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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Droits des animaux : une question de soci&#233;t&#233;</title>
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		<dc:date>2019-04-15T09:24:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;rick Fortier</dc:creator>


		<dc:subject>Agriculture et alimentation</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Droits des animaux</dc:subject>
		<dc:subject>Fortier, Fr&#233;d&#233;rick</dc:subject>

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&lt;p&gt;Bien qu'il s'agisse d'un enjeu encore trop peu compris, la question des droits des animaux brille par son absence au Qu&#233;bec, alors qu'elle est pourtant incontournable. Elle doit aujourd'hui &#234;tre consid&#233;r&#233;e par la gauche comme une question politique. &lt;br class='autobr' /&gt; Depuis quelques ann&#233;es, le v&#233;ganisme comme mode de vie sans exploitation animale conna&#238;t une certaine popularit&#233; au Qu&#233;bec et ailleurs dans le monde, ce qui permet de parler de plus en plus ouvertement du sort des &#171; animaux non humains &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-74-avril-mai-2018-" rel="directory"&gt;No 074 - avril / mai 2018&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2727.jpg?1642092226' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1251&#034; height=&#034;573&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bien qu'il s'agisse d'un enjeu encore trop peu compris, la question des droits des animaux brille par son absence au Qu&#233;bec, alors qu'elle est pourtant incontournable. Elle doit aujourd'hui &#234;tre consid&#233;r&#233;e par la gauche comme une question politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, le v&#233;ganisme comme mode de vie sans exploitation animale conna&#238;t une certaine popularit&#233; au Qu&#233;bec et ailleurs dans le monde, ce qui permet de parler de plus en plus ouvertement du sort des &#171; animaux non humains &#187;. Toutefois, cela ne signifie pas n&#233;cessairement qu'il entra&#238;ne le rejet explicite du sp&#233;cisme comme syst&#232;me d'oppression ni la d&#233;fense des droits des animaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#233;galement Axelle Playoust, &#171; Antisp&#233;cisme. La gauche a-t-elle laiss&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le sp&#233;cisme est la discrimination des animaux selon l'esp&#232;ce, justifiant le sort que nous r&#233;servons &#224; certains animaux et pas &#224; d'autres. Tout comme le racisme a longtemps autoris&#233; l'esclavage et la violence l&#233;gale envers d'autres groupes ethniques (et encore aujourd'hui dans certaines soci&#233;t&#233;s), le sp&#233;cisme autorise les humains &#224; exploiter les animaux non humains, &#224; les vendre comme de simples marchandises, &#224; les exploiter et &#224; les tuer, que ce soit pour l'alimentation (&#233;levage, chasse, p&#234;che), pour les v&#234;tements (cuir, laine, fourrure), pour la recherche scientifique et l'exp&#233;rimentation, pour de nombreux divertissements comme les zoos, les cirques, l'&#233;quitation ou les rod&#233;os, pour le travail comme les cal&#232;ches et le tourisme, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin du 20e si&#232;cle, des philosophes ont commenc&#233; &#224; remettre en question les fondements du sp&#233;cisme. La parution du livre&lt;i&gt; Animal Liberation&lt;/i&gt; de Peter Singer en 1975 est un moment incontournable pour situer une premi&#232;re prise de position forte sur le plan &#233;thique de la question animale. Ce n'est toutefois que dans les ann&#233;es 1980 qu'appara&#238;t une prise de position plus politique (et pas seulement &#233;thique) sur les animaux, avec la th&#233;orie des droits. En 1983, le philosophe am&#233;ricain Tom Regan d&#233;fend l'id&#233;e que les animaux ne doivent pas &#234;tre trait&#233;s comme des objets, mais comme des sujets de droit. Selon lui, les animaux sont les &#171; sujets-d'une-vie &#187;, car ils ont une vie biographique, ils font l'exp&#233;rience subjective du monde, ils ont des pr&#233;f&#233;rences, des besoins, des d&#233;sirs et des int&#233;r&#234;ts qui leur sont propres. Pour Regan, les animaux poss&#232;dent une valeur inh&#233;rente, c'est-&#224;-dire que ces derniers existent pour eux-m&#234;mes et non de fa&#231;on instrumentale pour les finalit&#233;s humaines. Ils devraient donc &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des sujets et se voir octroyer des droits fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1990, le professeur de droit Gary Francione a soutenu que les animaux sont des &#234;tres &#171; sentients &#187;, pouvant ressentir subjectivement, ce qui suffit &#224; cesser de les exploiter pour ne pas leur causer de tort. Selon lui, aucun animal poss&#233;dant la &#171; sentience &#187; ne devrait &#234;tre exploit&#233; pour notre b&#233;n&#233;fice ni &#234;tre notre propri&#233;t&#233;. La sentience est l'un des crit&#232;res, si ce n'est le crit&#232;re par excellence, nous permettant d'identifier quels animaux pourraient avoir des droits, bien que la ligne soit parfois difficile &#224; tracer. Dans le cas des vert&#233;br&#233;s (les poissons, les amphibiens, les reptiles, les oiseaux et les mammif&#232;res), leur sentience est reconnue par la D&#233;claration de Cambridge de 2012. &#192; la suite des travaux de Regan et Francione, la th&#233;orie des droits a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e davantage. Aujourd'hui, ces droits se r&#233;sument minimalement au droit &#224; la vie, au droit &#224; l'int&#233;grit&#233; physique, au droit &#224; la libert&#233;, au droit de ne pas &#234;tre une propri&#233;t&#233; et au droit &#224; la pr&#233;servation des habitats naturels des animaux sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie des droits est de plus en plus aboutie, bien que de nouveaux d&#233;bats puissent survenir dans le futur. Avec de tels d&#233;veloppements th&#233;oriques, on aurait pu croire &#224; des changements sociaux substantiels au fil du temps. Or, il n'en est rien. Bien que les philosophes aient brillamment &#233;clair&#233; nos devoirs envers les animaux, la politisation de leurs th&#233;ories se fait attendre. L'influence puissante du consum&#233;risme et de l'individualisme dans notre soci&#233;t&#233; capitaliste peut expliquer en partie cette situation. Bien s&#251;r, le sp&#233;cisme existe depuis des mill&#233;naires et ne sera pas transcend&#233; facilement. Cette question demeure n&#233;anmoins comprise trop souvent comme un mode de vie personnel (le v&#233;ganisme), r&#233;duisant ainsi une lutte politique contre la discrimination et la violence syst&#233;miques &#224; de simples pr&#233;f&#233;rences individuelles. Il est n&#233;cessaire de comprendre que l'&#171; anti- sp&#233;cisme &#187; et la lib&#233;ration animale impliquent une &#233;thique de non-violence, mais cette &#233;thique est universelle, pas seulement personnelle. La question animale devrait donc &#234;tre con&#231;ue comme une question politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi la gauche doit d&#233;fendre les droits des animaux ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La recherche sociologique des quinze derni&#232;res ann&#233;es a &#233;galement montr&#233; comment le sp&#233;cisme &#233;tait li&#233; &#224; plusieurs syst&#232;mes oppressifs (racisme, colonialisme, esclavage, capacitisme, etc.). Historiquement, plusieurs groupes furent r&#233;duits au statut d'animal. Que ce soit les esclaves africains vus comme moins rationnels ou les Premi&#232;res Nations d'Am&#233;rique vues comme des &#171; sauvages &#187;, des peuples entiers furent constamment compar&#233;s aux animaux et asservis comme eux. &#192; l'&#233;poque moderne, cette Europe imbue d'elle-m&#234;me consid&#233;ra plusieurs groupes de personnes comme des &#171; b&#234;tes &#187;, m&#233;ritant leur sort car &#171; inf&#233;rieurs &#187; &#224; la &#171; race &#187; blanche. On nia &#224; plusieurs peuples colonis&#233;s un quelconque degr&#233; de civilisation ou de rationalit&#233;. Ces peuples &#233;taient vus comme &#233;tant sans histoire, &#171; comme les animaux &#187;, donc inf&#233;rieurs. Une d&#233;shumanisation s'op&#232;re par l'animalisation, permettant de r&#233;duire l'Autre &#224; un &#234;tre irrationnel. Bref, le sp&#233;cisme a &#233;t&#233; le mod&#232;le d'oppression par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait &#233;galement que la lib&#233;ration animale est &#233;troitement li&#233;e &#224; l'environnementalisme puisque l'exploitation animale contribue significativement &#224; la d&#233;vastation &#233;cologique, &#224; la consommation &#233;nergivore de ressources, &#224; la pollution et aux changements climatiques. L'&#233;levage est bien connu pour causer la d&#233;forestation n&#233;cessaire aux p&#226;turages, la pollution de l'eau, de l'air et de la terre par l'accumulation de lisier. L'&#233;levage exige aussi beaucoup de nourriture, d'eau et de ressources pour &#171; transformer &#187; les animaux (transport, abattoirs, cong&#233;lation, etc.). La p&#234;che est &#233;galement tr&#232;s dommageable et tue un nombre gigantesque d'individus. La chasse et la capture d'animaux sauvages contribuent &#233;galement &#224; l'extinction des esp&#232;ces et &#224; l'appauvrissement de la biodiversit&#233;. Par ailleurs, la destruction des habitats naturels par l'industrie mini&#232;re, p&#233;troli&#232;re, gazi&#232;re et d'autres est l'une des principales causes de la disparition des esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales. Ainsi, la question animale et la question environnementale sont intimement li&#233;es et restent indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant tout cela, la lib&#233;ration animale est une question tr&#232;s profonde, radicale et clairement politique. La gauche et les &#171; progressistes &#187; ont toujours d&#233;fendu des valeurs de paix, de justice, d'&#233;galit&#233;, de droits, de non-discrimination, de non- violence, d'&#233;cologie et de d&#233;fense des plus vuln&#233;rables. Autant de valeurs communes avec le mouvement pour les droits des animaux. Un dialogue s'impose donc. Il m'appara&#238;t important d'insister sur la prise en compte de cette question, autant par les intellectuel&#183;le&#183;s que par la gauche politique, afin de faire avancer cette cause au Qu&#233;bec. Diff&#233;rentes strat&#233;gies peuvent &#234;tre employ&#233;es pour politiser cet enjeu. Celles-ci peuvent aller de l'&#233;ducation &#224; l'activisme, de pressions sur les partis politiques aux boycottages, des manifestations &#224; la d&#233;sob&#233;issance civile. Ce texte vise &#224; susciter un d&#233;bat sur la question, particuli&#232;rement au sein des &#171; progressistes &#187; militant pour la justice, mais la r&#233;servant trop souvent aux membres de notre esp&#232;ce. Il peut aussi, je l'esp&#232;re, contribuer (modestement) &#224; politiser les droits des animaux au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ababord.org/IMG/jpg/2323.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH109/2323-3b601.jpg?1729024683' width='500' height='109' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#233;galement Axelle Playoust, &#171; Antisp&#233;cisme. La gauche a-t-elle laiss&#233; de c&#244;t&#233; une lutte ? &#187;,&lt;i&gt; &#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt;, no 69, avril-mai 2017. NDLR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteur est titulaire d'une ma&#238;trise en philosophie &#224; l'Universit&#233; de Sherbrooke. Photo : Rassemblement pour la fin du specisme (meatabolition.org).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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