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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Le d&#233;mant&#232;lement</title>
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		<dc:date>2018-09-09T17:47:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;ric Dubois</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Politique municipale et r&#233;gionale</dc:subject>
		<dc:subject>Dubois, &#201;ric</dc:subject>

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&lt;p&gt;C'&#233;tait hier. Dans le tourbillon du d&#233;veloppement de l'industrie lourde, de celle des p&#226;tes et papiers et de la production de lingots d'aluminium, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, on promettait que la r&#233;gion du Saguenay&#8211;Lac-Saint-Jean allait devenir la Chicago du Nord. Quelque 100 ans plus tard, force est de se demander si notre r&#233;gion ne deviendra pas plut&#244;t une Detroit du Nord avec ses &#233;checs, ses ruines et ses r&#234;ves bris&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Prologue &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait une fois des travailleuses et des travailleurs de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-municipale-+" rel="tag"&gt;Politique municipale et r&#233;gionale&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2578.png?1642092212' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;400&#034; height=&#034;267&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait hier. Dans le tourbillon du d&#233;veloppement de l'industrie lourde, de celle des p&#226;tes et papiers et de la production de lingots d'aluminium, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, on promettait que la r&#233;gion du Saguenay&#8211;Lac-Saint-Jean allait devenir la Chicago du Nord. Quelque 100 ans plus tard, force est de se demander si notre r&#233;gion ne deviendra pas plut&#244;t une Detroit du Nord avec ses &#233;checs, ses ruines et ses r&#234;ves bris&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prologue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois des travailleuses et des travailleurs de ce qu'on appelle &#171; un moulin &#224; carton &#187;, qui appartenait jadis &#224; une grande entreprise qu&#233;b&#233;coise. Cette usine produisait du carton pour des emballages de toutes sortes : des bo&#238;tes de c&#233;r&#233;ales, des caisses de boissons gazeuses ou de bi&#232;res, etc. Comme cette usine n'&#233;tait pas la plus moderne et que l'employeur semblait ne pas vouloir investir dans sa modernisation, les travailleuses et les travailleurs ont pris sur eux de trouver de nouveaux produits &#224; d&#233;velopper, pour tenter d'assurer l'avenir de leurs emplois. Cette recherche aura permis de trouver un nouveau produit &#224; valeur ajout&#233;e qu'il &#233;tait possible de fabriquer dans cette usine : un carton couch&#233; pouvant servir &#224; la fabrication d'emballages alimentaires (en l'occurrence, des bo&#238;tes pour les mets chinois) et qu'on pouvait rincer et recycler apr&#232;s utilisation. Fiers de cette r&#233;ussite, les salari&#233;&#183;e&#183;s de l'usine croyaient bien avoir trouv&#233; un filon qui permettrait d'assurer la p&#233;rennit&#233; des op&#233;rations et de leurs emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'employeur n'entendait pas en faire autant que ses salari&#233;&#183;e&#183;s pour assurer l'avenir de cette usine. De toute fa&#231;on, le carton d'emballage alimentaire n'&#233;tait pas vraiment dans sa palette et il ne souhaitait pas y investir de pr&#233;cieuses &#233;nergies. Vint pour lui le temps de s'en d&#233;partir, avec quatre autres de ses usines qui produisaient du carton plat, qui furent toutes vendues &#224; une grosse entreprise am&#233;ricaine qui, elle, se sp&#233;cialisait justement dans la production de produits d'emballage alimentaire. Cette d&#233;cision aurait pu &#234;tre une bonne nouvelle, si ce n'&#233;tait du prix tr&#232;s bas de cette transaction : 45 millions de dollars. Une bouch&#233;e de pain pour cinq usines&#8230; Surtout pour des usines que l'on ne convoitait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel employeur a donc repris les r&#234;nes de la cartonnerie au d&#233;but de l'ann&#233;e 2015, ne laissant rien transpara&#238;tre de ses intentions r&#233;elles pour ses nouvelles acquisitions. Dans cette situation, toutes les travailleuses et tous les travailleurs de l'usine se sont mobilis&#233;s pour montrer de quoi ils et elles &#233;taient capables : production en hausse, machines pouss&#233;es &#224; pleine vapeur, &#224; un point tel que les commandes se faisaient plus rapidement que pr&#233;vu. Si l'objectif &#233;tait d'en mettre plein la vue au nouveau boss, c'&#233;tait r&#233;ussi avec brio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le 13 juillet 2015, le syndicat est convoqu&#233; &#224; l'usine pour une annonce de l'employeur. Le pr&#233;sident apprend avec stupeur que l'usine va fermer, plus rapidement que ne l'avait pr&#233;vu le nouvel acqu&#233;reur. Le carnet de commandes a &#233;t&#233; compl&#233;t&#233; &#224; toute vitesse ! Il nous fait comprendre qu'il n'a jamais voulu de cette usine, trop loin, trop vieille. Il l'a achet&#233; pour rendre un service au vendeur : porter l'odieux de la d&#233;manteler. Le patron am&#233;ricain veut faire &#231;a vite ; payer son d&#251;, ou presque, et retourner chez lui. Je dis &#171; presque &#187; parce que les taxes municipales sont &#224; ce jour toujours en souffrance. Toutefois, qu'est-ce en comparaison de ce que venaient de perdre les 140 salari&#233;&#183;e&#183;s de l'usine : leur gagne-pain, leur fiert&#233; et leur carton prometteur qu'ils avaient mis tout leur c&#339;ur &#224; d&#233;velopper ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au temps des colonies&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette triste histoire est &#224; l'image de la morosit&#233; &#233;conomique qui plane sur la r&#233;gion depuis 25 ans. Les belles ann&#233;es du papier et de l'aluminium semblent r&#233;volues, alors que les grandes entreprises conservent la mainmise sur les ressources hydrauliques et foresti&#232;res de la r&#233;gion. Ces richesses ne g&#233;n&#232;rent plus les dividendes esp&#233;r&#233;s par la population du Saguenay&#8211;Lac-Saint-Jean ; le contrat social qui semblait lier la r&#233;gion &#224; la grande entreprise est rompu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alcan, aujourd'hui Rio Tinto, r&#232;gne en roi et ma&#238;tre sur la r&#233;gion. L'entreprise a toujours profit&#233; des largesses de l'&#201;tat, que ce soit avec les pouvoirs hydrauliques qui ont &#233;chapp&#233; &#224; la nationalisation ou, encore aujourd'hui, avec un projet de site de d&#233;p&#244;t de r&#233;sidus de bauxite am&#233;nag&#233; pr&#232;s d'un quartier domiciliaire qui ne fera m&#234;me pas l'objet d'audiences publiques. On lui doit plus d'une trag&#233;die : l'inondation des meilleures terres agricoles du lac Saint-Jean pour faire du grand lac un r&#233;servoir en 1920, la disparition de pr&#232;s de 10000emplois depuis 1945 et, plus r&#233;cemment, un lock-out &#224; l'usine Alma, en 2012, qui aura tout de m&#234;me permis &#224; l'entreprise d'engranger plus de 130 millions de dollars en profits de vente d'&#233;lectricit&#233; &#224; Hydro-Qu&#233;bec. Depuis ce temps, un contrat secret oblige la soci&#233;t&#233; d'&#201;tat &#224; acheter les surplus de Rio Tinto, ce qui permet &#224; cette derni&#232;re de majorer ses b&#233;n&#233;fices de 25 millions$ annuellement, avec de l'&#233;lectricit&#233; qui devrait plut&#244;t servir &#224; cr&#233;er des emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me chose pr&#233;vaut pour l'industrie foresti&#232;re, dont le gros joueur, Produits forestiers (PFR) R&#233;solu, qui se rel&#232;ve tout juste d'une quasi-faillite, monopolise la ressource foresti&#232;re pour une production en constante crise conjoncturelle (de par les nombreux conflits du bois d'&#339;uvre qui se succ&#232;dent) et structurelle (les besoins en papier journal vont de pair avec la crise de la presse &#233;crite, qui d&#233;cro&#238;t devant les nouvelles technologies). R&#233;solu, dont le &#171; naufrageur financier &#187; Fairfax fait partie du montage financier, refuse de pr&#233;senter une vision d'avenir et de s'engager &#224; maintenir les emplois. Les machines &#224; papier qui ferment une &#224; une laissent croire que l'intention de l'entreprise est de presser le citron jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte, pour ensuite le jeter. Rien de durable dans ce genre de d&#233;veloppement, surtout quand PFR investit ses liquidit&#233;s aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle ici d'un v&#233;ritable r&#233;gime colonial qui est impos&#233; sur le territoire du Saguenay&#8211;Lac-Saint-Jean, avec les empires, les chasses gard&#233;es, la transformation des ressources qui se concentrent dans les grands centres et les rois n&#232;gres &#8211; petite &#233;lite locale bien plac&#233;e dans les lieux de pouvoir, qui d&#233;fend un statu quo qui lui profite. L'avenir &#233;conomique de la r&#233;gion passe imp&#233;rativement par notre &#233;mancipation de ce joug &#233;conomique, par la r&#233;appropriation de nos richesses de m&#234;me que de nos leviers de d&#233;veloppement et moyens de production. Pour cela, nous ne pouvons rien attendre de quiconque : il ne faudra compter que sur nos propres moyens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;pilogue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le malheur s'est de nouveau abattu sur l'usine de cartons de Jonqui&#232;re, qui illustre mon propos ; vendue par Cascade &#224; Graphic Packaging puis ferm&#233;e et d&#233;mantel&#233;e. On a trouv&#233; un homme seul, mort au fond d'un trou dans les installations de l'usine le 1er mars dernier. L'enqu&#234;te de la Commission des normes, de l'&#233;quit&#233;, de la sant&#233; et de la s&#233;curit&#233; du travail aura permis d'&#233;tablir un lien d'emploi pour ce malheureux : un ferrailleur qui travaillait en sous-traitance pour Bay Shore, une entreprise de d&#233;molition qui a rachet&#233; l'usine apr&#232;s la fermeture pour la d&#233;manteler. Au moment d'&#233;crire ces quelques lignes, on n'en sait pas beaucoup plus sur cette triste histoire, mais on peut se douter que ce travailleur ne b&#233;n&#233;ficiait pas des conditions minimales pour assurer sa s&#233;curit&#233; au travail. Il y a parfois des faits divers qui disent bien plus qu'une chronique un peu d&#233;cousue sur un d&#233;sastre &#233;conomique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteur est conseiller syndical (La Baie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Antoine Lamielle (CC BY-SA 4.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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