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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Guatemala : L'&#201;tat de droit gravement menac&#233;</title>
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		<dc:date>2020-04-11T16:42:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Dominik Langlois, Lo&#239;c Malhaire</dc:creator>


		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Langlois, Marie-Dominik </dc:subject>
		<dc:subject>Malhaire, Lo&#239;c</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entour&#233; d'une escorte militaire et polici&#232;re, le pr&#233;sident du Guatemala, Jimmy Morales, a annonc&#233; le 31 ao&#251;t dernier sa d&#233;cision de ne pas renouveler le mandat de la Commission internationale contre l'impunit&#233; au Guatemala (CICIG). Quelques jours plus tard, arguant une menace &#224; la s&#233;curit&#233; nationale, Morales sommait d'interdiction de s&#233;jour le chef de la CICIG, le Colombien Iv&#225;n Vel&#225;squez. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet acharnement du pr&#233;sident contre la CICIG doit &#234;tre compris au regard du contexte sociopolitique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Controle-repression-et-securite-+" rel="tag"&gt;Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Langlois-Marie-Dominik-+" rel="tag"&gt;Langlois, Marie-Dominik &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Malhaire-Loic-+" rel="tag"&gt;Malhaire, Lo&#239;c&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2870.png?1642092238' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;556&#034; height=&#034;834&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entour&#233; d'une escorte militaire et polici&#232;re, le pr&#233;sident du Guatemala, Jimmy Morales, a annonc&#233; le 31 ao&#251;t dernier sa d&#233;cision de ne pas renouveler le mandat de la Commission internationale contre l'impunit&#233; au Guatemala (CICIG). Quelques jours plus tard, arguant une menace &#224; la s&#233;curit&#233; nationale, Morales sommait d'interdiction de s&#233;jour le chef de la CICIG, le Colombien Iv&#225;n Vel&#225;squez.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet acharnement du pr&#233;sident contre la CICIG doit &#234;tre compris au regard du contexte sociopolitique du Guatemala. Depuis 1978, l'&#201;tat est gangren&#233; par une mafia militaire appuy&#233;e par des alli&#233;s &#233;conomiques qui ensemble contr&#244;lent les affaires du pays et maintiennent la population dans un &#233;tau : plus de 50 % de la population &#8211; et en particulier les Autochtones &#8211; vit sous le seuil de pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la fin de la guerre (1960-1996), les militaires et l'&#233;lite &#233;conomique ont conserv&#233; le pouvoir, et ce, peu importe le parti politique au pouvoir. Il s'agit de r&#233;seaux politico-&#233;conomiques qui op&#232;rent &#224; m&#234;me l'&#201;tat pour p&#233;renniser des activit&#233;s ill&#233;gales, comme l'&#233;vasion fiscale, le trafic de drogues, la traite humaine ou le blanchiment d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mainmise a &#233;t&#233; rendue possible par le financement &#233;lectoral illicite et la cooptation des principaux candidats &#224; la pr&#233;sidence, tout comme de la majorit&#233; des d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s qui adoptent des lois favorables &#224; ces &#171; pouvoirs occultes &#187; et alimentent l'impunit&#233;. Il en va de m&#234;me pour l'&#233;lection des juges de la haute magistrature. Cette alliance est appel&#233;e &#171; le pacte des corrompus &#187;. On a pu &#234;tre t&#233;moin de leur influence en 2013 lorsque la Cour constitutionnelle a annul&#233; la condamnation pour g&#233;nocide de l'ex-dictateur R&#237;os Montt pour favoriser les int&#233;r&#234;ts des militaires.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La lutte &#224; la corruption&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e d'un accord entre le Guatemala et les Nations unies en 2007, la CICIG emploie plus de 150 experts internationaux pour d&#233;manteler ces organisations qui maintiennent l'impunit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e au pays. Le probl&#232;me est end&#233;mique : en 2017, seulement 3 crimes sur 100 &#233;taient punis. Dans son discours &#224; la Soci&#233;t&#233; interam&#233;ricaine de presse l'an dernier, le pr&#233;sident de la CICIG parlait de ces r&#233;seaux de corruption ainsi : &#171; &lt;em&gt;Ce g&#233;ant bless&#233;, cette macro-structure criminelle, refuse de dispara&#238;tre. Ce n'est pas une corruption conjoncturelle, ce n'est m&#234;me pas la richesse de certaines personnes ; au contraire, c'est quelque chose de plus profond qui vise &#224; maintenir l'appareil de l'&#201;tat au service d'une minorit&#233;.&lt;/em&gt; [&#8230;] &lt;em&gt;Pendant des d&#233;cennies, l'&#201;tat a &#233;t&#233; captur&#233; parce que ces structures conviennent &#224; un r&#233;gime qui garantit l'impunit&#233;, et cette ligne doit &#234;tre modifi&#233;e&lt;/em&gt; &#187; (&lt;em&gt;Prensa Libre&lt;/em&gt;, 3 avril 2017).&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, la CICIG a mis au jour une importante structure de corruption o&#249; le sommet de l'&#201;tat &#233;tait directement impliqu&#233;. Pendant de nombreux mois, des manifestations ont rempli les rues de la capitale pour exiger la fin de la corruption et la d&#233;mission du pr&#233;sident Otto P&#233;rez Molina et de la vice-pr&#233;sidente Roxana Baldetti. Les pressions populaires et internationales, et particuli&#232;rement celles de l'ambassade des &#201;tats-Unis, ont men&#233; &#224; l'arrestation des dirigeant&#183;e&#183;s et &#224; celle de 31 fonctionnaires.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce ras-le-bol collectif contre la corruption que le com&#233;dien Jimmy Morales a remport&#233; les &#233;lections de 2015 avec le slogan &#171; &lt;em&gt;ni corrompu, ni voleur&lt;/em&gt; &#187;. Cependant, une enqu&#234;te de la CICIG a cibl&#233; l'an dernier Morales et son parti, le Front de convergence nationale (FCN) &#8211; fond&#233; par des militaires ultraconservateurs en 2006 &#8211; pour financement illicite de sa campagne &#233;lectorale. Malgr&#233; le fait que huit grands entrepreneurs du pays associ&#233;s au puissant Comit&#233; des associations agricoles, commerciales, industrielles et financi&#232;res (CACIF) aient reconnu leur responsabilit&#233;, une majorit&#233; de d&#233;put&#233;s ont vot&#233; en faveur du pr&#233;sident contre la lev&#233;e de son immunit&#233; pr&#233;sidentielle.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La mobilisation populaire et le tournant r&#233;pressif du r&#233;gime&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite des attaques contre la CICIG, un rassemblement massif a &#233;t&#233; organis&#233; le 12 septembre devant le Congr&#232;s pour exiger le maintien de la commission et la d&#233;mission d'un pr&#233;sident devenu le nouvel embl&#232;me de la corruption. En guise d'intimidation, le gouvernement a d&#233;ploy&#233; plus de 2 000 policiers et une centaine de &#171; &lt;em&gt;kaibiles&lt;/em&gt; &#187;, les forces sp&#233;ciales de l'arm&#233;e. Alors que ce corps d'&#233;lite de l'arm&#233;e guat&#233;malt&#232;que a &#233;t&#233; impliqu&#233; dans plusieurs massacres de civils durant le conflit arm&#233; et que nombre de ses anciens membres ont rejoint les rangs de cartels de drogue au Mexique, leur d&#233;ploiement dans les rues de la capitale est le signe extr&#234;mement pr&#233;occupant d'un pouvoir accul&#233; et pr&#234;t &#224; tout.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour, on rapporte des actes anticonstitutionnels de r&#233;pression contre le mouvement social, s'ajoutant &#224; la liste des 135 attaques subies par les d&#233;fenseur&#183;e&#183;s des droits humains depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e et rapport&#233;es par l'organisme UDEFEGUA. Vingt leaders communautaires ont ainsi &#233;t&#233; assassin&#233;s ces neuf derniers mois, le plus r&#233;cent assassinat ayant &#233;t&#233; commis contre Juana R&#225;mirez Santiago, fondatrice du R&#233;seau des femmes maya ixiles. Dans ce contexte de violence ciblant les leaders de la soci&#233;t&#233; civile, les r&#233;cents sc&#233;narios de r&#233;pression sanglante qui se sont d&#233;roul&#233;s au Venezuela et au Nicaragua sont dans tous les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le mouvement d'indignation et plusieurs sondages d&#233;montrant un appui massif des Guat&#233;malt&#232;ques au travail de la CICIG &#8211; dont celui du 1er septembre 2018 men&#233; par la firme Gallup o&#249; 71 % des r&#233;pondants donnent leur appui &#224; la CICIG &#8211;, certains secteurs continuent de soutenir le pr&#233;sident, comme les milieux d'affaires et l'oligarchie historique du pays. Mobilisant sa foi et des arguments conservateurs, le pr&#233;sident rallie aussi l'&#233;lectorat de l'&#201;glise &#233;vang&#233;lique. Le Guatemala est le pays d'Am&#233;rique latine avec le plus de croyants non catholiques, la population de confession &#233;vang&#233;lique repr&#233;sentant aujourd'hui pr&#232;s de la moiti&#233; de la population (41 % en 2013 selon le Pew Research Center).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une issue toujours incertaine&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 16 septembre, la Cour constitutionnelle a ordonn&#233; au pr&#233;sident de permettre le retour d'Iv&#225;n Vel&#225;squez au pays. Ce jugement a &#233;t&#233; accueilli avec soulagement par les secteurs qui appuient la lutte contre l'impunit&#233; au Guatemala. La Cour a aussi averti les membres du Conseil national de s&#233;curit&#233; (dont les ministres des Relations ext&#233;rieures, de l'Int&#233;rieur et de la D&#233;fense nationale) de sanctions pouvant aller jusqu'&#224; leur destitution s'ils n'appliquaient pas la d&#233;cision finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'entremise de ses ministres, Morales a indiqu&#233; qu'il ne respecterait pas le jugement de la Cour, donnant 48 heures &#224; l'ONU pour nommer une nouvelle personne &#224; la t&#234;te de la CICIG. Apr&#232;s 45 jours de crise, le chef de la CICIG poursuit son travail depuis l'&#233;tranger, gr&#226;ce &#224; la d&#233;cision du Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations unies de le maintenir en poste malgr&#233; la demande de r&#233;vocation de Morales. Par contre, celui-ci n'en est pas rest&#233; l&#224; : &#224; la mi-octobre, les autorit&#233;s guat&#233;malt&#232;ques ont refus&#233; de renouveler le visa d'une dizaine de membres du personnel de la CICIG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout semble indiquer que le pr&#233;sident et son entourage sont pr&#234;ts &#224; mettre en danger un &#201;tat de droit d&#233;j&#224; extr&#234;mement fragile pour prot&#233;ger leurs int&#233;r&#234;ts et &#233;chapper &#224; la justice. Autant d'indices qui, selon plusieurs observateurs et observatrices, pointent vers un coup d'&#201;tat constitutionnel.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Marie-Dominik Langlois est doctorante en sociologie &#224; l'Universit&#233; d'Ottawa ; Lo&#239;c Malhaire est sociologue &#224; l'UVG-Guatemala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Manifestation populaire en 2015 d&#233;non&#231;ant la corruption (hrvargas, CC BY 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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