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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Ce que je vois</title>
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		<dc:date>2018-09-09T17:37:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Christine Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Immigration, refuge et racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Politique municipale et r&#233;gionale</dc:subject>
		<dc:subject>Bernard, Marie-Christine</dc:subject>

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&lt;p&gt;Je ne suis pas Autochtone. J'ai bien une arri&#232;re-grand-m&#232;re micmac, mais celle-ci a &#233;pous&#233; un Blanc et, pour cette raison, a d&#251; couper tout contact avec sa famille, sa culture, sa langue, en renon&#231;ant &#224; son statut d'Indienne, ainsi que le stipulait alors la Loi sur les Indiens. Cela a eu pour effet que tout un pan de ma m&#233;moire familiale m'est interdit. &lt;br class='autobr' /&gt; Sans cette disposition de la loi, mon grand-p&#232;re aurait connu ses grands-parents maternels, ses oncles et tantes, ses cousins et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Immigration-refuge-et-racisme-+" rel="tag"&gt;Immigration, refuge et racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-municipale-+" rel="tag"&gt;Politique municipale et r&#233;gionale&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2576.png?1642092212' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;400&#034; height=&#034;288&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je ne suis pas Autochtone. J'ai bien une arri&#232;re-grand-m&#232;re micmac, mais celle-ci a &#233;pous&#233; un Blanc et, pour cette raison, a d&#251; couper tout contact avec sa famille, sa culture, sa langue, en renon&#231;ant &#224; son statut d'Indienne, ainsi que le stipulait alors la Loi sur les Indiens. Cela a eu pour effet que tout un pan de ma m&#233;moire familiale m'est interdit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sans cette disposition de la loi, mon grand-p&#232;re aurait connu ses grands-parents maternels, ses oncles et tantes, ses cousins et cousines, la langue micmac, des contes aussi sans doute, et comme il &#233;tait passionn&#233; de connaissance, il aurait transmis &#224; ses enfants cet h&#233;ritage immat&#233;riel, que j'aurais re&#231;u &#224; mon tour de ma m&#232;re. Mais il n'en est rien. La loi a fait en sorte que la transmission de la culture a &#233;t&#233; coup&#233;e. Je ne suis pas Autochtone. Et parce que je ne suis pas Autochtone, je n'ai pas le v&#233;cu d'une Autochtone. Je ne peux donc pas parler du racisme &#224; partir de ce point de vue. Tout ce dont je peux t&#233;moigner, &#224; titre personnel, c'est du fait qu'une loi ouvertement g&#233;nocidaire m'a priv&#233;e d'une part d'identit&#233; que je ne pourrai jamais revendiquer. D'un autre c&#244;t&#233;, si j'avais pu revendiquer cette identit&#233;-l&#224;, j'aurais &#233;t&#233;, et ma m&#232;re aussi, forc&#233;e de vivre dans une de ces horribles &#233;coles r&#233;sidentielles o&#249; l'on a, durant plusieurs g&#233;n&#233;rations, tent&#233; d'&#233;radiquer l'indianit&#233; de dizaines de milliers d'enfants, en les battant, en les affamant, en les frigorifiant, en les humiliant, etc. Vous voyez l'ironie ? L'obligation raciste faite &#224; mon arri&#232;re-grand-m&#232;re de renoncer &#224; son identit&#233; m'a &#233;vit&#233; cette exp&#233;rience-l&#224;. Une exp&#233;rience qui aurait bris&#233; ma m&#232;re, son fr&#232;re et ses s&#339;urs, nous aurait doublement bris&#233;s moi, mon fr&#232;re, nos cousins et cousines, et aurait aussi bris&#233; nos enfants par le biais du traumatisme interg&#233;n&#233;rationnel. On n'en sort pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, je ne suis pas Autochtone. Je n'ai pas le v&#233;cu de la r&#233;serve, pas celui du Territoire, pas celui non plus de l'individu aux cheveux noirs et aux yeux en demi-lune dans la ville. Pas le v&#233;cu des pensionnats, pas le v&#233;cu de la honte et de l'interdiction, pas celui du citoyen de seconde zone, des pr&#233;jug&#233;s, des id&#233;es re&#231;ues. Du racisme. Mais je vois ces choses. Je les vois parce que je c&#244;toie de pr&#232;s et au quotidien, depuis une vingtaine d'ann&#233;es, des membres des Premi&#232;res Nations. Je peux parler de ce que je vois. Et ce que je vois, c'est que le racisme est pr&#233;sent sur le territoire de la petite ville du sud du Nord o&#249; je travaille. Un racisme d&#233;complex&#233;, omnipr&#233;sent, syst&#233;mique. Je vais vous raconter ce que je vois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En ville&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je vois des &#233;tudiant&#183;e&#183;s des Premi&#232;res Nations qui arrivent en ville, qui se cherchent un logement et qui ont du mal &#224; trouver parce que certains propri&#233;taires ne louent pas aux Autochtones pour cause de &#171; mauvaise exp&#233;rience &#187; pass&#233;e. Mauvaise exp&#233;rience ? Pour qui ? Quand ? Combien de fois ? Refusent-ils de louer &#224; des Blancs pour cause de mauvaise exp&#233;rience aussi ? Il n'y a pas de mauvais locataires Blancs ? Pas de mauvais payeurs, malpropres, bruyants, brise-fer Blancs ? Je vois des gens des communaut&#233;s autochtones venir en ville pour permettre &#224; leurs enfants d'avoir une meilleure &#233;ducation, les &#233;coles des r&#233;serves &#233;tant sous-financ&#233;es, fam&#233;liques et manquant d'enseignant&#183;e&#183;s qualifi&#233;&#183;e&#183;s (ah tiens, une &#233;ducation &#224; deux vitesses&#8230;) et avoir du mal &#224; trouver &#224; se loger sous pr&#233;texte du nombre d'enfants. &#192; ce que je sache, il est ill&#233;gal de refuser un logement &#224; cause des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois aussi des jeunes Autochtones se chercher des jobs d'&#233;tudiants. En vingt ans, je compte sur la moiti&#233; des doigts d'une main ceux qui ont r&#233;ussi &#224; en d&#233;crocher une. On envoie son CV, on est demand&#233; en entrevue et la job est myst&#233;rieusement devenu indisponible lorsqu'on se pr&#233;sente. Il y a les places en garderie aussi. Des jeunes femmes qui appellent, &#224; qui on dit oui, il reste une place pour un enfant de l'&#226;ge du v&#244;tre ; certaines de ces jeunes femmes vont rencontrer une responsable qui va leur dire, en les voyant : &#171; &lt;i&gt;D&#233;sol&#233;e, je m'&#233;tais tromp&#233;e, la place disponible n'est pas du tout pour l'&#226;ge de votre enfant.&lt;/i&gt; &#187; Et lorsqu'on appelle pour tester, ensuite, on se fait dire oui oui, il reste une place pour un enfant de cet &#226;ge&#8230; Il y a l'&#233;cole, o&#249; il arrive que des responsables interdisent aux enfants de parler leur langue autochtone entre eux. L'&#233;cole, o&#249; il arrive encore que des profs d'histoire ou d'autres mati&#232;res r&#233;pandent des id&#233;es fausses sur les &lt;i&gt;Indiens&lt;/i&gt; profiteurs du syst&#232;me, jamais contents, paresseux, etc. L'&#233;cole, o&#249; il est possible que cette &#233;tudiante au coll&#233;gial entende dans son dos des insultes (&#171; &lt;i&gt;Sauvage&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Kawish&lt;/i&gt; &#187;) ou ce bruit de bouche h&#233;rit&#233; des dessins anim&#233;s qui n'a rien &#224; voir avec la r&#233;alit&#233;, et tout &#224; voir avec le m&#233;pris : &#171; Whou whou whou ! &#187; L'&#233;cole, o&#249; des enseignantes et enseignants pourtant instruits voient, dans certains accommodements n&#233;cessaires &#224; la r&#233;ussite de ces &#233;tudiant&#183;e&#183;s qui doivent surmonter bon nombre d'emb&#251;ches, &#171; &lt;i&gt;encore des privil&#232;ges&lt;/i&gt; &#187;. L'&#233;cole, o&#249; l'intimidation et les bagarres sont monnaie courante dans la cour de r&#233;cr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois des regards. Ce commis de magasin qui suit &#171; discr&#232;tement &#187; cette famille dans les all&#233;es, parce que, on le sait, ils peuvent voler. Cette femme, &#224; la pharmacie, qui ne se g&#234;ne pas pour regarder longuement, avec une moue d&#233;sapprobatrice, des pieds &#224; la t&#234;te un jeune couple qui fait tout bonnement ses courses dans la bonne humeur. Ce couple &#226;g&#233;, dans un ascenseur, qui se demande ce qui sent l'alcool, et dont l'homme d&#233;signe du menton la jeune femme autochtone, l&#224;, dans le coin, alors que c'est moi qui viens de me mettre du gel antibact&#233;rien sur les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois des poubelles vid&#233;es sur des balcons, des graffiti haineux trac&#233;s dans la poussi&#232;re sur les voitures, des gens r&#233;veill&#233;s en pleine nuit par du monde qui varge sur la porte de leur logement en hurlant debout les sauvages. Je vois des jeunes qui jettent du pop-corn sur les cheveux noirs de personnes qui sont simplement l&#224;, comme eux, pour voir un film. Je vois du monde s'&#233;tonner de la propret&#233; du mus&#233;e de Mashteuiatsh, de la qualit&#233; du travail d'un &#233;l&#232;ve, de l'&#233;l&#233;gance d'un jeune homme, de l'&#233;loquence d'une jeune femme. Je vois certains de mes pairs consid&#233;rer que nos efforts pour accompagner nos &#233;tudiants des Premi&#232;res Nations dans leur parcours scolaire sont vains, parce qu'ils ne sont tout simplement pas capables, et ce, malgr&#233; tous les exemples de r&#233;ussite, et ils sont nombreux, &#224; tous les niveaux. Je vois du monde se faire dire dans un McDo de la r&#233;gion : &#171; &lt;i&gt;T'as pas d'affaire icitte, crisse ton camp.&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Eux qui sont si accueillants et g&#233;n&#233;reux. &#8211; Je vois de la part des forces polici&#232;res du profilage racial par lequel un nombre significatif de gens se font arr&#234;ter pour &#171; simple v&#233;rification &#187;. Je vois tout &#231;a, et plein d'autres choses.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Appartenance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas Autochtone. J'ai n&#233;anmoins h&#233;rit&#233; d'assez de traits de cette partie occult&#233;e de ma famille pour qu'on me demande &#224; l'occasion &#224; quelle nation j'appartiens. Ou si je suis une 6.2 ou une 6.1, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'article de la Loi sur les Indiens qui d&#233;finit qui peut transmettre son statut &#224; sa descendance et qui ne le peut pas, selon son degr&#233; de &#171; sanguinit&#233; &#187;. Cela me flatte, que l'on puisse me prendre pour une des leurs. Parce que je suis leur amie, parce que je vois des personnes des Premi&#232;res Nations au quotidien et que je sais leur force et leur beaut&#233;, parce que je les aime et les admire sans mesure. Mais j'ai les yeux bleus et je n'ai pas le v&#233;cu des r&#233;serves. Je ne sais donc pas ce que c'est que de vivre, au quotidien, dans un monde qui vous est hostile &#224; un nombre effarant de points de vue, avec la fiert&#233; et la dignit&#233; qui sont les leurs. Dans ce racisme d'apartheid, tellement ancr&#233; dans la pens&#233;e collective qu'il convient de l'appeler syst&#233;mique. Je ne peux que voir. Je ne peux que t&#233;moigner de ce que je vois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vous, que voyez-vous ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteure est professeure de lettres et &#233;crivaine (Saint-Nazaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Aurore bor&#233;ale (Antoine Lamielle (CC BY-SA 4.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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