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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Pension alimentaire et politiques sociales. Quels impacts sur les droits des femmes ?</title>
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		<dc:date>2019-06-21T18:47:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milie Biland</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Biland, &#201;milie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Du fait des in&#233;galit&#233;s de revenus entre hommes et femmes et de la fr&#233;quence &#224; laquelle est accord&#233;e aux m&#232;res la garde des enfants, les femmes repr&#233;sentent la grande majorit&#233; des parents recevant les pensions alimentaires. D&#232;s lors, qu'elle a &#233;t&#233; la part des revendications des organismes f&#233;ministes dans l'&#233;laboration de ces dispositifs ? Quel bilan tirer de leur mise en &#339;uvre, et de leur articulation avec les politiques sociales, sur la situation &#233;conomique des femmes s&#233;par&#233;es ou divorc&#233;es ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Justice-pour-toutes-" rel="directory"&gt;Dossier : Justice pour toutes !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Biland-Emilie-+" rel="tag"&gt;Biland, &#201;milie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2744.png?1642092228' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1191&#034; height=&#034;770&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du fait des in&#233;galit&#233;s de revenus entre hommes et femmes et de la fr&#233;quence &#224; laquelle est accord&#233;e aux m&#232;res la garde des enfants, les femmes repr&#233;sentent la grande majorit&#233; des parents recevant les pensions alimentaires. D&#232;s lors, qu'elle a &#233;t&#233; la part des revendications des organismes f&#233;ministes dans l'&#233;laboration de ces dispositifs ? Quel bilan tirer de leur mise en &#339;uvre, et de leur articulation avec les politiques sociales, sur la situation &#233;conomique des femmes s&#233;par&#233;es ou divorc&#233;es ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Perception, d&#233;fiscalisation, fixation : les trois principes sur lesquels repose le syst&#232;me qu&#233;b&#233;cois de pension alimentaire pour enfants sont entr&#233;s en vigueur il y a un peu de plus de 20 ans, entre 1995 et 1997. Sauf exemption, la pension est pr&#233;lev&#233;e par les services fiscaux au parent qui en est reconnu redevable. Toutefois, celui-ci ne peut la d&#233;duire de ses revenus aux fins de l'imp&#244;t (et le parent qui la re&#231;oit ne l'inclut pas dans ses propres revenus). Enfin, des r&#232;gles provinciales ou f&#233;d&#233;rales pr&#233;cises s'appliquent pour calculer son montant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobilis&#233;s contre la pauvret&#233; des familles monoparentales, les groupes de femmes ont eu un r&#244;le majeur dans la mise &#224; l'agenda de la perception des pensions, comme l'a montr&#233; l'ouvrage d'Anne Revillard (&lt;i&gt;La cause des femmes dans l'&#201;tat&lt;/i&gt;, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des objectifs h&#233;t&#233;roclites&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1980, 31 groupes ont form&#233; un Front commun pour un v&#233;ritable service de perception des pensions. Cette revendication s'inscrivait dans leur promotion de l'autonomie &#233;conomique des femmes, &#233;galement pr&#233;sente dans l'instauration de la prestation compensatoire (1980) et du patrimoine familial (1989). Deux ans plus t&#244;t, le Conseil du statut de la femme avait publi&#233; son premier rapport majeur (&lt;i&gt;Pour les Qu&#233;b&#233;coises : &#233;galit&#233; et ind&#233;pendance&lt;/i&gt;, 1978), dans lequel on retrouvait d&#233;j&#224; cette proposition. En 1995, c'est le Secr&#233;tariat &#224; la condition f&#233;minine qui pr&#233;pare le projet de loi instituant cette perception. &#192; l'Assembl&#233;e nationale, il est promu par des d&#233;put&#233;es ayant exerc&#233; des responsabilit&#233;s au sein de groupes de femmes, tandis que 15000 personnes rejoignent la Marche du pain et des roses contre la pauvret&#233;, qui a fait de la perception des pensions alimentaires une de ses revendications et qui arrive &#224; Qu&#233;bec quelques jours avant l'adoption du projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, il a fallu plus de 15 ans pour que le gouvernement reprenne ces demandes &#224; son compte, au nom d'arguments en partie diff&#233;rents de ceux des groupes. D'abord, la comp&#233;tition entre partis politiques sur la sc&#232;ne provinciale et la concurrence entre les deux paliers de gouvernement, sur fond d'&#233;chec de l'accord du lac Meech (1990) et de pr&#233;paration du second r&#233;f&#233;rendum (1995), ont beaucoup compt&#233;. Ensuite, l'action du minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; du revenu a fortement pes&#233; dans la balance, alors qu'il entendait am&#233;liorer le recouvrement des pensions pour r&#233;duire les sommes vers&#233;es au titre de &#171; l'aide sociale &#187;. &#192; l'&#233;poque, de nombreuses familles monoparentales en &#233;taient en effet b&#233;n&#233;ficiaires. De fait, le mod&#232;le de fixation des pensions n'a pas &#233;t&#233; &#233;labor&#233; par les groupes de femmes, mais par ce minist&#232;re, et par celui de la Justice, qui y voyait un moyen de d&#233;velopper la m&#233;diation familiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Groupes de femmes et gouvernements se sont &#233;galement alli&#233;s pour d&#233;fiscaliser les pensions &#8211; toujours pour des motifs distincts. Les premiers cherchaient &#224; augmenter les revenus des femmes, tandis que les gouvernements provincial et f&#233;d&#233;ral, pourtant autoris&#233;s par la Cour supr&#234;me &#224; maintenir la fiscalisation (Thibaudeau c. Canada, [1995] 2 R.C.S), y ont mis fin pour accro&#238;tre leurs propres revenus. Les d&#233;biteurs de pension alimentaire (jusque-l&#224; exon&#233;r&#233;s) ayant en moyenne des revenus plus &#233;lev&#233;s que les cr&#233;anciers (jusque-l&#224; impos&#233;s), cette mesure a augment&#233; leurs recettes fiscales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Promouvant une justice de genre priv&#233;, le syst&#232;me qu&#233;b&#233;cois de pension alimentaire est ainsi n&#233; du compromis entre deux objectifs distincts : celui de l'&#233;mancipation des femmes et celui de la pr&#233;servation des finances publiques. Quels en ont &#233;t&#233; les effets sur les in&#233;galit&#233;s au sein des familles et entre les familles ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Moins d'aide sociale, plus de politique familiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Qu&#233;bec s'inscrit bel et bien dans la tendance nord-am&#233;ricaine du renforcement des responsabilit&#233;s priv&#233;es aux fins de diminution de l'aide publique aux personnes d&#233;favoris&#233;es. Pour autant, on ne peut parler de d&#233;sengagement de l'&#201;tat : les recettes fiscales associ&#233;es &#224; la d&#233;fiscalisation des pensions ont &#233;t&#233; affect&#233;es au financement de nouveaux services : des services parajudiciaires (m&#233;diation, greffiers sp&#233;ciaux), sociaux (aide sociale) ou familiaux (garderies). Ces mesures ont conduit &#224; la red&#233;finition des publics cibles des politiques sociales, d&#233;bouchant sur une redistribution horizontale, des personnes vivant seules vers les familles, notamment monoparentales. Le taux de bas revenus a diminu&#233; parmi ces derni&#232;res (tout en restant &#233;lev&#233;), tandis qu'il restait stable pour les personnes seules&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucie Dumais, &#171; L'&#201;tat et les politiques sociales. Dispositifs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures ont aussi induit une redistribution verticale, entre familles, au profit des classes moyennes et sup&#233;rieures. &#201;valuant en 2001 la politique de soutien au revenu des familles, l'&#233;conomiste Ruth Rose estime que tous les parents ont subi une r&#233;duction de l'aide publique pour leurs enfants, mais ce sont les plus pauvres qui y ont le plus perdu, tandis que les plus riches profitaient de baisses d'imp&#244;t. En 2005, la r&#233;forme du syst&#232;me socio-fiscal a corrig&#233; cette tendance : les prestations familiales sont maintenant int&#233;gr&#233;es au syst&#232;me fiscal, sous la forme d'un cr&#233;dit d'imp&#244;t accessible &#224; toutes les familles. Dans une opinion d'expert d&#233;pos&#233; en 2009, Rose souligne que l'ensemble des familles monoparentales voit l'aide publique augmenter, surtout celles dont le revenu est l&#233;g&#232;rement sup&#233;rieur au plafond de l'aide sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le m&#234;me temps, les familles monoparentales pauvres, le plus souvent dirig&#233;es par des femmes, sont cibl&#233;es par des mesures restrictives. En effet, les pensions alimentaires sont prises en compte pour l'&#233;ligibilit&#233; &#224; quatre programmes sociaux. Ainsi, le programme d'aide sociale per&#231;oit directement la pension et n'en verse qu'une partie &#224; la cr&#233;anci&#232;re (100 $ par enfant depuis 2011). Les groupes de femmes et ceux repr&#233;sentant les &#171; personnes assist&#233;es sociales &#187; ont contest&#233; &#224; deux reprises (2003 et 2009-2012) cette disposition devant les tribunaux &#8211; sans parvenir &#224; y mettre un terme. En 2016, le programme d'aide sociale a encore accru sa conditionnalit&#233;, diminuant le montant re&#231;u par les allocataires ne d&#233;montrant pas d'efforts suffisants pour chercher un emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capacit&#233;s de redistribution entre ex-conjoints d&#233;pendent fortement de leurs positions socio&#233;conomiques respectives. L'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois a trouv&#233; son compte dans la valorisation des solidarit&#233;s familiales, au d&#233;triment des femmes appartenant aux classes populaires pr&#233;caris&#233;es, qui ne peuvent b&#233;n&#233;ficier d'une pension alimentaire cons&#233;quente, soit parce que leur ex-conjoint n'est pas en mesure de la verser, soit parce que l'administration en conserve une partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inspiration n&#233;olib&#233;rale de cette politique ne fait gu&#232;re de doute, mais elle n'est pas la seule &#224; peser puisque les r&#233;formes des pensions alimentaires ont accompagn&#233; l'essor des politiques familiales. Toutefois, au sein de ces derni&#232;res, &#171; &lt;i&gt;les int&#233;r&#234;ts des enfants [prennent] le dessus sur ceux de leurs parents&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jane Jenson, &#171; Changing the Paradigm : Family Responsibility or Investing in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, et en particulier sur ceux des femmes. La moindre mobilisation des groupes de femmes sur les enjeux &#233;conomiques, l'influence de la probl&#233;matisation en termes de droits des enfants et les pr&#233;occupations financi&#232;res de l'&#201;tat jouent en faveur de mesures d'abord favorables aux enfants dont les deux parents font partie du salariat stable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucie Dumais, &#171; L'&#201;tat et les politiques sociales. Dispositifs de protection, solidarit&#233;s et autres mutations &#187;, in Pierre P. Tremblay, &lt;i&gt;L'administration contemporaine de l'&#201;tat,&lt;/i&gt; Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, 2012, p. 369-393.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jane Jenson, &#171; Changing the Paradigm : Family Responsibility or Investing in Children &#187;, &lt;i&gt;Cahiers canadiens de sociologie&lt;/i&gt;, v. 29, no 2, 2004, p. 169-192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* L'auteure pr&#233;cise que cet article est adoss&#233; &#224; un projet de recherche financ&#233; par le CRSH (programme Savoir) de 2012 &#224; 2015. Elle remercie Joanie Bouchard, Marie Hautval et Maxim Fortin pour leur collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Headquarters Paris (CC BY-NC 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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