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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>La douleur des femmes sans statut</title>
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		<dc:date>2018-11-28T01:29:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille G&#233;rin, V&#233;ronique Houle</dc:creator>


		<dc:subject>Immigration, refuge et racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; des femmes et droits reproductifs</dc:subject>
		<dc:subject>Houle, V&#233;ronique</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;rin, Camille</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous l'appellerons Agn&#232;s. Elle d&#233;cida avec le soutien financier de sa famille au Mali de venir au Qu&#233;bec poursuivre ses &#233;tudes. &#201;tudiante internationale de 30 ans, l'amour vient cogner &#224; sa porte. &lt;br class='autobr' /&gt; Lui aussi est &#233;tudiant &#233;tranger. Dans un premier temps, il et elle s'imaginent terminer leurs &#233;tudes. Lui planifie une vie professionnelle &#224; titre de comptable et Agn&#232;s pr&#233;voit de se consacrer &#224; une carri&#232;re en d&#233;veloppement des affaires. Or, peu avant No&#235;l, Agn&#232;s apprend qu'elle est enceinte. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Maternite-et-medecine-Silence-on-accouche-" rel="directory"&gt;Dossier : Maternit&#233; et m&#233;decine. Silence, on accouche !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Immigration-refuge-et-racisme-+" rel="tag"&gt;Immigration, refuge et racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-et-services-sociaux-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; et services sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-des-femmes-et-droits-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; des femmes et droits reproductifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Houle-Veronique-+" rel="tag"&gt;Houle, V&#233;ronique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gerin-Camille-+" rel="tag"&gt;G&#233;rin, Camille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2646.png?1642092218' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;833&#034; height=&#034;560&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous l'appellerons Agn&#232;s. Elle d&#233;cida avec le soutien financier de sa famille au Mali de venir au Qu&#233;bec poursuivre ses &#233;tudes. &#201;tudiante internationale de 30 ans, l'amour vient cogner &#224; sa porte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lui aussi est &#233;tudiant &#233;tranger. Dans un premier temps, il et elle s'imaginent terminer leurs &#233;tudes. Lui planifie une vie professionnelle &#224; titre de comptable et Agn&#232;s pr&#233;voit de se consacrer &#224; une carri&#232;re en d&#233;veloppement des affaires. Or, peu avant No&#235;l, Agn&#232;s apprend qu'elle est enceinte. Malheureusement, ni le futur p&#232;re ni Agn&#232;s n'ont une assurance sant&#233; qui couvre les frais &#224; pr&#233;voir pour cette grossesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils apprennent que les seules patientes migrantes ayant acc&#232;s &#224; une couverture publique gouvernementale pour les soins pr&#233;nataux sont les r&#233;sidentes permanentes, les r&#233;fugi&#233;es et les demandeuses d'asile. Une assurance priv&#233;e ne peut r&#233;pondre &#224; leurs inqui&#233;tudes croissantes puisque, souvent, les personnes qui en d&#233;tiennent une s'aper&#231;oivent qu'elle ne couvre pas les soins li&#233;s &#224; une grossesse, sous pr&#233;texte qu'il s'agit d'une condition &#171; pr&#233;visible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agn&#232;s tente malgr&#233; tout d'obtenir un suivi m&#233;dical pr&#233;natal en appelant plusieurs cliniques et h&#244;pitaux. Elle se heurte plusieurs fois &#224; un refus, faute de carte d'assurance maladie. Parfois, elle se voit offrir un rendez-vous, mais sous engagement de payer un d&#233;p&#244;t de 3000 $. Ces d&#233;p&#244;ts, qui varient entre 3000 $ et 14000 $, sont exig&#233;s par de nombreux milieux hospitaliers et &#233;quipes m&#233;dicales avant toute prise en charge obst&#233;tricale. Forc&#233;ment, ces pratiques courantes d&#233;couragent ces femmes, incapables d'avancer une telle somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les recherches d'Agn&#232;s l'am&#232;nent &#224; la clinique destin&#233;e aux migrant&#183;e&#183;s &#224; statut pr&#233;caire de M&#233;decins du Monde (MdM). Elle voit une travailleuse sociale, qui constate que la r&#233;gularisation de son statut ne pourra se r&#233;aliser avant l'arriv&#233;e du b&#233;b&#233; : elle devra donc pr&#233;voir des frais m&#233;dico-hospitaliers entre 6000 $ et 14000 $, et cela uniquement si la grossesse se d&#233;roule sans complication. Agn&#232;s est alors prise de vertige, puisqu'elle re&#231;oit de l'aide financi&#232;re sporadiquement de sa famille et a d&#233;j&#224; des difficult&#233;s &#224; se nourrir convenablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La travailleuse sociale tente de la rassurer en l'orientant vers des ressources alimentaires et en l'appuyant dans la recherche d'effets essentiels pour le b&#233;b&#233; &#224; na&#238;tre. MdM accepte de suivre l'&#233;volution de la grossesse d'Agn&#232;s. Cependant, celle-ci doit tout de m&#234;me assumer de nombreuses d&#233;penses (&#233;chographie, m&#233;dicaments, certaines analyses en laboratoire non couvertes par MdM). Avec tous ces frais, elle ne peut payer le renouvellement de son permis d'&#233;tudiante internationale. Elle met donc un terme &#224; ses &#233;tudes, perd son visa et devient ainsi sans statut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, apr&#232;s six mois de grossesse, le m&#233;decin pr&#233;sent &#224; la clinique de MdM constate une tension art&#233;rielle &#233;lev&#233;e et soup&#231;onne une complication grave de la grossesse, une pr&#233;-&#233;clampsie, qui n&#233;cessite une prise en charge urgente. Agn&#232;s suit les conseils du m&#233;decin et part vers l'urgence d'un h&#244;pital avec une copie de son dossier m&#233;dical. Or, Agn&#232;s ne verra pas de m&#233;decin malgr&#233; plusieurs heures d'attente, des signes vitaux anormaux et des sympt&#244;mes graves. Contrairement &#224; ce qui se fait habituellement, Agn&#232;s n'est pas redirig&#233;e vers la salle d'accouchement pour une &#233;valuation obst&#233;tricale. Elle est renvoy&#233;e chez elle avec comme commentaire de ne pas s'inqui&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;decins du Monde re&#231;oit Agn&#232;s deux semaines plus tard et constate l'absence d'activit&#233; cardiaque chez le f&#339;tus, qui est mort in utero. Agn&#232;s a-t-elle &#233;t&#233; victime de pr&#233;jug&#233;s &#224; l'h&#244;pital ? A-t-elle &#233;t&#233; non prioris&#233;e, mal &#233;valu&#233;e et renvoy&#233;e car elle est sans statut et sans couverture de sant&#233; ? Quoi qu'il en soit, les h&#244;pitaux et les professionnel&#183;le&#183;s de la sant&#233; ont l'obligation de prodiguer des soins d'urgence, peu importe le statut et la capacit&#233; de payer des patient&#183;e&#183;s, ce qui n'a pas &#233;t&#233; fait dans le cas d'Agn&#232;s. Cette mort f&#339;tale aurait &#233;t&#233; &#233;vitable si cette derni&#232;re avait &#233;t&#233; &#233;valu&#233;e ad&#233;quatement et trait&#233;e &#224; temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire d'Agn&#232;s illustre de fa&#231;on tragique les cons&#233;quences d&#233;sastreuses du manque d'acc&#232;s aux soins auquel sont confront&#233;es les patientes enceintes sans couverture de sant&#233;. Les obstacles, d&#233;j&#224; nombreux pour les personnes migrantes (m&#233;connaissance du syst&#232;me de sant&#233;, barri&#232;res linguistiques, administratives, culturelles), deviennent quasi infranchissables lorsqu'on ajoute l'absence d'une couverture de soins de sant&#233; en raison d'un statut migratoire pr&#233;caire. Les frais exorbitants les emp&#234;chent d'avoir acc&#232;s &#224; des soins pr&#233;ventifs et pr&#233;nataux ad&#233;quats, au d&#233;pistage de complications en temps opportun ainsi qu'&#224; leur traitement. Ces femmes sont pourtant parmi les plus vuln&#233;rables et donc &#224; risque de grossesses compliqu&#233;es de par leur parcours migratoire et leur situation socio&#233;conomique souvent pr&#233;caire. Le fardeau financier et les cons&#233;quences n&#233;gatives sur la sant&#233; des m&#232;res et des enfants p&#232;sent lourdement sur les &#233;paules de ces femmes et de leur famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc urgent que soit lev&#233;e cette injustice et que la pr&#233;tendue universalit&#233; de notre syst&#232;me de sant&#233; soit r&#233;elle. Le minist&#232;re de la Sant&#233; doit prendre ses responsabilit&#233;s. Que ce soit dans une perspective de sant&#233; publique ou &#233;conomique, d'un point de vue &#233;thique ou humaniste, tout le monde devrait avoir acc&#232;s &#224; des soins de sant&#233; selon ses besoins, et jamais en fonction de sa capacit&#233; de payer ou de son statut migratoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Camille G&#233;rin est m&#233;decin de famille et b&#233;n&#233;vole ; V&#233;ronique Houle est directrice des op&#233;rations nationales &#224; M&#233;decins du Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Sunny_w (CC BY-NC-ND 2.0)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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