu'&#224; la toute fin de sa vie, elle prend part &#224; de nombreux d&#233;bats publics (sans jamais s'afficher militante d'une cause en particulier) et contribue aux affaires de la cit&#233; avec une posture que Pierre Bourdieu qualifie d'&#171; engag&#233;e-d&#233;gag&#233;e &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; la fois politique et enti&#232;rement tourn&#233;e vers l'&#233;criture.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;crire la violence et l'&#233;mancipation&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Son &#339;uvre romanesque, qui s'&#233;tend sur quarante-cinq ans &#8211; de &lt;em&gt;The Bluest Eye&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;L'&#339;il le plus bleu&lt;/em&gt;) en 1970 &#224; &lt;em&gt;God Help the Child&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;D&#233;livrances&lt;/em&gt;) en 2015 &#8211;, s'inscrit donc dans une entreprise plus large de transformation des imaginaires. Les onze romans explorent l'histoire des personnes afro-am&#233;ricaines avec une remarquable complexit&#233; formelle : ils disent le d&#233;sir d'&#233;mancipation des personnages (g&#233;n&#233;ralement des femmes) tout autant qu'ils mettent en sc&#232;ne, avec une grande violence, les oppressions dont ceux-ci sont victimes. Les grands th&#232;mes que Morrison d&#233;ploie (la m&#233;moire, la survie des Afro-Am&#233;ricain&#183;e&#183;s en contexte raciste, l'ali&#233;nation, l'exil, le d&#233;racinement, etc.) sont d&#233;peints avec une force narrative qui tient en premier lieu &#224; la polyphonie, aux multiples renversements de perspective et aux ambigu&#239;t&#233;s s&#233;mantiques. Chaque roman &#233;chappe aux lectures manich&#233;ennes : peu importe la terreur ou la gravit&#233; de l'intrigue d&#233;peinte, la narration, chez Morrison, &#233;vite les partis pris, se contente de mettre en sc&#232;ne, de montrer (ou de ne pas montrer) les &#233;v&#233;nements.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, et c'est un exemple parmi d'autres, ce sont les figures maternelles et ancestrales qui occupent le devant de l'&#339;uvre, place qui leur conf&#232;re des pouvoirs parfois d&#233;mesur&#233;s : ceux de violenter, d'agresser, de tuer leurs enfants. Incarnations d'un pass&#233; collectif douloureux, les m&#232;res, chez Morrison, doivent rester en vie pour l&#233;guer &#224; leur descendance leur r&#233;cit, leur violence et leur esprit vengeur. Dans &lt;em&gt;Sula&lt;/em&gt; (1973), Eva Peace tue son fils Plum, revenu h&#233;ro&#239;nomane de la Premi&#232;re Guerre mondiale, pour, quelques pages plus loin, se jeter dans les flammes et tenter de sauver (en vain) sa fille Hannah, transform&#233;e en torche humaine dans un accident. Dans &lt;em&gt;A Mercy&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Un don&lt;/em&gt;, 2008), la m&#232;re de Florens l'abandonne aux mains de ma&#238;tres inconnus pour lui assurer, lui avoue-t-elle &#224; la fin du roman, un avenir meilleur. Dans &lt;em&gt;Beloved&lt;/em&gt; (1987), roman le plus c&#233;l&#233;br&#233; de Morrison, dont Angela Davis a dit qu'il constituait un tournant dans l'histoire de la litt&#233;rature mondiale parce qu'il faisait des esclaves des &#234;tres affectifs et agissants, Sethe tue sa fille pour lui &#233;viter d'&#234;tre retrouv&#233;e par les ma&#238;tres de la plantation, et transforme le meurtre en un geste d'amour supr&#234;me. Pour les m&#232;res de l'&#339;uvre morrisonienne, les actes violents (voire a priori incompr&#233;hensibles) constituent une voie de r&#233;sistance privil&#233;gi&#233;e, une mani&#232;re de s'inscrire dans un monde hostile, de rester vivantes.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mort de Morrison, j'ai pens&#233; &#224; Circe, la vieille sage-femme de &lt;em&gt;Song of Solomon&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;La Chanson de Salomon&lt;/em&gt;, 1977). Alors que tout le monde la croit morte depuis longtemps, elle vit recluse dans une immense maison qu'elle refuse d'entretenir. Pour l'acqu&#233;rir, des Blancs ont vol&#233;, menti et tu&#233; des Noirs. Lorsque Milkman, le personnage principal, entre dans la maison, happ&#233; par la puanteur et la d&#233;t&#233;rioration des lieux, Circe se tient devant lui, triomphante : &#171; &lt;em&gt;Mais c'est moi qui suis rest&#233;e. Moi et les chiens. Et je ne nettoierai plus jamais. Jamais. Rien. Je n'enl&#232;verai pas un grain de poussi&#232;re ou de boue. Tout ce pourquoi ils ont v&#233;cu dans ce monde s'&#233;croulera et pourrira.&lt;/em&gt; &#187; Morrison est morte avant la fin de la pr&#233;sidence de Donald Trump. Mais les personnages qu'elle laisse en h&#233;ritage, grandes furieuses devant l'&#233;ternel, refusent de rendre les armes.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pr&#233;cise ici mon propre &#171; &lt;em&gt;standpoint&lt;/em&gt; &#187;, celui d'une femme blanche, lectrice fid&#232;le de Morrison depuis la fin de l'adolescence et chercheuse venue aux &#233;tudes f&#233;ministes gr&#226;ce &#224; son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;em&gt;&#201;tranger chez soi&lt;/em&gt;, titre d'un essai de Morrison publi&#233; &#224; la suite d'une s&#233;rie de conf&#233;rences au Louvre, &#224; Paris, en 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ariane Gibeau est stagiaire postdoctorale au D&#233;partement de fran&#231;ais de l'Universit&#233; d'Ottawa et charg&#233;e de cours &#224; l'Institut de recherches et d'&#233;tudes f&#233;ministes de l'UQAM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Affiche du film &lt;i&gt;Tony Morrison. The piece I am&lt;/i&gt; (2019) de Timothy Greenfield-Sanders.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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