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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Entrevue avec Suzy Basile</title>
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		<dc:date>2019-06-28T19:36:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Suzy Basile, Camille Robert</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Robert, Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Basile, Suzy</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Suzy Basile est professeure &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes autochtones de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec en Abitibi-T&#233;miscamingue. Elle a consacr&#233; sa th&#232;se &#224; l'identification du r&#244;le des femmes atikamekw, leur place dans la gouvernance locale, leurs perceptions de l'&#233;tat du territoire et leurs pr&#233;occupations par rapport aux connaissances qui s'y rattachent. Cette recherche a mis en lumi&#232;re l'importance d'assurer une place aux femmes dans les m&#233;canismes de prise de d&#233;cision afin que leurs savoirs contribuent au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Justice-pour-toutes-" rel="directory"&gt;Dossier : Justice pour toutes !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Ecologie-et-environnement-+" rel="tag"&gt;Ecologie et environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Camille-+" rel="tag"&gt;Robert, Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Basile-Suzy-+" rel="tag"&gt;Basile, Suzy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2748.png?1642092229' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;717&#034; height=&#034;715&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suzy Basile est professeure &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes autochtones de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec en Abitibi-T&#233;miscamingue. Elle a consacr&#233; sa th&#232;se &#224; l'identification du r&#244;le des femmes atikamekw, leur place dans la gouvernance locale, leurs perceptions de l'&#233;tat du territoire et leurs pr&#233;occupations par rapport aux connaissances qui s'y rattachent. Cette recherche a mis en lumi&#232;re l'importance d'assurer une place aux femmes dans les m&#233;canismes de prise de d&#233;cision afin que leurs savoirs contribuent au maintien et au renforcement du lien profond entre la nation atikamekw et le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Camille Robert.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; : Tout d'abord, est-ce que vous pourriez nous expliquer pourquoi vous vous &#234;tes int&#233;ress&#233;e &#224; ce sujet en particulier ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Suzy Basile :&lt;/strong&gt; J'ai travaill&#233; longtemps dans ce milieu. Dans une ancienne vie, j'ai &#233;t&#233; &#224; la direction de l'Institut du d&#233;veloppement durable des Premi&#232;res Nations du Qu&#233;bec et du Labrador. C'est l&#224; o&#249; j'ai vraiment pris le pouls des enjeux environnementaux chez l'ensemble des Premiers Peuples au Qu&#233;bec. Je participais et j'organisais plusieurs r&#233;unions, colloques, formations, consultations... et je constatais qu'il y avait toujours tr&#232;s peu de femmes. J'ai &#233;galement cumul&#233; plusieurs engagements avec l'association Femmes autochtones du Qu&#233;bec : j'ai &#233;t&#233; vice-pr&#233;sidente et repr&#233;sentante des femmes en milieu urbain, j'ai particip&#233; avec elles &#224; diff&#233;rents projets et campagnes qu'elles ont mises en place. &#192; la suite de ces exp&#233;riences, je savais que les femmes autochtones avaient beaucoup &#224; dire sur les sujets environnementaux et que, malheureusement, on les entendait tr&#232;s peu. En tout cas, pas assez, &#224; mon avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Les femmes autochtones ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es des sph&#232;res de d&#233;cision &#224; travers la colonisation. Quelles en ont &#233;t&#233; les cons&#233;quences ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. : &lt;/strong&gt; D'abord, on a tent&#233; de les effacer de toutes les sph&#232;res o&#249; elles pouvaient avoir un contr&#244;le ou un r&#244;le pr&#233;dominant &#224; jouer. &#199;a a &#233;t&#233; l'un des buts avou&#233;s tant des politiques coloniales que de l'&#201;glise, &#224; l'&#233;poque. On a voulu rel&#233;guer les femmes dans la sph&#232;re domestique pour mettre l'ensemble du pouvoir entre les mains des hommes. C'&#233;tait une politique bien pens&#233;e pour &#231;a : on voulait s'assurer que les femmes qui d&#233;rangeaient l'establishment religieux et colonial soient mises &#224; l'&#233;cart pour ne pas jouer le r&#244;le qu'elles jouaient avant, c'est-&#224;-dire une participation aux prises de d&#233;cisions et &#224; tous les aspects de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des exemples concrets est qu'elles n'avaient pas, jusqu'en 1951, le droit de participer aux assembl&#233;es publiques de leur communaut&#233;, de se pr&#233;senter aux &#233;lections et encore moins de voter. Pour nous, 1951, c'est encore tr&#232;s r&#233;cent, &#231;a fait seulement deux g&#233;n&#233;rations. &#199;a a encore des cons&#233;quences importantes chez les femmes autochtones qui ont pu s'impliquer tr&#232;s progressivement en politique. Quelques-unes sont devenues conseill&#232;res, d'autres sont devenues cheffes. Aujourd'hui, on parle d'environ une personne sur six, parmi les leaders, qui est une femme. Il y a encore du chemin &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la Loi sur les Indiens, toute femme autochtone qui mariait une personne non autochtone se voyait exclue de sa communaut&#233;, ainsi que ses enfants. On faisait exactement l'inverse avec les femmes non autochtones qui mariaient des Autochtones, donc on a voulu vider les communaut&#233;s de leurs femmes pour les remplacer par des femmes blanches. Consid&#233;rant que la langue, que la culture et tout le reste passaient par elles, il y a eu une tentative de &#171; blanchisation &#187; et une assimilation par l'arriv&#233;e de femmes blanches en nombre important. &#199;a n'a pas fonctionn&#233;, mais &#231;a a quand m&#234;me eu des incidences assez importantes. Les femmes et leurs enfants ont retrouv&#233; leur statut apr&#232;s 1985 quand la loi a &#233;t&#233; chang&#233;e, mais &#231;a ne s'est pas fait du jour au lendemain. Il y en a encore qui rencontrent des obstacles pour revenir dans leur communaut&#233;. Physiquement, tu peux y retourner, mais pour avoir un travail, pour avoir un logement puis t'y installer, c'est une tout autre chose. Donc &#231;a a encore des cons&#233;quences tr&#232;s r&#233;elles aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Comment se manifestent les conflits entre le &#171; droit des entreprises &#187; (mini&#232;res, foresti&#232;res, etc.) et le rapport au territoire des communaut&#233;s autochtones ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. : &lt;/strong&gt; Peu d'industries comprennent ce qu'est le lien privil&#233;gi&#233; entre les peuples autochtones et leurs territoires respectifs. Clairement, on n'a pas le m&#234;me lien. Pour certains, &#231;a peut &#234;tre une source de revenu et de richesse potentielle, tandis que pour d'autres, c'est un milieu de vie d'o&#249; ils tirent leurs origines, et non quelque chose &#224; exploiter &#224; tout prix. Je ne dis pas que les Autochtones ne participent pas &#224; l'exploitation des ressources naturelles, mais dans la vision et dans la mani&#232;re de voir et de traiter son environnement, c'est un tout autre rapport que ce que les industries peuvent proposer. Plus largement, &#224; travers le monde, on peut observer qu'il existe cette m&#234;me tendance &#224; la contamination et &#224; la destruction des territoires traditionnels autochtones, c'est un d&#233;nominateur commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de tout &#231;a sont assez graves. On parle de perte d'acc&#232;s au territoire et aux ressources... et pas uniquement aux ressources comme le bois ou les min&#233;raux, mais aux plantes m&#233;dicinales, &#224; la faune, aux milieux de vie et de ressourcement. L'univers des plantes m&#233;dicinales et de leurs traitements est principalement li&#233; aux femmes. Selon leurs t&#233;moignages, il y a d&#233;j&#224; quelques bonnes mesures pour conserver certaines plantes, mais les sources d'eau potable sur les territoires sont maintenant contamin&#233;es. On ne peut pas faire de m&#233;decine avec une eau qui est contamin&#233;e. Il faut toujours rester vigilants pour tenir compte de l'ensemble des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Quelle a &#233;t&#233; la place des femmes atikamekw dans les prises de d&#233;cisions et dans l'organisation de la communaut&#233; face &#224; ces tensions entre entreprises et environnement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. :&lt;/strong&gt; C'est un des constats de ma recherche. Les femmes atikamekw n'ont pratiquement jamais &#233;t&#233; impliqu&#233;es ou consult&#233;es dans ces d&#233;cisions. Quelques-unes sont en politique aujourd'hui, mais est-ce qu'on prend la peine de mettre en place un syst&#232;me de consultation sp&#233;cifique pour les femmes et leurs enjeux ? Je ne l'ai pas encore vu. C'est d'ailleurs l'une des revendications de ma th&#232;se. Je sais que les femmes atikamekw sont en train de prendre ces r&#233;sultats et de se les approprier pour mieux d&#233;fendre leurs propres revendications &#224; elles et avoir une meilleure place dans ces instances d&#233;cisionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Comment penser des liens entre territoire, communaut&#233;s autochtones et justice, comprise dans son sens large ? Quelles sont les pistes que vous proposez concernant la question des femmes autochtones et la gouvernance ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. :&lt;/strong&gt; D'abord, &#233;couter les peuples autochtones quand ils vous parlent... et ne pas attendre qu'il y ait des blocages, qui sont des solutions de dernier recours. Quand on en vient &#224; ces mobilisations, c'est qu'on est venus &#224; bout de tous les autres moyens. Il ne faut pas non plus g&#233;n&#233;raliser les dossiers ou les enjeux &#224; l'ensemble des peuples autochtones. Ce que vivent les Inuits est compl&#232;tement diff&#233;rent de ce que vivent les Atikamekw, de ce que vivent les Mohawks&#8230; Je constate souvent cette tendance &#224; dire que c'est pareil partout. Non seulement c'est une voix de plus &#224; entendre, mais il y a plusieurs voix l&#224;-dedans. Je porte une attention plus particuli&#232;re &#224; celles des femmes parce que je m'y int&#233;resse, mais si tout le monde pouvait faire pareil, &#231;a apporterait des changements importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de justice, il faut rechercher une &#233;quit&#233; et une prise en consid&#233;ration de tous les genres. Dans les recherches qui ont &#233;t&#233; faites dans le pass&#233;, on n'interrogeait que les hommes et on affirmait ensuite que c'&#233;tait comme &#231;a pour tel peuple. Il faut donc prendre la peine de mener des consultations sp&#233;cifiques avec les femmes non pas pour les traiter &#224; part, mais pour ne pas les oublier et les traiter comme on traiterait un groupe d'hommes sur des questions aussi cruciales que le d&#233;veloppement territorial par exemple. Je ne pense pas qu'on puisse parler de gouvernance sans franchir cette &#233;tape pr&#233;alable : &#233;coutez-les et vous verrez !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Suzy Basile, 2016 (Genevi&#232;ve Lagrois).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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