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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Infirmi&#232;res. De la d&#233;tresse au r&#233;seau de soutien</title>
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		<dc:date>2021-01-20T19:20:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nathalie Stake-Doucet, Sabela Titus</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Stake-Doucet, Nathalie</dc:subject>
		<dc:subject>Titus, Sabela</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis le t&#233;moignage d'&#201;milie Ricard sur les r&#233;seaux sociaux en f&#233;vrier 2017, des centaines d'infirmi&#232;res ont pris la parole &#224; visage d&#233;couvert pour d&#233;noncer les diff&#233;rentes violences qu'elles vivent au quotidien. En d&#233;pit des rares r&#233;sultats tangibles sur le terrain, et ce, malgr&#233; un nouveau gouvernement, tout n'est pas aussi sombre qu'il n'y para&#238;t. &lt;br class='autobr' /&gt; Les infirmi&#232;res sont, plus que jamais auparavant, pr&#233;sentes dans les m&#233;dias traditionnels ou sur les m&#233;dias sociaux et profitent ainsi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Quel-avenir-pour-le-travail-" rel="directory"&gt;Dossier : Quel avenir pour le travail ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-et-services-sociaux-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; et services sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Stake-Doucet-Nathalie-+" rel="tag"&gt;Stake-Doucet, Nathalie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Titus-Sabela-+" rel="tag"&gt;Titus, Sabela&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3053.png?1642092254' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;661&#034; height=&#034;966&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le t&#233;moignage d'&#201;milie Ricard sur les r&#233;seaux sociaux en f&#233;vrier 2017, des centaines d'infirmi&#232;res ont pris la parole &#224; visage d&#233;couvert pour d&#233;noncer les diff&#233;rentes violences qu'elles vivent au quotidien. En d&#233;pit des rares r&#233;sultats tangibles sur le terrain, et ce, malgr&#233; un nouveau gouvernement, tout n'est pas aussi sombre qu'il n'y para&#238;t.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Les infirmi&#232;res sont, plus que jamais auparavant, pr&#233;sentes dans les m&#233;dias traditionnels ou sur les m&#233;dias sociaux et profitent ainsi d'une visibilit&#233; accrue. Les enjeux fondamentaux de notre profession, comme la qualit&#233; des soins ou encore la s&#233;curit&#233; de la patient&#232;le et du personnel soignant, sont aussi discut&#233;s plus ouvertement entre les infirmi&#232;res et leurs coll&#232;gues. Les Qu&#233;b&#233;cois&#183;es sont maintenant au fait du probl&#232;me entourant le temps suppl&#233;mentaire obligatoire (TSO), et plusieurs sont scandalis&#233;&#183;e&#183;s par la situation impos&#233;e aux infirmi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, la d&#233;tresse laisse actuellement place &#224; des t&#233;moignages de plus en plus combatifs. De Gatineau &#224; Qu&#233;bec, de Montr&#233;al &#224; Chicoutimi, les travailleuses multiplient les actions pour d&#233;fendre la qualit&#233; des services, que ce soit par un &lt;em&gt;sit-in&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Radio-Canada, &#171; Sit-in d'infirmi&#232;res &#224; l'H&#244;pital Maisonneuve-Rosemont contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un travaillons ensemble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chaire de recherche Politiques Connaissances Sant&#233;, &#171; Des nouvelles des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou par l'occupation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Quotidien, &#171; La Saint-Valentin au CIUSSS &#187;, 15 f&#233;vrier 2019. Disponible (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des bureaux de la direction. Nous commen&#231;ons &#224; identifier nos besoins, mais aussi &#224; comprendre la fa&#231;on dont les violences administratives et organisationnelles affectent les soins que nous pouvons donner. L'image de l'infirmi&#232;re commence &#224; changer. Le r&#244;le qu'elle joue va au-del&#224; des soins ponctuels donn&#233;s &#224; un individu : il est aussi social.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Inertie politique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Malgr&#233; la raret&#233; des donn&#233;es disponibles au sujet des cons&#233;quences de la derni&#232;re r&#233;forme en sant&#233; et de la fameuse &#171; p&#233;nurie d'infirmi&#232;res &#187;, les soignantes connaissent bien la situation et cherchent d&#233;sormais &#224; se faire entendre. Leur contribution est essentielle afin de dresser un portrait fid&#232;le de ce qui se passe dans le r&#233;seau, car les indicateurs de performance ne sont pas toujours repr&#233;sentatifs de la situation sur le terrain. Entre autres exemples, le &#171; temps d'attente &#187; &#224; l'urgence ne tient pas compte du travail r&#233;alis&#233; en amont par les infirmi&#232;res, avant que le patient ne soit examin&#233; par un m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'invisibilisation du travail des infirmi&#232;res se refl&#232;te dans l'immobilisme politique de tous les partis. Les politicien&#183;ne&#183;s et les d&#233;cideurs&#183;euses en ont long &#224; dire (surtout en campagne &#233;lectorale), mais le &lt;em&gt;statu quo &lt;/em&gt;perdure toujours dans le r&#233;seau de la sant&#233;. Nombre de nos politicien&#183;ne&#183;s ne pourraient d'ailleurs pas d&#233;finir le r&#244;le qu'y jouent les infirmi&#232;res. L'image st&#233;r&#233;otyp&#233;e de l'infirmi&#232;re appel&#233;e par la &#171; vocation &#187; continue &#224; servir de r&#233;f&#233;rence et &#224; faire accepter certaines mesures qui, dans n'importe quel autre m&#233;tier, seraient scandaleuses.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Travail suppl&#233;mentaire obligatoire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Notons que le TSO a commenc&#233; &#224; &#234;tre impos&#233; de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; la suite de la retraite forc&#233;e de milliers d'infirmi&#232;res &#224; la fin des ann&#233;es 1990, dans le cadre du &#171; virage ambulatoire &#187; &#8211; r&#233;forme majeure r&#233;alis&#233;e par le gouvernement de Lucien Bouchard qui n'a probablement eu d'&#233;gal que la r&#233;forme de Ga&#233;tan Barrette. Ce qui devait alors n'&#234;tre qu'une mesure temporaire, le temps que le r&#233;seau se stabilise, fait maintenant partie int&#233;grante du mode de gestion dans de nombreux milieux de soins &#224; travers le Qu&#233;bec. Cependant, il est important de clarifier que le TSO ne rel&#232;ve pas exclusivement des gestionnaires. La majeure partie des gestionnaires en sant&#233;, m&#234;me s'il leur incombe d'imposer le TSO, le font g&#233;n&#233;ralement &#224; contrec&#339;ur. Il s'agit d'un probl&#232;me qui est d'abord politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ironiquement, le TSO est aujourd'hui un facteur qui contribue directement &#224; la p&#233;nurie d'infirmi&#232;res. Ces derni&#232;res &#233;vitent ou quittent les milieux qui imposent syst&#233;matiquement du TSO &#8211; lorsqu'elles ne quittent pas carr&#233;ment la profession. &#192; la longue, le TSO mine le moral du personnel soignant et cr&#233;e une atmosph&#232;re toxique sur les unit&#233;s de travail. Le TSO affecte &#233;galement la vie personnelle et familiale : les responsabilit&#233;s quotidiennes, comme aller chercher son enfant &#224; la garderie ou faire l'&#233;picerie, deviennent un cauchemar logistique. Dans la derni&#232;re ann&#233;e, des dizaines de travailleuses ont d'ailleurs affich&#233; publiquement leur d&#233;mission. Pour reprendre les mots de l'infirmi&#232;re Isabelle Bergeron, &#171; &lt;em&gt;cela prend entre trois et cinq ans d'&#233;tudes sup&#233;rieures pour former une infirmi&#232;re, et entre trois et cinq minutes pour r&#233;diger une lettre de d&#233;mission en bonne et due forme&lt;/em&gt; &#187; (&lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt;, 4 octobre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les syndicats, plus particuli&#232;rement la F&#233;d&#233;ration interprofessionnelle de la sant&#233; du Qu&#233;bec (FIQ), ont men&#233; une charge contre cette pratique abusive, mais cela ne suffit pas. Des mesures structurelles sont n&#233;cessaires. En ce moment, la situation est telle qu'un gestionnaire pourrait hypoth&#233;tiquement imposer du temps suppl&#233;mentaire obligatoire au personnel de son milieu, et ce, tous les jours, sans contraintes, et infliger des sanctions &#224; tout le personnel soignant qui refuserait de rester. On constate donc que la responsabilit&#233; d'effectuer le TSO est enti&#232;rement mise sur les &#233;paules des travailleuses et des travailleurs, plut&#244;t que d'&#234;tre partag&#233;e avec ceux et celles qui l'imposent. Le syndicat doit se battre pour d&#233;fendre chaque cas individuellement, alors que des mesures globales pour contr&#244;ler cette pratique devraient plut&#244;t &#234;tre mises en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En avril dernier, la FIQ a r&#233;ussi un bon coup en exigeant une journ&#233;e sans TSO. Le Tribunal administratif du travail du Qu&#233;bec a d&#233;cid&#233; de s'en m&#234;ler et a tranch&#233; que &#171; &lt;em&gt;le TSO sera donc exig&#233; que dans les situations d'urgence et exceptionnelles qui se pr&#233;senteront le 8 avril &lt;/em&gt; &#187;. La FIQ, plut&#244;t que de voir cette d&#233;cision comme une d&#233;faite, l'a plut&#244;t utilis&#233;e pour souligner que le TSO n'est justement pas une mesure utilis&#233;e dans des circonstances &#171; d'urgence et exceptionnelles &#187;. Le jour de la mobilisation, de nombreux citoyens, citoyennes et coll&#232;gues se sont rassembl&#233;&#183;e&#183;s devant des h&#244;pitaux pour manifester leur soutien aux professionnelles en soins. La mobilisation de la FIQ a &#233;t&#233; un succ&#232;s, d&#233;montrant que le TSO n'est pas une fatalit&#233;, mais un choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En ce sens, il est plus que temps de commencer &#224; faire des choix b&#233;n&#233;fiques : s'engager &#224; &#233;liminer le TSO afin de favoriser le recrutement et la r&#233;tention du personnel soignant ; valoriser les professions soignantes en r&#233;mun&#233;rant les stagiaires ; mettre la patient&#232;le et ses besoins au centre des d&#233;cisions en sant&#233; ; avoir un r&#233;seau de sant&#233; et de services sociaux transparent et accessible. Ces choix exigent du courage et de la volont&#233; politique, mais du courage, il y en a en masse dans le r&#233;seau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Radio-Canada, &#171; Sit-in d'infirmi&#232;res &#224; l'H&#244;pital Maisonneuve-Rosemont contre les heures suppl&#233;mentaires obligatoires &#187;, 27 janvier 2019. &lt;a href=&#034;http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1149366/sante-sit-in-infirmieres-hopital-maisonneuve-rosemont-temps-supplementaire-obligatoire&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chaire de recherche Politiques Connaissances Sant&#233;, &#171; Des nouvelles des urgences de Gatineau &#187;, 17 septembre 2018. &lt;a href=&#034;http://www.pocosa.ca/2018/09/17/des-nouvelles-des-urgences-de-gatineau&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Le Quotidien&lt;/em&gt;, &#171; La Saint-Valentin au CIUSSS &#187;, 15 f&#233;vrier 2019. &lt;a href=&#034;http://www.lequotidien.com/actualites/la-saint-valentin-au-ciusss-bea5934d34c9aa49cc436593b0dc4ae7&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Les autrices sont infirmi&#232;res et membre de l'Association qu&#233;b&#233;coise des infirmi&#232;res et infirmiers (AQII). Sabela Titus est &#233;galement membre du comit&#233; politique de cette m&#234;me association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour en savoir plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la loi du travail au Qu&#233;bec garantit le droit &#224; tou&#183;te&#183;s les salari&#233;&#183;e&#183;s de pouvoir refuser du temps suppl&#233;mentaire sans avoir &#224; subir des repr&#233;sailles de l'employeur, les infirmi&#232;res ne semblent pas loger &#224; la m&#234;me enseigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'employeur, le TSO est une obligation d&#233;ontologique. Selon l'ordre professionnel des infirmi&#232;res (OIIQ), le TSO rel&#232;ve de la gestion du r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le TSO constitue un bon exemple de sexisme syst&#233;mique. Bien que plusieurs personnes non-binaires et masculines en fassent partie, la profession infirmi&#232;re demeure majoritairement exerc&#233;e par des femmes et s'inscrit dans la cat&#233;gorie sociale du travail de soins qui est traditionnellement f&#233;minin. On s'attend donc &#224; ce que les infirmi&#232;res acceptent des conditions de travail aberrantes, pr&#233;cis&#233;ment au nom de cette &#171; vocation &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>De la solidarit&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/De-la-solidarite</link>
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		<dc:date>2020-05-11T15:09:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nathalie Stake-Doucet</dc:creator>


		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Manchette</dc:subject>
		<dc:subject>Stake-Doucet, Nathalie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je n'aurai jamais assez de col&#232;re pour compenser les morts, les malades, les abandonn&#233;.e.s. Je n'arr&#234;terai jamais d'&#234;tre f&#226;ch&#233;e face aux injustices flagrantes de notre r&#233;seau de sant&#233;, ainsi que des platitudes script&#233;es de nos d&#233;cideurs pour les excuser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais aujourd'hui, il y a la fiert&#233; qui me d&#233;mange aussi. &lt;br class='autobr' /&gt; La fiert&#233; d'&#234;tre parmi celles qui, malgr&#233; les emb&#251;ches, sauvent, soignent et soulagent. J'ai l'impression de faire partie de la meilleure &#233;quipe du monde, comme si j'avais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Mini-dossier-en-ligne-Covid-19-et-ses-suites-" rel="directory"&gt;Dossier (en ligne) : Covid 19 et ses suites&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-et-services-sociaux-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; et services sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Manchette-+" rel="tag"&gt;Manchette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Stake-Doucet-Nathalie-+" rel="tag"&gt;Stake-Doucet, Nathalie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2896.jpg?1642092241' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;4272&#034; height=&#034;2848&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je n'aurai jamais assez de col&#232;re pour compenser les morts, les malades, les abandonn&#233;.e.s. Je n'arr&#234;terai jamais d'&#234;tre f&#226;ch&#233;e face aux injustices flagrantes de notre r&#233;seau de sant&#233;, ainsi que des platitudes script&#233;es de nos d&#233;cideurs pour les excuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui, il y a la fiert&#233; qui me d&#233;mange aussi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; La fiert&#233; d'&#234;tre parmi celles qui, malgr&#233; les emb&#251;ches, sauvent, soignent et soulagent. J'ai l'impression de faire partie de la meilleure &#233;quipe du monde, comme si j'avais l'illustre privil&#232;ge de jouer avec le Canadien des ann&#233;es 70 ou les Bulls des ann&#233;es 90. Parce que les soignant.e.s, les r&#233;sident.e.s et les familles que j'ai crois&#233; pendant la pand&#233;mie, ce sont tous des Michael Jordan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne veux pas simplement jeter des fleurs &#224; mes coll&#232;gues. Je veux ici vous d&#233;crire leurs actions, qui t&#233;moignent de l'intelligence et la d&#233;brouillardise de l'&#234;tre humain en temps de crise. Nos politiciens et nos d&#233;cideurs ont agi peu et tard, mais les gens sur le terrain n'ont pas attendu apr&#232;s eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s la fin mars, un dentiste, dont la pratique avait &#233;t&#233; ferm&#233;e avec le confinement, s'est organis&#233; avec des coll&#232;gues pour donner de l'&#233;quipement de protection individuelle sur le terrain. Malgr&#233; les assurances r&#233;p&#233;t&#233;es qu'il n'y avait pas de p&#233;nurie d'&#233;quipement, ils ont &#233;cout&#233; les gens sur le terrain, dont le discours ne concordait pas avec celui des autorit&#233;s. Ils ont essay&#233; de passer par les CIUSSS, mais la r&#233;ponse, s'il y en avait une, n'&#233;tait g&#233;n&#233;ralement pas positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pas de probl&#232;me, on s'organise. J'ai eu la chance de faire quelques commissions &#224; v&#233;lo pour ce groupe, &lt;a href=&#034;http://www.donnezlaprotection.com&#034;&gt;Donnez la protection&lt;/a&gt;, qui a emmen&#233; des milliers de masques, de blouses et de visi&#232;res directement &#224; des CHSLD, des h&#244;pitaux et des groupes communautaires. Quelqu'un t&#233;moignait du manque d'EPI (&#233;quipement de protection individuelle) ? On &#233;tait l&#224;. On sollicitait des gens pour des dons, et on allait distribuer aussit&#244;t le stock qu'on recevait, directement dans les mains d'une infirmi&#232;re, d'une pr&#233;pos&#233;e, d'un pair aidant. Pas de formulaire interminable &#224; remplir, de comit&#233;s &#224; consulter. On faisait confiance aux gens sur le terrain s'ils nous disaient qu'ils avaient besoin de protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le gouvernement a eu la brillante id&#233;e de foutre &#224; la porte les proches-aidants des CHSLD ? &#199;a prend plus qu'un protocole et des mots sur un bout de papier pour s&#233;parer des gens qui s'aiment. Des proches ont r&#233;ussi &#224; se faire embaucher comme pr&#233;pos&#233;s, comme laveurs de vitres, comme b&#233;n&#233;voles. J'ai eu la chance de travailler avec quelqu'un dont la m&#232;re &#233;tait r&#233;sidente dans le centre. Ma coll&#232;gue s'&#233;tait fait dire tr&#232;s s&#233;v&#232;rement qu'elle ne pouvait absolument pas aller voir sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tr&#232;s dr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#201;videmment, aucun d'entre nous n'a &#233;cout&#233; cette directive. D'abord car elle &#233;tait injuste, et deuxi&#232;mement car nous ne voulions &#224; aucun prix &#234;tre de ces personnes qui emp&#234;chent quelqu'un de mourant d'&#234;tre avec un &#234;tre aim&#233;. Les directives venues des bureaux, &#231;a ne nous disait rien. &#199;a ne nous parlait pas, &#224; nous, qui voyions des dizaines de morts, des r&#233;sident.e.s aim&#233;.e.s d&#233;cim&#233;.e.s par une pand&#233;mie et par la n&#233;gligence ininterrompue des gouvernements des vingt derni&#232;res ann&#233;es. Qu'est-ce qu'ils pensaient qu'on allait faire ? Qu'on ferait un barrage devant la porte d'une r&#233;sidente pour ne pas que sa fille puisse entrer sur ordre de &#171; notre employeur &#187; ? Sur quelle plan&#232;te vivent-ils ? Quel ordre stupide et sans c&#339;ur, qui r&#233;v&#232;le &#224; lui seul toutes les failles de notre r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; L'employeur, une machine&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Notre &#171; employeur &#187;, parlons en justement. Ce mot ne d&#233;signe pas une personne mais une machine. Qui m'a embauch&#233;e ? Qui a embauch&#233; mes coll&#232;gues ? Dans les m&#233;andres du labyrinthe administratif du r&#233;seau, j'ai parl&#233; &#224; des &#171; agentes administratives &#187; &#224; des &#171; agents de gestion &#187;, des &#171; agentes de soutien &#187;. Beaucoup d'agent.e.s, beaucoup de formulaires, mais personne (&#233;videmment) n'a le titre &#171; d'employeur &#187;. Qui dois-je contacter alors quand on me dit d'en &#171; parler &#224; mon employeur &#187; ? C'est r&#233;v&#233;lateur quand on pense &#224; comment ce mot est utilis&#233;, ce qu'il veut dire. L'employeur, ce n'est pas une personne, ce n'est personne. C'est une machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La machine des CIUSSS et des CISSS aime s'imaginer qu'elle nous contr&#244;le, s'imaginer qu'on est des robots ob&#233;issants. &#192; force de recevoir des directives et des protocoles d&#233;nu&#233;s de toute compr&#233;hension de la situation sur le terrain, je me suis d&#233;j&#224; demand&#233; en riant (jaune) s'il n'y avait pas dans un sous-sol du MiniLove un laboratoire qui essayerait d'entrainer des chiens ou des drones pour faire notre travail. &#199;a semble si terriblement inconv&#233;nient pour nos &#171; employeurs &#187; qu'on pense, qu'on utilise notre jugement clinique, qu'on s'attache aux r&#233;sident.e.s qu'on soigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai fini par tomber malade. Les directives sur comment et dans quelles circonstances porter un N95 ayant chang&#233; &#224; maintes reprises, j'ai probablement donn&#233; des soins avec un masque de proc&#233;dure quand j'aurais d&#251; avoir un N95. J'essayais de rester au fait des derni&#232;res &#233;tudes, mais de toute &#233;vidence pas assez. Parce que oui, il a fallu qu'on se tourne vers d'autres sources d'information que le gouvernement et les CIUSSS. La confiance d&#233;j&#224; fragilis&#233;e par l'omerta constante, par les abus de TSO (temps suppl&#233;mentaire obligatoire), a re&#231;u un coup mortel avec le d&#233;cret. Comment faire confiance &#224; un employeur qui applique le d&#233;cret avant m&#234;me qu'il y ait un cas de COVID-19 ? Comment faire confiance &#224; un employeur qui interdisait le port de masques de proc&#233;dure au d&#233;but de la pand&#233;mie, m&#234;me quand les travailleurs amenaient les masques de chez eux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On s'est fait confiance entre nous, et &#231;a a sauv&#233; des vies. Ne laissez pas les autorit&#233;s vous dire autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Est-ce que nos CIUSSS et CISSS ont appris de cette exp&#233;rience ? Pas tous on dirait, parce que des coll&#232;gues me disent encore qu'elles sont sanctionn&#233;es ou menac&#233;es de sanctions pour avoir os&#233; essayer de d&#233;fendre publiquement leur sant&#233; et celle de leurs patients. Je ne sais pas quelle r&#233;putation les CIUSSS et CISSS s'imaginent avoir, mais ce ne sont pas nos t&#233;moignages qui la salissent. Vous faites &#231;a tr&#232;s bien tout seuls. En fait, chaque t&#233;moignage censur&#233; est une autre opportunit&#233; manqu&#233;e de redorer votre blason. On ne t&#233;moigne pas pour salir votre r&#233;putation, au contraire. Chaque t&#233;moignage est une main tendue. On n'en a franchement rien &#224; cirer, de votre r&#233;putation. Ce qui nous inqui&#232;te, c'est la qualit&#233; des soins, la s&#233;curit&#233; des r&#233;sident.e.s. Avec chaque coup de massue sur nos inqui&#233;tudes, vous creusez le foss&#233; qui nous s&#233;pare. Et plus on vous voit de loin, moins vous nous faites peur. On va continuer &#224; t&#233;moigner, &#224; tendre la main, mais on sait que ce n'est pas sur vous qu'on peut compter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vous cependant, vous pouvez compter sur nous. M&#234;me quand vous nous accusez de fuir, de ne pas vouloir travailler &#224; temps plein, de ne pas en faire assez. On est l&#224;, avec les r&#233;sident.e.s, avec les familles et les proches. On comprend que vous ne r&#233;aliserez jamais l'ampleur de la t&#226;che que nous accomplissons &#224; tous les jours. C'est correct, j'imagine qu'il vous manque de la formation continue &#224; ce sujet. Je vous encourage &#224; rehausser vos comp&#233;tences. D'ici l&#224;, au moins, laissez-nous travailler. Investissez moins dans les relations publiques et plus dans les relations intimes ; ces relations de soin qu'on s'&#233;vertue &#224; maintenir dans des conditions que vous rendez impossibles. Vous verrez, &#231;a fera des miracles pour votre r&#233;putation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Natalie Stake-Doucet est infirmi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Pixabay&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les &#201;tats g&#233;n&#233;raux des soins. L'exp&#233;rience collective d'une forme de libert&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/Les-Etats-generaux-des-soins-L-experience-collective-d-une-forme-de-liberte</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Les-Etats-generaux-des-soins-L-experience-collective-d-une-forme-de-liberte</guid>
		<dc:date>2019-12-10T00:48:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Lardeux, Nathalie Stake-Doucet</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Lardeux, Anne</dc:subject>
		<dc:subject>Stake-Doucet, Nathalie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un ami les accueille un soir dans son atelier pour peindre une banderole et fabriquer des pancartes. Elles ont apport&#233; un grand drap blanc qu'elles &#233;tendent sur le sol. Elles ont alors un moment d'h&#233;sitation au moment de tracer les lettres : &#171; Au nom de qui parler ? &#192; qui s'adresser ? &#187; se demandent-elles. Ce qu'elles finissent par &#233;crire, un peu tremblant mais vivant, rose et noir, se lit sur deux lignes : Infirmi&#232;res en col&#232;re, Citoyens solidaires ! &lt;br class='autobr' /&gt; Elles veulent assumer clairement le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-75-ete-2018-" rel="directory"&gt;No 075 - &#233;t&#233; 2018&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-et-services-sociaux-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; et services sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lardeux-Anne-+" rel="tag"&gt;Lardeux, Anne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Stake-Doucet-Nathalie-+" rel="tag"&gt;Stake-Doucet, Nathalie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2805.jpg?1642092235' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1251&#034; height=&#034;774&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un ami les accueille un soir dans son atelier pour peindre une banderole et fabriquer des pancartes. Elles ont apport&#233; un grand drap blanc qu'elles &#233;tendent sur le sol. Elles ont alors un moment d'h&#233;sitation au moment de tracer les lettres : &#171; &lt;i&gt;Au nom de qui parler ? &#192; qui s'adresser ?&lt;/i&gt; &#187; se demandent-elles. Ce qu'elles finissent par &#233;crire, un peu tremblant mais vivant, rose et noir, se lit sur deux lignes : &lt;i&gt;Infirmi&#232;res en col&#232;re, Citoyens solidaires !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Elles veulent assumer clairement le point de vue infirmier, qui est aussi le point de d&#233;part de ce mouvement qui a depuis &#233;t&#233; rejoint par toutes sortes de monde, de la sant&#233; mais pas seulement : &lt;em&gt;pr&#233;pos&#233;es d&#233;bord&#233;es, inhalos au bout du rouleau&lt;/em&gt; (etc.), des enfants d'infirmi&#232;res et des m&#233;decins aussi. Elles disent &#171; &lt;em&gt;infirmi&#232;res&lt;/em&gt; &#187; parce que les femmes repr&#233;sentent 89% de la profession. Elles consid&#232;rent que c'est assez pour reconna&#238;tre qu'ici au moins le f&#233;minin l'emporte sur le masculin. Elles sp&#233;culent &#8211; avec cette banni&#232;re maison, termin&#233;e un soir tard &#8211; qu'il est possible d'assumer ce &#171; &lt;em&gt;infirmi&#232;res&lt;/em&gt; &#187; comme point d'&#233;nonciation collective, qu'on le soit ou non justement. Elles parient m&#234;me qu'on pourrait &#233;prouver une forme de soulagement &#224; accepter d'&#233;chapper, pour une fois, au d&#233;coupage d'une gouvernance fonctionnaliste toujours pr&#234;te &#224; nous rappeler &#224; l'ordre de nos positions et de la bonne circulation de nos diff&#233;rences. Pour endosser une condition commune.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Paroles en puissance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; C'est le t&#233;moignage de l'une d'entre elles qui a parti le bal en janvier dernier. Une vid&#233;o publi&#233;e sur les r&#233;seaux sociaux et prise par le t&#233;l&#233;phone d'une jeune femme fr&#234;le en pleurs qui, de son &#233;puisement, interpelle le ministre Barrette. D&#232;s lors, quelque chose s'est ouvert et, sans vraiment de concertation, d'autres ont pris le relais. &#171; &#199;a sort &#187; sur tous les registres et r&#233;v&#232;le une puissance qui se d&#233;ploie : ici, on lit dans le journal qu'une infirmi&#232;re a appel&#233; la police pour d&#233;noncer le fait d'&#234;tre retenue de force sur son lieu de travail. Elle refuse un &#233;ni&#232;me TSO (temps suppl&#233;mentaire obligatoire), ce fameux couperet qui peut tomber n'importe quand, m&#234;me et surtout &#224; la fin de ton quart de travail. On t'annonce alors que tu dois rester six ou huit heures de plus, peu importe qui t'attend au-dehors, l'intimidation faisant office de gestion des ressources humaines (&#171; &lt;em&gt;refuser un TSO, c'est un abandon de poste, un abandon de patient&lt;/em&gt; &#187;, menacent certains gestionnaires, brandissant le code de d&#233;ontologie des infirmi&#232;res en le d&#233;tournant effront&#233;ment). L&#224;, ce sont encore des infirmi&#232;res de Laval qui organisent un sit-in au moment o&#249; les &#233;quipes se renouvellent sur le plancher, entre les quarts de travail. Certaines passent &#224; la t&#233;l&#233;, d'autres &#233;crivent des lettres ; la plupart t&#233;moignent sur Facebook dans un groupe qui rassemble &#224; ce jour plus de 35000 personnes. Elles d&#233;noncent les conditions de travail et de pratique qui leur sont impos&#233;es, les abus, la fatigue, la violence et la honte d'un syst&#232;me dont elles sont la plus importante ressource &#171; ouvri&#232;re &#187;. Elles t&#233;moignent publiquement, &#224; visage d&#233;couvert, et ce, en d&#233;pit des risques encourus et des menaces.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Le patriarcat r&#233;plique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Elle s'appelle Carolyn Strom et elle est infirmi&#232;re. Elle sort de la Cour du Banc de la Reine de Saskatoon, le tribunal de premi&#232;re instance de la Saskatchewan. Elle est abasourdie. Nous sommes le 11 avril 2018 et, apr&#232;s deux ans de proc&#233;dure, le juge de cette cour vient d'appuyer la SRNA (Saskatchewan Registered Nurses' Association), l'association professionnelle des infirmi&#232;res de cette province, qui l'accuse d'inconduite professionnelle pour avoir partag&#233; sur sa page Facebook ses sentiments (mitig&#233;s) quant &#224; la qualit&#233; des soins prodigu&#233;s &#224; son grand-p&#232;re en fin de vie dans l'&#233;tablissement de sant&#233; o&#249; il &#233;tait hospitalis&#233;. Le jugement reconna&#238;t &#224; la SRNA le droit d'imposer &#224; Carolyn Strom, outre des mesures humiliantes d'autoflagellation et de discipline, une amende de 26000$ pour la publication &#171; &lt;em&gt;critique&lt;/em&gt; &#187; qu'elle a publi&#233;e. &lt;em&gt;Oh well&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elles sont deux infirmi&#232;res qui travaillent aux urgences de Gatineau. Elles ont convaincu une cinquantaine d'autres filles des urgences de Hull et de Gatineau d'&#233;crire de courts textes pour partager ce qui fait le quotidien de leur travail. Elles ont publi&#233; ces t&#233;moignages dans un recueil saisissant, &lt;em&gt;Le livre noir des urgences de l'Outaouais&lt;/em&gt;, qu'elles d&#233;posent le 15 f&#233;vrier 2018 sur le bureau de leurs gestionnaires &#224; l'h&#244;pital de Gatineau. En r&#233;ponse &#224; ce geste fort et document&#233;, voici ce qu'elles se font dire : &#171; &lt;em&gt;Vous &#234;tes tr&#232;s &#233;motives, la derni&#232;re semaine a &#233;t&#233; difficile. &lt;/em&gt; &#187; Du m&#234;me bord r&#233;voltant, le premier ministre du Qu&#233;bec r&#233;agit, paterne, &#224; cette vague d'interpellations croissantes : les infirmi&#232;res sont trop &#171; &lt;em&gt;n&#233;gatives&lt;/em&gt; &#187;, ce &#171; &lt;em&gt; noircissement de la situation&lt;/em&gt; &#187; ne les aide pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, qu'on soit au Qu&#233;bec ou en Saskatchewan, s'il y a une chose qui se partage bien, au-del&#224; des diff&#233;rences juridiques et l&#233;gales, c'est bien la culture patriarcale, souvent soutenue par la loi, qui valorise autant qu'elle impose l'abn&#233;gation, l'ob&#233;issance et le silence &#224; des infirmi&#232;res, consid&#233;r&#233;es comme ressource corv&#233;able et quasi domestique. Les femmes sont trop &#233;motives, qu'elles se contentent de &#171; &lt;em&gt;soigner&lt;/em&gt; &#187;, sans juger du reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Seulement soigner sans jugement, &#231;a ne veut plus dire grand-chose, d'autant qu'on prive par ailleurs ces corps-l&#224; des moyens pour bien travailler. Les conditions de travail et de pratique et le harassement dans lequel celles-ci placent le personnel des h&#244;pitaux d&#233;gradent les soins et ab&#238;ment autant celles et ceux qui les donnent, que celles et ceux qui les re&#231;oivent, les patient&#183;e&#183;s, leurs familles, la communaut&#233;. Autrement dit, tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Un espace s'est ouvert&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Le soir du 16 f&#233;vrier 2018, l'air est presque printanier. Des &#171; infirmi&#232;res &#187; de toutes sortes d&#233;cident de partir de ce point d'&#233;nonciation &#8211; &lt;em&gt;Infirmi&#232;res en col&#232;re, Citoyens solidaires&lt;/em&gt; &#8211; pour prendre la rue. Ce soir-l&#224;, elles marchent dans la rue de la place &#201;milie-Gamelin jusqu'&#224; l'Usine C, th&#233;&#226;tre qu'elles ont r&#233;ussi &#224; convaincre d'ouvrir ses portes et sa grande salle pour accueillir leur assembl&#233;e populaire, baptis&#233;e les &#201;tats g&#233;n&#233;raux des soins. Une assembl&#233;e ouverte, sans porte-parole, sans mot d'ordre, sans drapeau &#8211; que des pancartes d&#233;pareill&#233;es et la fameuse banni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est important de mettre le pied dans un th&#233;&#226;tre. Important &#224; plus d'un titre. Important parce que le milieu culturel subit les m&#234;mes politiques aust&#233;ritaires. Important parce que, justement, si l'on parle d'une condition commune &#224; occuper, on dit aussi qu'il y a un bien &lt;em&gt;commun&lt;/em&gt; &#224; d&#233;fendre qui d&#233;passe la question des ratios et de la gestion et dont on devrait pouvoir &lt;em&gt;parler&lt;/em&gt;, oui l&#224;, dans ce th&#233;&#226;tre con&#231;u pour soutenir l'expression et l'&#233;coute. Parce que ce soir-l&#224;, il ne s'agit pas de r&#233;gler des probl&#232;mes pour que chacun retourne chez soi et reprenne sa place dans le circuit, &#224; nouveau fluide, abandonnant la prise que sa parole aura saisie. Au contraire, une fois la prise saisie, il ne faut plus la l&#226;cher. Il ne s'agit pas de trouver des solutions, enfin pas seulement. Les solutions &lt;em&gt;anyway&lt;/em&gt;, on les conna&#238;t, et depuis longtemps. Pas besoin de cr&#233;er en grande pompe des projets pilotes pour v&#233;rifier quel serait le nombre s&#233;curitaire de patient&#183;e&#183;s qu'une infirmi&#232;re devrait avoir &#224; sa charge. Mauvais &lt;em&gt;drano&lt;/em&gt; politique, &#171; &lt;em&gt;circulez il n'y a plus rien &#224; voir, on vous a (assez) entendu &lt;/em&gt; &#187;. Non. Autre chose s'est pass&#233; ce soir-l&#224; &#224; Montr&#233;al, sur la sc&#232;ne d'un th&#233;&#226;tre devenu celui de la d&#233;possession. Quelque chose comme l'exp&#233;rience collective d'une forme de libert&#233;, celle de dire sans ch&#226;trer la parole, dire sans que cela ne soit pr&#233;vu, parler avec le souci de la charge po&#233;tique et l'ab&#238;me d'un insatiable d&#233;sir d'exprimer qui s'ouvre. Juste &#231;a, assez vague mais absolument vrai pour vouloir continuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'autres &#201;tats g&#233;n&#233;raux des soins se sont tenus &#224; Gatineau et &#224; Qu&#233;bec. D'autres se tiendront encore &#224; Montr&#233;al et ailleurs. Un groupe d'information sur les soins inspir&#233; du fameux Groupe d'information sur les prisons se constitue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Forum infirmi&#232;re EGS (Fran&#231;ois Lemieux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nathalie Stake-Doucet est doctorante &#224; la Facult&#233; des sciences infirmi&#232;res de l'Universit&#233; de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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