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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>D&#233;construire l'accouchement pour retrouver l'enfantement</title>
		<link>https://www.ababord.org/Deconstruire-l-accouchement-pour-retrouver-l-enfantement</link>
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		<dc:date>2018-11-28T02:27:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nesrine Bessa&#239;h, St&#233;phanie St-Amant</dc:creator>


		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; des femmes et droits reproductifs</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>St-Amant, St&#233;phanie</dc:subject>
		<dc:subject>Bessa&#239;h, Nesrine </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En retra&#231;ant l'historique de l'apparition et de la popularisation des interventions obst&#233;tricales et de la s&#233;mantique utilis&#233;e pour parler d'accouchement, St&#233;phanie St-Amant met en &#233;vidence la construction des conceptions actuelles de l'accouchement en Occident. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'accouchement n'a pas toujours &#233;t&#233; entour&#233; d'un halo de peur et d'une panoplie de technologies comme il nous appara&#238;t aujourd'hui. Cette vision de la naissance s'est construite en Europe et en Am&#233;rique du Nord avec le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Maternite-et-medecine-Silence-on-accouche-" rel="directory"&gt;Dossier : Maternit&#233; et m&#233;decine. Silence, on accouche !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-et-services-sociaux-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; et services sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-des-femmes-et-droits-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; des femmes et droits reproductifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-St-Amant-Stephanie-+" rel="tag"&gt;St-Amant, St&#233;phanie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bessaih-Nesrine-+" rel="tag"&gt;Bessa&#239;h, Nesrine &lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2653.png?1642092219' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;833&#034; height=&#034;469&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En retra&#231;ant l'historique de l'apparition et de la popularisation des interventions obst&#233;tricales et de la s&#233;mantique utilis&#233;e pour parler d'accouchement, St&#233;phanie St-Amant met en &#233;vidence la construction des conceptions actuelles de l'accouchement en Occident.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'accouchement n'a pas toujours &#233;t&#233; entour&#233; d'un halo de peur et d'une panoplie de technologies comme il nous appara&#238;t aujourd'hui. Cette vision de la naissance s'est construite en Europe et en Am&#233;rique du Nord avec le d&#233;veloppement de la profession d'accoucheur et a particip&#233; &#224; d&#233;sapproprier les femmes de leur corps et de l'enfantement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;16e si&#232;cle : apparition de l'homme dit &#171; accoucheur &#187; et de la c&#233;sarienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de l'homme sage-femme dit &#171; accoucheur &#187; r&#233;pond &#224; une fantaisie de la noblesse et se distingue de ce qui se passe pour le peuple en g&#233;n&#233;ral &#224; la m&#234;me &#233;poque. Les nobles et le clerg&#233; cherchaient sciemment &#224; se distancer de l'animalit&#233;. Ils ne voulaient plus voir les femmes accoucher &#224; quatre pattes comme des b&#234;tes. Les rois appellent des chirurgiens au chevet de leur femme enceinte et tentent d'instaurer un semblant de d&#233;cence en les faisant accoucher en bonnes chr&#233;tiennes : sur le dos et sans cri. Cela marque le d&#233;but de ce que j'appelle &#171; l'&#232;re obst&#233;trique &#187; : ce moment o&#249; l'&#171; enfantement &#187; devient &#171; accouchement &#187; et o&#249; des hommes, avec leur cadre de r&#233;f&#233;rence, en prennent progressivement le contr&#244;le. C'est au cours de cette p&#233;riode que le verbe accoucher devient transitif : alors qu'une femme &#171; s'accouchait &#187; auparavant, dor&#233;navant on dira &#171; accoucher une femme &#187;. D'ailleurs &#171; obst&#233;trique &#187; veut dire &#171; qui se tient debout devant celle qu'on a accouch&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position couch&#233;e sur le dos est la plus anti-physiologique qui soit. Non seulement la gravit&#233; ne peut plus jouer son r&#244;le, mais on retire pr&#232;s d'un pouce &#224; l'ouverture du bassin. Il faudra attendre des si&#232;cles (les ann&#233;es 1960) pour que le corps m&#233;dical reconnaisse que cette position est anti-physiologique et relativement inconfortable. Ces d&#233;savantages &#233;taient largement compens&#233;s par sa commodit&#233; pour le praticien et par le maintien de l'asepsie, c'est-&#224;-dire le contr&#244;le de l'environnement o&#249; se d&#233;roule l'accouchement afin d'&#233;viter toute contamination microbienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque aussi qu'appara&#238;t la c&#233;sarienne. On entend parfois dire aujourd'hui que bien que nous fassions un usage abusif de la c&#233;sarienne, au d&#233;part elle aurait &#233;t&#233; invent&#233;e pour sauver la vie des femmes qui autrement mourraient en couche. Pourtant, la c&#233;sarienne n'a pas &#233;t&#233; invent&#233;e pour sauver des vies, bien au contraire. Dans la seconde moiti&#233; du 16e si&#232;cle, l'Europe est en pleine guerres de religion : le protestantisme fait son apparition et le catholicisme ne le laisse pas s'implanter. La c&#233;sarienne a commenc&#233;, entre autres, par la pratique de Fran&#231;ois Rousset, prot&#233;g&#233; de Catherine de M&#233;dicis, reine catholique, qui va favoriser son projet. Rousset arpente les campagnes o&#249; on trouve des protestantes et pratique des c&#233;sariennes syst&#233;matiques. Dans son livre, il pr&#233;tend frauduleusement que les c&#233;sariennes valent mieux qu'un accouchement parce qu'on ne souffre pas et qu'on n'a pas besoin de recoudre parce que la cicatrice se referme seule. Dans les faits, Fran&#231;ois Rousset tuait des femmes protestantes en les op&#233;rant pour faire na&#238;tre des b&#233;b&#233;s imm&#233;diatement baptis&#233;s en petits catholiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes obst&#233;triciens s'imposent dans l'univers de la naissance par l'usage des instruments et de la force. Effectivement, en plus de la c&#233;sarienne, les accoucheurs d&#233;veloppent des outils (forceps, tenailles) pour sortir le b&#233;b&#233; du ventre de sa m&#232;re. Ces outils et techniques se transmettent dans le secret, d'homme &#224; homme, de p&#232;re en fils et s'accompagnent de l'injonction &#224; sortir le b&#233;b&#233; le plus rapidement possible. On disqualifie alors les sages-femmes sous pr&#233;texte qu'elles ne sont pas assez fortes pour manier les instruments.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;18e et 19e si&#232;cles : la clinique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses complications feront toutefois mettre en doute le bien-fond&#233; de ces pratiques. Jusqu'en 1780 environ, en France, mais surtout en Angleterre, des sages-femmes et des m&#233;decins prennent la parole pour d&#233;noncer l'usage des instruments, rapporter des perforations cr&#226;niennes ou s'offusquer de la brutalit&#233; et de la barbarie des accoucheurs. Ils et elles sont per&#231;u&#183;e&#183;s comme des r&#233;actionnaires, comme des opposant&#183;e&#183;s au progr&#232;s et on va plut&#244;t frapper des m&#233;dailles &#224; l'effigie des obst&#233;triciens, vus comme &#233;tant &#224; l'avant-garde dans le domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en 1707, Philippe Hecquet, chirurgien et m&#233;decin des religieuses de Port-Royal, se porte &#224; la d&#233;fense des sages-femmes. Il consid&#232;re que les accoucheurs ne sont pas &#224; leur place parce qu'ils n'ont pas les connaissances appropri&#233;es. Pour lui, les sages-femmes disposent d'un savoir propre qui ne repose pas sur la force. Il conteste ainsi l'apport des hommes accoucheurs. Ce que Hecquet met en &#233;vidence, c'est la d&#233;gringolade des femmes dans l'&#233;chelle sociale et la privation de leurs pr&#233;rogatives. Cela aboutira &#224; la rel&#233;gation des femmes &#224; la sph&#232;re domestique et &#224; des fonctions reproductrices. Alors qu'auparavant, les femmes et les hommes sont vus comme &#233;tant assez identiques, que leurs organes sont pressentis comme &#233;tant les m&#234;mes, mais plac&#233;s quelque peu diff&#233;remment, la nouvelle obst&#233;trique se b&#226;tit sur l'id&#233;e de la d&#233;faillance, de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence et de la faiblesse du corps des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnage de l'accoucheur s'impose alors dans l'esprit populaire. Toutes les couches sociales, et non plus seulement la noblesse, valorisent l'accouchement avec un homme instrument&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, vers 1780, l'institution des maternit&#233;s hospitali&#232;res fait son apparition. En France et en Angleterre, les h&#244;pitaux sont alors des mouroirs, et les femmes qui &#233;chouent dans les maternit&#233;s sont pauvres, itin&#233;rantes et souvent mal en point. Le taux de mortalit&#233; maternelle y est tr&#232;s &#233;lev&#233; et c'est de cette p&#233;riode que vient l'id&#233;e que l'on se fait de femmes qui mourraient fr&#233;quemment en couche. On attribue aujourd'hui ce taux de mortalit&#233; &#233;lev&#233; &#224; la fi&#232;vre puerp&#233;rale, une maladie nosocomiale qui, &#224; cause de l'insalubrit&#233;, se transmettait ais&#233;ment d'un cadavre &#224; une parturiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la m&#234;me p&#233;riode, l'obst&#233;trique op&#232;re un tournant &#233;pist&#233;mologique et cherche &#224; &#233;tablir sa scientificit&#233; en d&#233;finissant des oppositions binaires cens&#233;es d&#233;montrer sa sup&#233;riorit&#233; face &#224; la sage-femmerie. Cette tendance &#224; &#233;tablir des dichotomies n'est pas une n&#233;cessit&#233;, mais ce n'est ni la premi&#232;re ni la derni&#232;re fois que la pens&#233;e occidentale cherchera &#224; faire reposer des principes organisationnels sur des oppositions binaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re dichotomie est celle qui est cr&#233;&#233;e entre la m&#232;re et le b&#233;b&#233;. Les obst&#233;triciens avancent qu'ils prennent en charge la m&#232;re et le b&#233;b&#233;. Cette distinction n'a aucun sens puisque dans la pratique sage-femme, la m&#232;re et le b&#233;b&#233; constituent une seule et m&#234;me entit&#233;. Mais cette dichotomie pr&#233;vaut encore aujourd'hui et continue de mettre en opposition les int&#233;r&#234;ts de la m&#232;re et ceux de son enfant durant l'accouchement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dichotomie la plus fondamentale qu'ils cherchent &#224; &#233;tablir est celle qui distinguerait un accouchement dit &#171; naturel &#187; d'un accouchement &#171; super naturel &#187;, c'est-&#224;-dire hors de la normalit&#233;. L'obst&#233;trique est encore aujourd'hui aux prises avec cette distinction alors que les accoucheurs n'ont jamais r&#233;ussi &#224; d&#233;finir ce fameux crit&#232;re qui ferait basculer du normal &#224; l'anormal. Il s'agit d'un aveu de l'incapacit&#233; de cette discipline &#224; s'&#233;tablir comme une science puisqu'elle n'a jamais r&#233;ussi &#224; identifier la caract&#233;ristique qui devait la rendre scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la faiblesse et de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du corps f&#233;minin va servir la r&#233;sistance des m&#233;decins &#224; accepter leur responsabilit&#233; directe dans la propagation de la fi&#232;vre puerp&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste qu'une fois compris l'importance de l'hygi&#232;ne et des mesures d'asepsie dans le cadre de l'accouchement, ces arguments seront utilis&#233;s contre l'accouchement &#224; domicile. On pr&#233;tend alors que les mesures n&#233;cessaires ne peuvent &#234;tre instaur&#233;es &#224; la maison et que toutes les femmes devraient accoucher &#224; l'h&#244;pital. Les m&#233;decins n'ont jamais reconnu leur responsabilit&#233; historique dans la transmission de ces fi&#232;vres et accusent plut&#244;t le sexe f&#233;minin d'&#234;tre sale. On pr&#233;tend que les femmes s'autocontaminent pendant l'accouchement. Il faut donc les attacher, les badigeonner d'antiseptique et garantir que l'h&#244;pital offre un environnement sans infection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; toutes les &#233;poques, on d&#233;plore la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du corps f&#233;minin. Il n'y a pourtant aucune d&#233;monstration d&#233;mographique ou biologique que le corps des femmes ait chang&#233;, mais depuis le 17e si&#232;cle, l'argument sera r&#233;guli&#232;rement utilis&#233; pour justifier les interventions abusives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1920 : &#233;pisiotomie et op&#233;ration prophylactique au forceps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du 20e si&#232;cle, la pratique de l'obst&#233;trique est r&#233;pandue, mais elle n'est pas bien vue. Joseph DeLee, un obst&#233;tricien am&#233;ricain, se donne pour mission de conf&#233;rer &#171; une dignit&#233; pathologique &#224; l'accouchement &#187;. La passivit&#233; des femmes deviendra totale : des accouchements seront pratiqu&#233;s sur des femmes litt&#233;ralement non conscientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de DeLee repose sur l'id&#233;e que le b&#233;b&#233; risque d'&#234;tre asphyxi&#233; par les parties molles (&#171; soft parts &#187;) du canal de naissance de la m&#232;re. Encore aujourd'hui, ce mythe du manque d'oxyg&#232;ne se maintient alors qu'il n'est soutenu par aucune donn&#233;e anatomique ou physiologique sur la fa&#231;on dont l'oxyg&#232;ne parvient au b&#233;b&#233;. En effet, l'oxyg&#233;nation du f&#339;tus passe par le cordon ombilical et n'a rien &#224; voir avec la respiration, les poumons ou le passage dans le vagin. La m&#233;thode que DeLee cherche &#224; universaliser repose sur une succession rituelle de gestes :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;li&gt;endormir la femme avec un m&#233;lange de morphine, de scopolamine et d'&#233;ther (ce qu'on appellera le &#171; twilight sleep &#187;). On la plonge en fait dans une narcose amn&#233;siante, o&#249; elle sent probablement tout, mais ne s'en souvient pas par la suite. Les femmes sont alors attach&#233;es avec des camisoles de force, car leur corps r&#233;agit tr&#232;s fortement &#224; l'intervention ;&lt;/li&gt; &lt;li&gt;pratiquer une &#233;pisiotomie : couper les muscles du p&#233;rin&#233;e de fa&#231;on transversale sous pr&#233;texte de faciliter le passage du b&#233;b&#233; ;&lt;/li&gt; &lt;li&gt;tirer avec des forceps ;&lt;/li&gt; &lt;li&gt;exercer une forte pression sur le ventre de la femme (expression abdominale ou m&#233;thode Kristeller) ;&lt;/li&gt; &lt;li&gt;reconstruire le p&#233;rin&#233;e ;&lt;/li&gt; &lt;li&gt;r&#233;administrer le cocktail anesth&#233;siant.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;thode se g&#233;n&#233;ralise et devient de routine jusque dans les ann&#233;es 1960. Pourtant, elle cause de nombreuses complications, dont l'absence de r&#233;flexe respiratoire chez le b&#233;b&#233; et des d&#233;ficiences intellectuelles. D'ailleurs, c'est l&#224; qu'appara&#238;t la fameuse claque sur les fesses parce qu'on cherchait &#224; stimuler le r&#233;flexe respiratoire du b&#233;b&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne l'&#233;pisiotomie, on dispose d'une banque de donn&#233;es de milliers d'articles sur sa nocivit&#233;. Elle reste une des interventions les plus pratiqu&#233;es et, par sa fr&#233;quence diff&#233;renci&#233;e, on peut d&#233;duire qu'il s'agit d'une pratique culturelle. En effet, en Am&#233;rique du Nord et en Am&#233;rique latine, jusqu'&#224; 92% des accouchements comportent une &#233;pisiotomie, alors qu'au Royaume-Uni, c'est le cas pour seulement 13% des naissances et en Su&#232;de, 6%. Marc Girard, pharmaco-&#233;pid&#233;miologiste, souligne que l'&#233;pisiotomie est une aberration &#224; peu pr&#232;s unique en chirurgie. Il est compl&#232;tement inusit&#233; et contre-indiqu&#233; de couper un muscle transversalement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1960 : gestion active du travail, syntocine et monitoring f&#339;tal&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960, la gestion active du travail fait son apparition : d'abord en Irlande, puis &#224; travers le monde. J'appelle &#231;a &#171; le contr&#244;le presque parfait et la transformation de l'accouchement en &#233;preuve &#187;. Cette nouvelle approche est rendue possible par la d&#233;couverte et l'exploitation de la syntocine, une hormone de synth&#232;se qui ressemble &#224; l'ocytocine. La pituitrine, comme on l'appelait &#224; l'&#233;poque, doit sa disponibilit&#233; commerciale &#224; la centralisation de l'industrie de l'abattage. La cha&#238;ne de production industrielle va ainsi participer &#224; l'&#233;mergence d'une obst&#233;trique &#224; la cha&#238;ne. La syntocine induit des accouchements qui ne connaissent pas les arr&#234;ts des contractions pourtant salutaires pour reprendre des forces. M&#234;me DeLee s'est oppos&#233; &#224; son utilisation en arguant qu'un accouchement sans pause est aussi s&#233;curitaire qu'un parachute qui va en ligne droite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gestion active du travail s'est aussi &#233;tablie sur l'usage des partogrammes. Dans les ann&#233;es 1950, Emmanuel Friedman observe pr&#232;s de 500 accouchements et constate que le col se dilate d'environ un centim&#232;tre &#224; l'heure. Cette moyenne deviendra une norme universelle quand Kieran O'Driscoll, alors gestionnaire en chef du National Maternity Hospital &#224; Dublin, r&#233;cup&#232;re ces observations et les int&#232;gre &#224; une gestion active du travail. Il &#233;tablit librement que la dur&#233;e sera le fameux crit&#232;re qui fait basculer un accouchement de la normale &#224; l'anormal. Il cr&#233;e la notion de &#171; travail prolong&#233; &#187; pr&#233;tendument pathologique et associ&#233; &#224; un accouchement de plus de 12 h. Il impose l'usage de la syntocine pour acc&#233;l&#233;rer le travail si la dilatation ne suit pas la courbe d'un centim&#232;tre &#224; l'heure ou si la fr&#233;quence des contractions passe sous les 5 &#224; 7 contractions par 15 minutes. O'Driscoll pensait aussi que la gestion active du travail allait permettre la r&#233;duction du taux de c&#233;sariennes qui &#233;tait alors de 4%. Cette m&#233;thode l'a fait passer &#224; 9%, mais on ne renonce pas &#224; la pr&#233;misse pour autant et on tient &#224; des accouchements plus rapides pour &#233;viter la suppos&#233;e pathologie du &#171; travail prolong&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la dilatation du col peut s'acc&#233;l&#233;rer dans la phase active du travail et il est erron&#233; de chercher une progression r&#233;guli&#232;re. Avant sept centim&#232;tres de dilatation, il est fr&#233;quent qu'il n'y ait pas de changements perceptibles pendant plus de deux heures. Cela ne signifie pas qu'aucun travail ne se fait. On observe d'ailleurs dans les nouveaux partogrammes que la dilatation en phase active peut aller jusqu'&#224; trois centim&#232;tres, voire cinq centim&#232;tres &#224; l'heure. Mais peu importe les nouvelles donn&#233;es, on ne change pas l'ancien mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1950, on consid&#232;re que la dur&#233;e normale d'un accouchement est de 36 h. Dans les ann&#233;es 1960, on tombe &#224; 24h. En 1969, avec O'Driscoll, on passe &#224; 12h, en 1980 &#224; 10h. En 2004, on en &#233;tait &#224; 8h. Si la progression du travail est consid&#233;r&#233;e trop lente, on l'attribue sans &#233;quivoque &#224; une action ut&#233;rine inefficace. La pression est ainsi mise sur la capacit&#233; des cols &#224; dilater et la capacit&#233; des femmes &#224; accoucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment qui a eu un impact majeur, c'est l'introduction de la surveillance de la fr&#233;quence cardiaque f&#339;tale (monitoring f&#339;tal). S'il y a eu un temps o&#249; le monitoring &#233;tait utilis&#233; de temps en temps, il est aujourd'hui un passage quasi obligatoire. Par contre, on sait que le monitoring est directement li&#233; &#224; la hausse fulgurante des c&#233;sariennes parce qu'il donne une interpr&#233;tation alarmiste des contractions. Des m&#233;decins ont m&#234;me &#233;crit sur leur d&#233;ception d'avoir pratiqu&#233; une c&#233;sarienne en se basant sur un signalement de d&#233;c&#233;l&#233;ration grave du c&#339;ur f&#339;tal pour finalement se rendre compte, une fois que le b&#233;b&#233; est n&#233;, qu'il n'&#233;tait aucunement en d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, dans le cadre de notre vision m&#233;caniste du corps et de son fonctionnement, &#224; quoi ressemble la majorit&#233; des accouchements aujourd'hui ? &#192; l'h&#244;pital, le d&#233;clenchement est aujourd'hui g&#233;n&#233;ralis&#233; (50%). Le monitoring a cr&#233;&#233; un mod&#232;le o&#249; la contraction n'est jamais suffisante. L'&#233;quipe soignante regarde la machine, les contractions n'apparaissent pas assez vigoureuses. On injecte alors de la syntocine. Cette hormone de synth&#232;se change radicalement l'exp&#233;rience des femmes en &#233;preuve de force : des contractions, des contractions, des contractions, etc. Pas de pause, pas de r&#233;pit. M&#234;me si on sait que la vigueur et la fr&#233;quence des contractions sont relatives et ne sont pas indicatives de leur efficacit&#233;. On atteint souvent la dose maximale recommand&#233;e de syntocine. Les parturientes tol&#232;rent les contractions intensifi&#233;es. Et puis, si &#231;a s'&#233;ternise, les contractions sont de plus en plus fortes et on ne les tol&#232;re plus ou le moniteur indique que le b&#233;b&#233; est en souffrance, et l&#224;, il faut aller en c&#233;sarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces interventions et instruments n'ont jamais d&#233;montr&#233; leur pertinence avant d'&#234;tre adopt&#233;s. Ils ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;s &#224; une pratique obst&#233;tricale qui a cherch&#233; &#224; d&#233;montrer sa scientificit&#233; et sa modernit&#233; en les mettant de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L242xH271/1-781f0.png?1729023539' width='242' height='271' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt;
Sc&#232;ne d'accouchement &#224; la fin du 16e si&#232;cle, p&#233;riode o&#249; appara&#238;t la figure de &#171; l'homme accoucheur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_503 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L377xH268/2-c4e09.png?1729023539' width='377' height='268' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt;
Ouvrage de Fran&#231;ois Rousset, m&#233;decin prot&#233;g&#233; de Catherine de M&#233;dicis qui, en pleines guerres de religion, va faire de la c&#233;sarienne un outil politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_504 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L205xH264/3-1f459.png?1729023539' width='205' height='264' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt;
Chirurgien et m&#233;decin des religieuses de Port-Royal, Philippe Hecquet se porte &#224; la d&#233;fense des sages-femmes au d&#233;but du 18e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_505 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L335xH259/4-ea335.png?1729023539' width='335' height='259' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt;
Sc&#232;ne de l'accouchement, peinture &#224; l'huile, vers 1800, auteur inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_506 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L372xH259/5-35270.png?1729023539' width='372' height='259' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt;
Joseph DeLee, un obst&#233;tricien am&#233;ricain, &#233;labore une m&#233;thode o&#249; la pratique de l'&#233;pisiotomie et l'usage des forceps sont syst&#233;matis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L309xH321/6-3a911.png?1729023539' width='309' height='321' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt;
Dans la repr&#233;sentation m&#233;dicale de la grossesse, le femme est effac&#233;e. Elle se r&#233;sume ici &#224; une paire de hanches, l&#224; &#224; des cuisses sectionn&#233;es et un amas de chaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L186xH234/7-33bd2.png?1729023539' width='186' height='234' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt;
Joseph DeLee est consid&#233;r&#233; comme le p&#232;re de l'obst&#233;trique moderne. &#201;labor&#233;e au d&#233;but du 20e si&#232;cle, sa m&#233;thode pour &#171; faire accoucher &#187; les femmes sera la norme jusque dans les ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L196xH260/8-a93ad.png?1729023539' width='196' height='260' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt;
Couverture de la revue fran&#231;aise Regards, de 1952. Une &#233;poque o&#249; est cr&#233;&#233;e la notion de &#171; travail prolong&#233; &#187;, pr&#233;tendument pathologique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;St&#233;phanie St-Amant &#233;tait s&#233;miologue et militante pour le respect de l'autonomie des femmes durant la p&#233;riode p&#233;rinatale. Elle est d&#233;c&#233;d&#233;e pr&#233;matur&#233;ment en ao&#251;t 2017. Elle n'a jamais eu le temps d'&#233;crire l'article que &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; lui avait demand&#233;. &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; salue sa m&#233;moire et son leg et reprend ici sous forme d'article une conf&#233;rence qu'elle avait pr&#233;sent&#233; au Regroupement Naissance-Renaissance &#224; l'occasion de la Semaine Mondiale pour l'accouchement respect&#233; en 2016. Synth&#232;se de la conf&#233;rence et r&#233;daction de l'article par Nesrine Bessa&#239;h.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



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