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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Le consentement apr&#232;s #MeToo</title>
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		<dc:date>2019-06-21T18:33:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Suzanne Zaccour</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
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		<dc:subject>Zaccour, Suzanne</dc:subject>

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&lt;p&gt;Voil&#224; le refrain in&#233;vitable qu'on nous sort chaque fois que l'on discute de consentement, de culture du viol et de r&#233;forme du droit relatif aux agressions sexuelles. Le &#171; contrat en triple exemplaire &#187; se pr&#233;sente comme l'ultime transgression, la pers&#233;cution, la folie f&#233;ministe pouss&#233;e &#224; son comble. &lt;br class='autobr' /&gt; Ce futur morose pourrait d'ailleurs se terrer bien moins loin qu'on le soup&#231;onne. &#192; preuve, l'application mobile LegalFling a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour permettre aux partenaires d'un acte sexuel de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Justice-pour-toutes-" rel="directory"&gt;Dossier : Justice pour toutes !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-des-femmes-et-droits-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; des femmes et droits reproductifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Zaccour-Suzanne-+" rel="tag"&gt;Zaccour, Suzanne&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2742.png?1642092228' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;938&#034; height=&#034;626&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; le refrain in&#233;vitable qu'on nous sort chaque fois que l'on discute de consentement, de culture du viol et de r&#233;forme du droit relatif aux agressions sexuelles. Le &#171; contrat en triple exemplaire &#187; se pr&#233;sente comme l'ultime transgression, la pers&#233;cution, la folie f&#233;ministe pouss&#233;e &#224; son comble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce futur morose pourrait d'ailleurs se terrer bien moins loin qu'on le soup&#231;onne. &#192; preuve, l'application mobile LegalFling a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour permettre aux partenaires d'un acte sexuel de consentir du bout du doigt et aux hommes de se d&#233;fendre avec cette preuve de &#171; consentement l&#233;gal &#187; lorsqu'arrivera l'Inquisition. Y a-t-il du vrai dans cette caricature ? Le consentement n&#233;goci&#233;, formalis&#233;, couch&#233; sur papier est-il l'ambition ultime des f&#233;ministes anti-viol ? Au contraire ! Un tel consentement contractualis&#233; est irr&#233;conciliable avec une vision f&#233;ministe de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une contradiction profonde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'essence m&#234;me du contrat est de s'obliger maintenant &#224; poser une action dans l'avenir. Or, le consentement donn&#233; &#224; l'avance est une situation que les f&#233;ministes connaissent bien et veulent &#224; tout prix &#233;viter : il nous ram&#232;nerait &#224; l'&#233;poque (pas si) r&#233;volue du consentement irr&#233;vocable donn&#233; par l'&#233;pouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; tout r&#233;cemment au Canada, un &#233;poux ne pouvait &#234;tre d&#233;clar&#233; coupable d'avoir viol&#233; sa femme. La justification de l'impossibilit&#233; du viol conjugal &#233;tait que l'&#233;pouse consentait &#224; avoir des rapports sexuels en se mariant. Ce consentement irr&#233;vocable faisant du sexe un &#171; devoir conjugal &#187; et de la femme un objet &#224; la disposition du mari. Ridicule ? Certainement, mais c'&#233;tait pourtant l'&#233;tat du droit au Canada jusqu'en 1983. En Angleterre, jusqu'en 1991. En France, jusqu'en 1994. Aux &#201;tats-Unis, l'immunit&#233; conjugale pour le viol existe toujours sous plusieurs formes dans 26 &#201;tats. Dans certains d'entre eux, un homme qui rend sa femme inconsciente sans son consentement puis se sert de son corps &#224; des fins sexuelles ne se rend pas coupable de viol. Voil&#224; la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle nous ram&#232;ne l'id&#233;e selon laquelle le consentement peut &#234;tre donn&#233; en avance, puis exig&#233; en vertu d'un contrat. Le f&#233;minisme n'est certes pas un mouvement monolithique, mais on n'aura pas de mal &#224; se mettre d'accord sur cette question-ci : non merci !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, le consentement requis par les principes d'&#233;galit&#233; des genres et d'autonomie sexuelle (ainsi que par le droit canadien) n&#233;cessite qu'il soit actualis&#233; et r&#233;it&#233;r&#233;. Il n'y a pas de consentement sans la possibilit&#233; de le r&#233;voquer (ce pourquoi une personne endormie ou inconsciente ne peut pas &#234;tre consentante). Lorsque le consentement est retir&#233;, l'activit&#233; sexuelle doit cesser imm&#233;diatement, sans obligation de se soumettre &#224; quelque acte que ce soit sous pr&#233;texte d'un consentement pass&#233;. Voil&#224; un aspect du droit canadien qui nous pla&#238;t. Les gens qui sugg&#232;rent que les f&#233;ministes voudraient faire du consentement un contrat sign&#233; en trois exemplaires n'ont rien compris au f&#233;minisme. Ou aux contrats. Ou aux deux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le grand myst&#232;re f&#233;minin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'outil rh&#233;torique du &#171; consentement contractuel &#187; est en outre une exag&#233;ration grossi&#232;re qui transforme en &#171; complications et formalit&#233;s &#187; les nuances et la sensibilisation autour du consentement que les f&#233;ministes veulent introduire dans le domaine des rapports sexuels. Les f&#233;ministes chercheraient &#224; tuer le romantisme et la spontan&#233;it&#233; avec des notions de consentement explicite, affirmatif, voire enthousiaste &#8211; diff&#233;rentes fa&#231;ons d'exprimer que seul un vrai &#171; oui &#187; veut dire &#171; oui &#187;. Pr&#233;cisons que l'id&#233;e selon laquelle &#171; le romantisme est mort &#187; n'a rien de nouveau. Et pourtant, ni le divorce, ni le condom, ni le mariage gai ne sont venus &#224; bout du couple h&#233;t&#233;rosexuel. Les inquiets peuvent dormir tranquilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie question est de savoir pourquoi certains hommes &#224; qui l'on demande de s'assurer du consentement de leur partenaire se tournent vers l'id&#233;e caricaturale du contrat &#233;crit. Selon la conception patriarcale de la sexualit&#233;, celle-ci serait pleine de &#171; zones grises &#187;, et le viol pourrait n'&#234;tre, en fin de compte, qu'un probl&#232;me de communication. Clarifier cette ambigu&#239;t&#233; exigerait donc une longue discussion assur&#233;ment inconfortable. Demander le consentement serait ainsi un vrai &lt;i&gt;buzzkill&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, plusieurs f&#233;ministes remettent en question l'id&#233;e qu'en mati&#232;re de sexualit&#233;, les hommes et les femmes ne parlent pas le m&#234;me langage. Ce que l'on d&#233;crit comme un &#171; probl&#232;me de communication &#187; serait plut&#244;t une ignorance culturellement avalis&#233;e. En bref, les hommes ne sont pas stupides et comprennent tr&#232;s bien lorsqu'une femme ne consent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette perspective est correcte, alors ridiculiser l'id&#233;e d'un consentement affirmatif comme une complexit&#233; monstre rel&#232;ve de la mauvaise foi. L'analyse conversationnelle r&#233;v&#232;le que, dans la vie de tous les jours, les personnes &#233;mettent typiquement des acceptations de fa&#231;on imm&#233;diate et directe et des refus de fa&#231;on subtile et sans employer le mot &#171; non &#187;. Hors du contexte sexuel, ces refus sont parfaitement compris : une pause de deux dixi&#232;mes de secondes suffit &#224; une personne pour comprendre qu'une autre s'appr&#234;te &#224; refuser son invitation ! Tout porte donc &#224; croire que les hommes comprennent d&#233;j&#224; que l'absence d'un consentement explicite signifie un non&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Celia Kitzinger et Hannah Frith, &#171; Just Say No ? The Use of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas l'absence de contrat, mais l'absence de pr&#233;occupation pour l'int&#233;grit&#233; sexuelle des femmes. &#201;lever le standard de consentement de &#171; non veut dire non &#187; &#224; &#171; seulement oui veut dire oui &#187; ne rend pas les interactions sexuelles compliqu&#233;es, g&#234;nantes ou difficiles : cela oblige simplement les hommes &#224; cesser de faire semblant que les femmes sont incompr&#233;hensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un contrat de consentement n'arrangerait pas le probl&#232;me des &#171; zones grises &#187; du consentement, pour la simple raison que de telles zones grises n'existent pas. Le moindre doute quant au consentement devrait amplement suffire &#224; nous convaincre de ne pas prendre de risque. Est-ce aller trop loin ? Les femmes sont agress&#233;es sexuellement depuis des si&#232;cles et dans des proportions astronomiques. Il me semble que cet effort soi-disant colossal de v&#233;rifier le consentement n'est pas une demande exag&#233;r&#233;e envers les hommes qui pr&#233;tendent &#234;tre contre le viol.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Parlons de consentement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Continuons &#224; parler de consentement, &#224; remettre en question nos standards de sexualit&#233; moralement acceptable et &#224; imaginer des r&#233;formes, mais, de gr&#226;ce, laissons tomber l'&#233;pouvantail du contrat. Le consentement explicite (&lt;i&gt;affirmative consent&lt;/i&gt;) recommand&#233; par de nombreuses f&#233;ministes est loin d'&#234;tre aussi compliqu&#233; que ses d&#233;tracteurs le pr&#233;tendent. Il s'agit seulement de s'assurer que notre partenaire est aussi partant&#183;e que nous &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; de proc&#233;der &#224; un acte sexuel, de ne pas contraindre le &#171; oui &#187; et de respecter le &#171; non &#187; &#8211; comme nous le faisons dans nos autres interactions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;rifier le consentement co&#251;te bien peu, alors que le co&#251;t d'une agression sexuelle est infiniment plus grand. Dans un tel contexte, il n'y a pas de zones grises du consentement : il n'y a que des hommes qui ont des doutes et qui proc&#232;dent quand m&#234;me. Un contrat de consentement ne ferait qu'empirer les choses. Au final, peut-&#234;tre y a-t-il lieu de conclure que si un homme pense que le comble de la sexualit&#233; f&#233;ministe est le contrat de consentement, alors il ferait sans doute mieux de s'abstenir&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Celia Kitzinger et Hannah Frith, &#171; Just Say No ? The Use of Conversation Analysis in Developing a Feminist Perspective on Sexual Refusal &#187;, &lt;i&gt;Discourse &amp; Society&lt;/i&gt;, 10(3), 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Suzanne Zaccour est autrice et &#233;tudiante &#224; la ma&#238;trise en droit &#224; l'Universit&#233; de Cambridge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Manifestation des femmes &#224; Montr&#233;al le 20 janvier 2018 (Andr&#233; Querry).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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