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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Entrevue avec le cin&#233;aste Michel Jett&#233;</title>
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		<dc:date>2018-09-26T21:53:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Jett&#233;, Claude Vaillancourt</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Vaillancourt, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>Jett&#233;, Michel</dc:subject>

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&lt;p&gt;Burn Out ou La Servitude Volontaire de Michel Jett&#233; est un film d&#233;capant sur le milieu du travail. Son histoire montre &#224; quel point la grande entreprise d&#233;vore sans le moindre remords les employ&#233;&#183;e&#183;s, complices de leur propre malheur. &lt;br class='autobr' /&gt; Michel Jett&#233; s'est fait conna&#238;tre par une excellente trilogie qui explore le milieu du crime : Hochelaga, un voyage inqui&#233;tant dans le monde des motards, Histoire de pen qui d&#233;voile l'int&#233;rieur d'une prison et BumRush, entrem&#234;lant gangs de rue et clubs de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-71-oct-nov-2017-" rel="directory"&gt;No 071 - oct. / nov. 2017&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cinema-+" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Vaillancourt-Claude-+" rel="tag"&gt;Vaillancourt, Claude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Jette-Michel-+" rel="tag"&gt;Jett&#233;, Michel&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2603.png?1642092213' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;255&#034; height=&#034;400&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Burn Out ou La Servitude Volontaire&lt;/i&gt; de Michel Jett&#233; est un film d&#233;capant sur le milieu du travail. Son histoire montre &#224; quel point la grande entreprise d&#233;vore sans le moindre remords les employ&#233;&#183;e&#183;s, complices de leur propre malheur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Michel Jett&#233; s'est fait conna&#238;tre par une excellente trilogie qui explore le milieu du crime : &lt;i&gt;Hochelaga&lt;/i&gt;, un voyage inqui&#233;tant dans le monde des motards, &lt;i&gt;Histoire de pen&lt;/i&gt; qui d&#233;voile l'int&#233;rieur d'une prison et &lt;i&gt;BumRush&lt;/i&gt;, entrem&#234;lant gangs de rue et clubs de danseuses. D&#233;nominateur commun de tous ces films : la justesse et la rigueur avec laquelle les sujets sont abord&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Comment passer de l'univers du crime, dans ta trilogie, &#224; celui du travail oppressant dans &lt;i&gt;Burn Out ou La Servitude Volontaire&lt;/i&gt; ? Y a-t-il un lien ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage n'a pas &#233;t&#233; difficile parce qu'il s'agit dans les deux cas d'une histoire de gangs ! Quand j'ai commenc&#233; &#224; m'int&#233;resser &#224; l'univers des banques, parce que je connais des gens qui travaillaient dans ce secteur, j'ai constat&#233; que les protocoles &#233;taient similaires &#224; ceux du crime organis&#233;. Dans les deux cas, les individus s'identifient profond&#233;ment &#224; l'entreprise pour laquelle ils travaillent, ils cherchent &#224; atteindre des objectifs impos&#233;s et tr&#232;s &#233;lev&#233;s ; ils doivent &#234;tre tr&#232;s performants et rapporter beaucoup d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;AB ! &lt;/i&gt; : Comment t'es-tu int&#233;ress&#233; au ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;puisement professionnel ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'y suis int&#233;ress&#233; alors que ce probl&#232;me me paraissait &#233;pid&#233;mique dans mon entourage : des amis, des travailleurs, des membres de ma famille, des com&#233;diens en &#233;taient victimes, c'&#233;tait une h&#233;catombe ! En ce qui concerne les banques, j'ai rencontr&#233; une personne qui me disait qu'&#224; une certaine &#233;poque, elle avait l'impression d'aider les gens en exer&#231;ant son m&#233;tier, en leur obtenant l'argent pour leur premi&#232;re maison, ou pour r&#233;aliser certains de leurs r&#234;ves par exemple. Avec la venue des produits financiers et de la sp&#233;culation, elle s'est retrouv&#233;e avec une surcharge de travail. Une nouvelle g&#233;n&#233;ration de gestionnaires est arriv&#233;e avec un nouveau langage. Les employ&#233;&#183;e&#183;s ont des objectifs &#224; rencontrer, ils sont mis en comp&#233;tition les uns contre les autres, avec les autres succursales de la m&#234;me banque, et avec toutes les autres banques sur le march&#233;&#8230; &#199;a fait beaucoup de comp&#233;tition ! C'est ce que je raconte dans mon film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Ton cin&#233;ma s'appuie sur une importante documentation, un d&#233;sir de raconter des histoires vraies avec une grande rigueur. &#199;a a &#233;t&#233; le cas pour &lt;i&gt;Burn Out et La Servitude Volontaire &lt;/i&gt; aussi ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu beaucoup d'&#233;tudes sur le sujet, surtout des &#233;tudes fran&#231;aises, alors que le pays a &#233;t&#233; &#233;branl&#233; par une importante vague de suicides reli&#233;s au travail. Au d&#233;part, je me disais qu'il s'agissait de victimes du syst&#232;me. Mais le &lt;i&gt;burn out&lt;/i&gt;, c'est un peu comme une danse &#224; deux ! Chacun peut en &#234;tre aussi responsable. J'ai cherch&#233; alors &#224; comprendre pourquoi nous nous mettions dans de pareilles situations. Il faut se poser de s&#233;rieuses questions sur notre propre conditionnement. Ce qui m'a amen&#233; &#224; faire des liens avec les travaux d'Henri Laborit. Dans &lt;i&gt;L'inhibition de l'action&lt;/i&gt;, Laborit d&#233;montre que devant une situation difficile, le cerveau est conditionn&#233; &#224; fuir ou &#224; combattre. Choisir une troisi&#232;me voie, soit l'inhibition de l'action, le m&#232;ne tout droit &#224; la d&#233;pression. J'ai constat&#233; que la majorit&#233; des personnes se soumettent aux pressions des grandes corporations et deviennent volontairement leurs serviteurs. Elles en prennent toujours davantage sur leurs &#233;paules parce que pour la plupart des gens, quitter la corporation, perdre leur emploi, est plus dramatique que vivre les pressions dont elles sont victimes. Il s'agit d'un &#233;tat d'ins&#233;curit&#233; quasi permanent. Alors on s'effondre parce qu'on n'a pas os&#233; fuir ou combattre. Je me suis pos&#233; la question : pourquoi sommes-nous tellement port&#233;s &#224; accepter une pareille servitude ? C'est &#224; ce moment que j'ai pens&#233; &#224; &#201;tienne de la Bo&#233;tie et &#224; son &lt;i&gt;Trait&#233; de la servitude volontaire&lt;/i&gt;, un texte qu'il a &#233;crit &#224; l'&#226;ge de 19 ans. Je me suis dit voil&#224; un lien int&#233;ressant &#224; tisser, et je l'ai int&#233;gr&#233; dans le film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Une autre source me semble &#234;tre le cin&#233;ma de Godard en g&#233;n&#233;ral (avec les intertitres, les effets de montage, les images intercal&#233;es au r&#233;cit). Est-ce le cas ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Cela est plut&#244;t le r&#233;sultat d'un processus exploratoire qui a dur&#233; quelques ann&#233;es ! Abordant le th&#232;me de la servitude, le film explore donc les m&#233;canismes qui nous y m&#232;nent. L'itin&#233;raire de l'histoire est d&#233;termin&#233; justement par les intertitres qui font allusion aux m&#233;canismes psychologiques qui nous commandent. On parle de structure du processus neurologique que l'on nomme &#171; l'&#233;go &#187; qui est en fait toute la m&#233;canique de la peur qui nous habite et qui d&#233;termine souvent nos actions, nos choix&#8230; malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi de concevoir un tout coh&#233;rent avec tous ces &#233;l&#233;ments s'est pos&#233; au montage. Tout &#233;tait alors possible : utiliser des images, des surimpressions, des agencements musicaux particuliers. Pas question d'expliquer quoi que ce soit : on d&#233;verse le tout dans les yeux du spectateur, c'est &#224; lui de faire les connexions. R&#233;sultat : le film d&#233;range vraiment. Cela a donn&#233; une &#339;uvre &#233;trange avec des segments qui tiennent du cin&#233;ma exp&#233;rimental. Une vraie folie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Ta fa&#231;on d'aborder le cin&#233;ma est tr&#232;s particuli&#232;re : autoproduction, petits budgets, peu d'acteurs connus, autodistribution&#8230; Une &#339;uvre un peu hors du syst&#232;me, malgr&#233; le grand succ&#232;s de &lt;i&gt;Hochelaga&lt;/i&gt;. Pourrais-tu nous expliquer ta d&#233;marche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que j'ai commenc&#233; &#224; faire des films, j'ai toujours &#233;t&#233; persuad&#233; de la n&#233;cessit&#233; de conna&#238;tre et maitriser les rouages de la production. Suite &#224; mon premier long m&#233;trage, &lt;i&gt;Le lac de la lune&lt;/i&gt;, qui a eu une belle carri&#232;re dans les festivals internationaux, je me suis adress&#233; &#224; des producteurs pour le film &lt;i&gt;Hochelaga&lt;/i&gt;. Ces rencontres ont plut&#244;t &#233;t&#233; &#233;tonnantes : plusieurs producteurs m'ont alors demand&#233; si les filles iraient voir ce film, sachant que selon les statistiques, ce sont les filles qui choisissent et qui forment la majorit&#233; de la client&#232;le. D'autres m'ont dit que T&#233;l&#233;film n'accepterait jamais un film aussi violent. Je me suis alors dit que je devais retourner &#224; la production. J'ai rencontr&#233; Louise Sabourin, qui &#233;tait directrice des finances dans une autre compagnie, et nous sommes devenus partenaires dans Baliverna Films.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &lt;i&gt;BumRush&lt;/i&gt;, nous avons voulu faire un film selon le mod&#232;le des coop&#233;ratives. &#192; ce moment, le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois occupait 20 % du march&#233;. Nous avions un film con&#231;u avec les gens du milieu proche des gangs de rue et des clubs de danseuses. &#192; cette &#233;poque on parlait de guerre imminente entre motards criminalis&#233;s et certains leaders de gang de rue qui avaient mont&#233; en puissance. Nous avons pu faire notre film avec une tr&#232;s grande libert&#233; : tout le monde collaborait. Cette fa&#231;on de proc&#233;der nous semblait aussi int&#233;ressante pour ce qui &#233;tait du partage des recettes. Quand le film est sorti, le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois &#233;tait retomb&#233; dans la morosit&#233;, il ne prenait plus que 5 % des parts du march&#233;, et n'a pas tellement am&#233;lior&#233; ses r&#233;sultats depuis. Mais le film a fait sa marque ; il a bien fonctionn&#233; dans des festivals et a gagn&#233; quelques prix aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Quels sont les avantages et les inconv&#233;nients de fonctionner ainsi ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de faire a son lot d'inconv&#233;nients, mais elle offre une libert&#233; qui n'a pas de prix. Cela a l'avantage d'engendrer des &#339;uvres plus spontan&#233;es, plus directes, et de permettre des traitements innovateurs. La relation souvent difficile avec les institutions a tendance &#224; pousser les r&#233;alisateurs&#183;trices vers la production ind&#233;pendante. Il faut se questionner sur l'apparent processus de concentration de la production dans certaines compagnies ayant un plus gros volume, ce qui tend &#224; &#233;liminer des compagnies telles que la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Pourrais-tu faire un bilan des trois films que tu as r&#233;alis&#233;s sur le monde du crime (motards, prisons, gangs de rue) ? Que faut-il retenir de cette intrusion tr&#232;s particuli&#232;re dans cette sous-culture ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis toujours int&#233;ress&#233; &#224; la dynamique d'un personnage qui se retrouve dans un univers qui lui est &#233;tranger, alors que son destin est d&#233;termin&#233; par ce que, justement, il n'arrive pas &#224; comprendre. Tr&#232;s jeune, je me suis int&#233;ress&#233; au ph&#233;nom&#232;ne du conditionnement des &#234;tres humains, sachant que moi aussi, je n'y &#233;chappais pas. &lt;i&gt;Hochelaga&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; inspir&#233; par une histoire personnelle. Je travaillais comme entraineur dans un centre sportif et un de mes clients &#233;tait un criminel de haut niveau reli&#233; &#224; la mafia italienne. Il m'a offert un emploi dans son club. Cet univers &#233;tait fascinant, par ce qu'il repr&#233;sente : l'argent, le pouvoir, les femmes, le risque&#8230; Je ne lui ai pas r&#233;pondu. Mais ce que j'ai retenu, c'est &#224; quel point il est facile d'&#234;tre manipul&#233;, et les cons&#233;quences tr&#232;s graves qui en d&#233;coulent. La fascination cr&#233;&#233;e par une certaine mythologie du crime organis&#233; nous rend inconscients ou nous en donne une perception compl&#232;tement fauss&#233;e, ou id&#233;alis&#233;e. Mes films sur le milieu criminel cherchent &#224; d&#233;faire les illusions qu'il cr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;AB !&lt;/i&gt; : Pour en revenir au film &lt;i&gt;Burn Out ou La Servitude Volontaire&lt;/i&gt;, peut-on dire qu'il s'agit l&#224; d'un t&#233;moignage ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Burn Out &lt;/i&gt; t&#233;moigne de l'&#233;tat de notre soci&#233;t&#233;. Il met en lumi&#232;re un monde o&#249; la libert&#233; est sacrifi&#233;e &#224; une illusion de s&#233;curit&#233;. Mais cette pseudo s&#233;curit&#233; a un prix : une servitude volontaire. C'est tout de m&#234;me un concept surprenant. Cela n'annonce rien de bon. En r&#233;alit&#233;, j'ai pu voir les effets toxiques de cette culture de la performance lors de la pr&#233;paration du film. Ce qui m'a frapp&#233;, c'est &#224; quel point mes sources m'ont demand&#233; de les prot&#233;ger. Cette attitude se comprend dans le milieu des motards, alors que les gens peuvent &#234;tre mis en danger s'ils t&#233;moignent. Mais dans l'univers des grandes corporations, j'ai &#233;t&#233; surpris de constater &#224; quel point les gens sont terrifi&#233;s &#224; l'id&#233;e m&#234;me de t&#233;moigner. Ils craignent les cons&#233;quences de leurs r&#233;v&#233;lations. J'ai voulu faire des entrevues pour un &lt;i&gt;making of&lt;/i&gt;, ce qu'on m'a refus&#233;, m&#234;me si l'identit&#233; de ceux qui t&#233;moignaient &#233;tait pour &#234;tre cach&#233;e ! Cette culture du silence me fait poser de s&#233;rieuses questions sur l'&#233;tat de notre d&#233;mocratie. Devant de tr&#232;s grandes pressions, les travailleuses et travailleurs ne peuvent m&#234;me plus exercer leur droit de critiquer, au risque d'en subir des cons&#233;quences financi&#232;res graves. Des t&#233;moins m'ont m&#234;me dit avoir sign&#233; des clauses de confidentialit&#233; pour qu'ils ne r&#233;v&#232;lent rien de ce qui se passe dans leur travail. Cela est probablement l'effet le plus pervers d'une des pires d&#233;possessions de l'&#232;re n&#233;olib&#233;rale : notre libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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