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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Quels droits pour les travailleuses et travailleurs migrants temporaires ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Quels-droits-pour-les-travailleuses-et-travailleurs-migrants-temporaires</link>
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		<dc:date>2021-01-20T19:53:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mostafa Henaway, Am&#233;lie Nguyen, Michel Pilon</dc:creator>


		<dc:subject>Agriculture et alimentation</dc:subject>
		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration, refuge et racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Nguyen, Am&#233;lie</dc:subject>
		<dc:subject>Henaway, Mostafa</dc:subject>
		<dc:subject>Pilon, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors qu'elles et ils rendent possible la souverainet&#233; alimentaire au Qu&#233;bec, les travailleuses et travailleurs migrants sont invisibles et leurs voix, inaudibles. Ils et elles sont pourtant r&#233;guli&#232;rement victimes de graves violations de leurs droits. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a m&#234;me d&#233;nonc&#233; la discrimination syst&#233;mique &#224; leur &#233;gard depuis 2011. &#192; b&#226;bord ! a rencontr&#233; Michel Pilon et Mostafa Henaway, qui &#339;uvrent au quotidien &#224; la d&#233;fense de leurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-81-novembre-2019-" rel="directory"&gt;No 081 - novembre 2019&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors qu'elles et ils rendent possible la souverainet&#233; alimentaire au Qu&#233;bec, les travailleuses et travailleurs migrants sont invisibles et leurs voix, inaudibles. Ils et elles sont pourtant r&#233;guli&#232;rement victimes de graves violations de leurs droits. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a m&#234;me d&#233;nonc&#233; la discrimination syst&#233;mique &#224; leur &#233;gard depuis 2011. &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; a rencontr&#233; Michel Pilon et Mostafa Henaway&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Pilon est directeur du R&#233;seau d'aide aux travailleuses et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui &#339;uvrent au quotidien &#224; la d&#233;fense de leurs droits. Propos recueillis par Am&#233;lie Nguyen.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; : Les gouvernements semblent faciliter, d'une part, l'immigration temporaire des travailleuses et travailleurs non qualifi&#233;&#183;e&#183;s pour r&#233;pondre aux besoins en emploi et, d'autre part, restreindre de plus en plus l'acc&#232;s &#224; la r&#233;sidence permanente et &#224; la citoyennet&#233;. En quoi cette tendance r&#233;pond-elle aux n&#233;cessit&#233;s de l'&#233;conomie capitaliste globale ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Mostafa Henaway :&lt;/strong&gt; Selon l'&#233;conomiste Jim Stanford, entre 2007 et 2011, plus de personnes sont venues au Canada dans le cadre du programme de travailleurs temporaires que pour obtenir la r&#233;sidence permanente. Le tiers des emplois cr&#233;&#233;s durant cette p&#233;riode l'ont &#233;t&#233; pour des travailleuses et travailleurs migrants temporaires. Selon l'Organisation internationale des migrations, des 250 millions de migrant&#183;e&#183;s &#224; travers le monde, 150 millions seraient des travailleuses et travailleurs migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsqu'on se penche sur le discours port&#233; par le gouvernement Legault ou le Parti conservateur, on remarque qu'ils ne sont pas sp&#233;cifiquement &#171; anti-immigration &#187;. Ce qu'ils souhaitent, c'est contr&#244;ler le nombre de travailleuses et de travailleurs disponibles et contr&#244;ler leur r&#233;partition de fa&#231;on &#224; ce que les employeurs soient avantag&#233;s. C'est une tendance caract&#233;ristique de l'&#233;conomie globalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH337/c238cc77448ec8dfc262e1b4f8ecd4c4-d2f2c.jpg?1729026424' width='500' height='337' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la production est tr&#232;s forte, il faut plus de main-d'&#339;uvre. Pourtant, le gouvernement Legault a aussi affirm&#233; la n&#233;cessit&#233; de plafonner l'immigration, car les gens d'ici ont besoin d'emplois. Mais quels types d'emplois sont disponibles dans cette &#233;conomie ? Une grande part se trouve en agriculture et dans les services, comme notamment les postes de pr&#233;pos&#233;&#183;e&#183;s aux b&#233;n&#233;ficiaires pour les a&#238;n&#233;&#183;e&#183;s. Ce sont des emplois en demande, mais tr&#232;s exigeants. Le taux de roulement est important, et les profits, volatiles. Le programme des travailleurs migrants devient la seule source de main-d'&#339;uvre pour ce domaine. Il existe une pression constante &#224; la baisse des salaires et ce sont les travailleuses et travailleurs migrants qui remplissent le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Emploi et D&#233;veloppement social Canada (EDSC) reconna&#238;t d'ailleurs que les travailleuses et travailleurs migrants contribuent aux programmes sociaux, en particulier dans le secteur agricole, mais qu'ils n'ont pourtant pas acc&#232;s aux m&#234;mes avantages sociaux, ce qui rend ces programmes de plus en plus rentables pour les gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est impossible de d&#233;placer une ferme ou un abattoir de porcs en Chine ou au Bangladesh. Ce n'est pas comme le textile, ces exploitations doivent rester ici. Je pense que de plus en plus d'employeurs tentent de trouver des moyens de s'assurer que ces lieux de travail ne soient pas syndiqu&#233;s, que ces travailleurs demeurent vuln&#233;rables et loyaux. Les employeurs savent que ces migrant&#183;e&#183;s ont acc&#232;s &#224; de meilleurs salaires ici qu'au Guatemala, au Honduras ou au Mexique et qu'ils souhaitent acc&#233;der &#224; l'emploi ici. Une situation r&#234;v&#233;e pour les employeurs, qu'ils utilisent contre les travailleuses et travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Michel Pilon : &lt;/strong&gt;On a cr&#233;&#233; une sorte de r&#233;gime de droit diff&#233;rent pour ces travailleuses et travailleurs-l&#224;. En principe, ils ont les m&#234;mes droits, mais pas quand il s'agit de les exercer. Bien s&#251;r, les normes du travail s'appliquent. Un travailleur mexicain ou guat&#233;malt&#232;que qui a un accident de travail et qui se fait cong&#233;dier a toujours le droit de contester son renvoi. Mais qu'est-ce que &#231;a donne, rendu au Mexique ou au Guatemala, de plaider un cong&#233;diement ill&#233;gal ? Comment le revendiquer ? En plus, quand la date d'audition arrive, un visa est n&#233;cessaire et n'est presque jamais accord&#233; aux plaignant&#183;e&#183;s. Les travailleuses et travailleurs perdent leurs droits ici. D'une certaine mani&#232;re, on a import&#233; un peu des conditions de travail de leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH281/42ee2907560d380abf57bdd73b377601-b0185.jpg?1729026424' width='500' height='281' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On constate une d&#233;stabilisation des emplois, ici, au Qu&#233;bec. Il n'y a pas beaucoup de Qu&#233;b&#233;cois&#183;es et de Canadien&#183;ne&#183;s qui veulent aller travailler dans les champs avec ces conditions de travail. Il y a quelques semaines, le pr&#233;sident d'Olymel demandait au gouvernement f&#233;d&#233;ral de briser le plafond de 10% de main-d'&#339;uvre temporaire et de le doubler &#224; 20%, parce qu'il cherche des gens int&#233;ress&#233;s &#224; travailler dans ces conditions. Lorsque des gens d'ici arrivent, on n'augmente pas les salaires dans ces industries. On maintient les conditions de travail les plus basses possible et ces travailleuses et travailleurs servent de &lt;em&gt;cheap labor&lt;/em&gt;, purement et simplement, ce qui permet de maintenir les co&#251;ts de ces entreprises tr&#232;s bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; : Quels sont les principaux obstacles pour acc&#233;der &#224; leurs droits ? Pouvez-vous nous expliquer certaines des violations de droits existantes ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;M.P. : &lt;/strong&gt;Lorsqu'il s'agit de contester une d&#233;cision de l'employeur, ils ont peur, et avec raison, parce que d&#232;s le lendemain matin, s'ils commencent &#224; se plaindre, ils sont retourn&#233;s chez eux. Malgr&#233; ce que l'on peut penser, malgr&#233; le travail tr&#232;s dur, les travailleuses et travailleurs migrants veulent &#234;tre ici, car le salaire est beaucoup plus &#233;lev&#233; ici que ce qu'ils peuvent gagner chez eux. Souvent, l'argument de l'employeur est d'ailleurs qu'ils veulent travailler. Par exemple, il est de la responsabilit&#233; de l'employeur de donner une journ&#233;e de repos obligatoire par semaine, peu importe si le travailleur veut travailler le plus possible. Ce n'est pas vrai qu'en travaillant 7 jours par semaine pendant tout l'&#233;t&#233;, entre 12 et 14 heures par jour, un&#183;e employ&#233;&#183;e va &#234;tre en forme. C'est l&#224; que les accidents de travail arrivent. Il y a eu plusieurs cas d'accidents de travail et m&#234;me des d&#233;c&#232;s. Plusieurs de ces accidents ne sont pas d&#233;clar&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sans conna&#238;tre le fran&#231;ais, il est difficile pour les migrant&#183;e&#183;s de comprendre leurs droits ou les directives qui pourraient les prot&#233;ger. En ce moment, ils n'ont pas acc&#232;s &#224; des cours de francisation. Cela fragilise leur droit &#224; la sant&#233;, car des interpr&#232;tes sont n&#233;cessaires lors de consultations avec leur m&#233;decin. Ces interpr&#232;tes sont trop souvent fournis par l'employeur et peuvent lui transmettre des informations personnelles sur les patient&#183;e&#183;s. Au R&#233;seau d'aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Qu&#233;bec (RATTMAQ), nous avons b&#226;ti un r&#233;seau de b&#233;n&#233;voles qui les accompagnent lors de consultations en jouant le r&#244;le d'interpr&#232;tes. Nous donnons aussi des cours de fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De plus, leur passeport et leur carte d'assurance maladie sont parfois confisqu&#233;s par l'employeur qui exerce un contr&#244;le important sur leur vie priv&#233;e. Par exemple, certains doivent signer un engagement (code de vie) qui les oblige &#224; ne pas boire d'alcool durant leur s&#233;jour, ou encore, &#224; &#234;tre constamment accompagn&#233;&#183;e&#183;s pour aller faire leurs emplettes. L'&#233;tat des logements fournis par l'employeur est souvent pitoyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au Qu&#233;bec, 60% des fermes sont de petites fermes de 2 &#224; 5 travailleurs, en particulier dans le secteur laitier. Depuis l'adoption de la loi 8 au Qu&#233;bec, les petites fermes ne peuvent pas se syndiquer, ce qui prive les travailleuses et travailleurs de leur droit d'association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;M.H. :&lt;/strong&gt; Les difficult&#233;s d'acc&#232;s aux droits d&#233;butent lorsque les personnes paient des frais aux recruteurs, m&#234;me si c'est ill&#233;gal. Elles sont d&#233;j&#224; endett&#233;es, avant m&#234;me de quitter leur pays. Les migrant&#183;e&#183;s craignent de ne pas &#234;tre capables de payer leur dette, ce qui donne d&#233;j&#224; du pouvoir &#224; l'employeur. Ils ne sont pas libres de leurs mouvements au quotidien et sont aussi isol&#233;&#183;e&#183;s. Contrairement &#224; ce qui a cours en Ontario, la Commission des normes, de l'&#233;quit&#233;, de la sant&#233; et de la s&#233;curit&#233; du travail (CNESST) ne fait pas de visites-surprises. Il y a des employeurs qui ont re&#231;u des amendes de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e pour les m&#234;mes infractions. Les amendes ne sont que de 600 &#224; 1000 $ ! M&#234;me lorsqu'il y a de graves enjeux de sant&#233; et s&#233;curit&#233;, des accidents constants, m&#234;me s'ils avaient acc&#232;s &#224; leurs droits, il faut se demander si les employeurs changeraient leur comportement, car les p&#233;nalit&#233;s sont trop faibles. D&#232;s que des travailleuses et travailleurs tentent de se syndiquer, les employeurs les menacent de les d&#233;porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; : Ces derniers temps, quelques avanc&#233;es ont pourtant eu lieu quant aux l&#233;gislations provinciales et f&#233;d&#233;rales&#8230;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;M.H. :&lt;/strong&gt; EDSC a finalement mis en place un programme-pilote o&#249; les travailleuses et travailleurs migrants en crise pourront b&#233;n&#233;ficier dans les 5 jours d'un permis ouvert pendant qu'ils portent plainte contre l'employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;M.P. :&lt;/strong&gt; C'est un tr&#232;s beau r&#232;glement, mais nous souhaiterions que ce soient tous des permis ouverts d&#232;s le d&#233;part. Le projet-pilote est en cours en Colombie-Britannique et on parle de r&#233;sultats tr&#232;s positifs. Nous attendons l'application de ce r&#232;glement, le r&#232;glement 50, dans l'ensemble du Canada, c'est une belle avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;M.H. :&lt;/strong&gt; Dans la r&#233;forme de la loi sur les normes du travail, on a enfin commenc&#233; &#224; r&#233;glementer les agences de recrutement. On reconna&#238;t que le changement est n&#233;cessaire et que les employeurs doivent &#234;tre r&#233;glement&#233;s et partager beaucoup plus d'informations avec les groupes sociaux. Les employeurs et les recruteurs auront maintenant &#224; enregistrer les travailleurs temporaires lorsqu'ils commencent leur emploi et lorsqu'ils le quittent. Cela nous donnerait une meilleure compr&#233;hension de l'endroit o&#249; ils se trouvent et faciliterait le dialogue avec eux. Les employeurs pourraient avoir plus peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; : Quels sont les principaux d&#233;fis pour parvenir &#224; organiser ces travailleuses et travailleurs ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;M.P. : &lt;/strong&gt;L'acc&#232;s &#224; ces travailleuses et travailleurs est l'un des principaux d&#233;fis. On se fait souvent virer &#224; coups de pied. Si on les aborde quand ils font leurs emplettes, il y a des gardes qui les poussent et les emp&#234;chent de nous parler. Ils se font menacer &#171; si tu parles &#224; telle personne, tu vas perdre ton emploi &#187;. Dans un pays libre, on devrait avoir le droit de discuter avec quiconque. En ce sens, la mani&#232;re de les traiter ressemble beaucoup &#224; la traite humaine. Le second d&#233;fi est qu'il y a beaucoup de r&#233;gions &#224; couvrir avec peu de ressources, et ce sont souvent des ressources b&#233;n&#233;voles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;M.H. : &lt;/strong&gt;Cela prend un temps fou pour les d&#233;fendre ! Ils ont une famille dans leur pays et des obligations et doivent rester au Canada pendant les proc&#233;dures, ce qui paralyse leur existence. La quantit&#233; de ressources n&#233;cessaires pour d&#233;fendre un petit groupe de travailleuses et de travailleurs est ph&#233;nom&#233;nale, puisque les d&#233;marches sont toujours multiples : aupr&#232;s de l'immigration, recours en droit du travail, en droit criminel, aupr&#232;s de la CNESST, de Service Canada&#8230; ce sont tous des dossiers diff&#233;rents &#224; d&#233;fendre avec tr&#232;s peu de personnel, ce qui ne serait pas le cas pour un&#183;e citoyen&#183;ne canadien&#183;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; : Quelles actions peut-on poser pour jouer notre r&#244;le d'alli&#233;&#183;e envers ces travailleuses et travailleurs ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; M.P. : Depuis 2008, le RATTMAQ organise des f&#234;tes des r&#233;coltes, o&#249; nous distribuons des feuillets sur les droits des travailleuses et travailleurs et laissons le num&#233;ro de l'organisation en r&#233;f&#233;rence. Ces &#233;v&#233;nements permettent aussi de faire conna&#238;tre ces travailleuses et travailleurs-l&#224; aux Qu&#233;b&#233;cois&#183;es et aux canadien&#183;ne&#183;s et souligner le fait que l'&#233;conomie de leur r&#233;gion fonctionne gr&#226;ce &#224; eux. Je peux dire que s'ils n'&#233;taient pas l&#224;, il y a des villages qui seraient ferm&#233;s, carr&#233;ment, parce qu'il n'y a pas beaucoup de travailleuses et travailleurs qui sont pr&#234;ts &#224; travailler comme eux. C'est une fa&#231;on de les remercier d'&#234;tre ici. On fait de l'organisation en m&#234;me temps et les employeurs savent tr&#232;s bien ce qu'on fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH333/a355bb0ea67c3bfd98fef5dc6fe18a6f-5bf73.jpg?1729026424' width='500' height='333' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On est en train de cr&#233;er un programme de formation pour les nouveaux qui vont arriver. Je pourrai aller dans les fermes et donner une formation de quatre heures pour leur expliquer la vie au Qu&#233;bec et leurs droits, leur dire que l'employeur n'a pas le droit de retenir leur passeport ou leur carte d'assurance maladie, qu'ils ont acc&#232;s &#224; la sant&#233; et que s'ils ont besoin d'un m&#233;decin, on peut les accompagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'exemple des &#201;tats-Unis, avec la certification, en est un qui permettrait des am&#233;liorations en poussant les grandes compagnies alimentaires &#224; traiter avec des employeurs qui sont certifi&#233;s. Je crois beaucoup au dialogue. Il faut s'assurer au niveau des employeurs et des minist&#232;res qu'on ait la m&#234;me vision des choses. Le travail doit &#234;tre fait &#224; ce niveau-l&#224;. Depuis trois ans, je vois des avanc&#233;es. Qui aurait dit que FERME&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FERME fait r&#233;f&#233;rence &#224; la Fondation des entreprises en recrutement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aurait &#233;t&#233; un jour d'accord avec le permis ouvert ? Ce serait bon pour tous de demander l'abolition des permis ferm&#233;s, ce qui &#233;quivaut simplement &#224; demander la libert&#233; pour ces travailleuses et travailleurs. Ce ne seront plus des revendications des groupes communautaires, mais aussi des groupes de travailleuses et travailleurs. Il faut aussi financer ad&#233;quatement les groupes qui d&#233;fendent leurs droits. Sans ressources additionnelles, il sera impossible d'y arriver &#233;tant donn&#233; le territoire &#224; couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;M.H. :&lt;/strong&gt; Ce qui est le plus important en mati&#232;re de mobilisation est d'&#234;tre en mesure de faire conna&#238;tre les revendications aupr&#232;s de divers groupes. Il existe un film tr&#232;s int&#233;ressant, &lt;em&gt;Le r&#234;ve des migrants &lt;/em&gt;qui peut &#234;tre projet&#233; dans les &#233;coles, les &#233;glises. Des conf&#233;renciers, anciens travailleurs migrants, sont pr&#234;ts &#224; faire conna&#238;tre leur parcours. Il faut profiter de l'ouverture politique actuelle pour continuer &#224; faire pression, parce que plus les lois changent, plus il devient facile d'effectuer un travail de proximit&#233; avec toutes les travailleuses et travailleurs migrants. Il faut briser leur isolement. Nous connaissons l'image du bon fermier qu&#233;b&#233;cois au March&#233; Jean-Talon, mais il faut faire conna&#238;tre le visage r&#233;el de l'agriculture qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sans l'obtention de permis ouverts pour toutes et tous, il n'y aura pas de changement radical des conditions de plusieurs de ces travailleuses et travailleurs. Les propri&#233;taires de fermes posent souvent la question : &#171; mais les travailleurs vont-ils s'enfuir de la ferme ? &#187;. Ils ne se demandent jamais : &#171; pourquoi s'enfuient-ils ? &#187; Ils agissent comme des ma&#238;tres d'esclaves, pas comme des employeurs normaux. Avec le permis ouvert, ils vont devoir modifier leurs pratiques pour conserver leurs employ&#233;&#183;e&#183;s, car le contr&#244;le ne sera plus suffisant. Il ne s'agit pas seulement d'&#234;tre solidaire de ces travailleuses et travailleurs, c'est &#224; propos de nous comme soci&#233;t&#233;. L'am&#233;lioration de leurs conditions am&#233;liorerait les conditions pour tous les autres. C'est &#224; propos de la nourriture que nous mangeons et que nous tenons pour acquise, soit ce dont nous avons le plus besoin comme soci&#233;t&#233;. C'est une aberration que nous puissions traiter les personnes les plus importantes pour nous de cette mani&#232;re. Je n'ai pas besoin d'un iPhone&#8230; j'ai besoin de manger !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Pilon est directeur du R&#233;seau d'aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Qu&#233;bec (RATTMAQ) et Mostafa Henaway est organisateur communautaire au Centre des travailleurs immigrants (CTI).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FERME fait r&#233;f&#233;rence &#224; la Fondation des entreprises en recrutement de main-d'&#339;uvre agricole &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photos : Britanny H. (CC BY-ND-NC 2.0) ; Christian Subtil (CC BY-NC-ND 2.0) ; Pr&#233;sence du CTI lors de la manifestation &#171; Ouvrez les fronti&#232;res &#187; organis&#233;e par Solidarit&#233; sans fronti&#232;res au mois de juin 2018 (Andr&#233; Querry).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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