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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Num&#233;rique &#224; l'&#233;cole : l'id&#233;ologie technop&#233;dagogique au service de la marchine</title>
		<link>https://www.ababord.org/Numerique-a-l-ecole-l-ideologie-technopedagogique-au-service-de-la-marchine</link>
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		<dc:date>2025-01-05T19:34:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Wilfried Cordeau, &#201;ric Martin, S&#233;bastien Mussi</dc:creator>


		<dc:subject>Cordeau, Wilfried</dc:subject>
		<dc:subject>Mussi, S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Martin, &#201;ric</dc:subject>
		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Technologies, informatique et internet</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au printemps 2020, la pand&#233;mie de COVID-19 a provoqu&#233; en quelques semaines la g&#233;n&#233;ralisation du t&#233;l&#233;-enseignement &#224; tout le syst&#232;me scolaire. Marqu&#233;s par cet &#233;v&#233;nement exceptionnel, les enseignants de philosophie &#201;ric Martin et S&#233;bastien Mussi ont engag&#233; une r&#233;flexion critique sur la profondeur, l'&#233;tendue et les cons&#233;quences de l'emprise technologique sur l'institution scolaire. Je les ai rencontr&#233;s autour de l'essai Bienvenue dans la Machine qui en a r&#233;sult&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; b&#226;bord ! : Quelle est cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-96-Ete-2023-" rel="directory"&gt;No 096 - &#201;t&#233; 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cordeau-Wilfried-+" rel="tag"&gt;Cordeau, Wilfried&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mussi-Sebastien-+" rel="tag"&gt;Mussi, S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Martin-Eric-+" rel="tag"&gt;Martin, &#201;ric&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Technoculture-et-informatique-+" rel="tag"&gt;Technologies, informatique et internet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/8687.jpg?1736105594' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1287&#034; height=&#034;615&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps 2020, la pand&#233;mie de COVID-19 a provoqu&#233; en quelques semaines la g&#233;n&#233;ralisation du t&#233;l&#233;-enseignement &#224; tout le syst&#232;me scolaire. Marqu&#233;s par cet &#233;v&#233;nement exceptionnel, les enseignants de philosophie &#201;ric Martin et S&#233;bastien Mussi ont engag&#233; une r&#233;flexion critique sur la profondeur, l'&#233;tendue et les cons&#233;quences de l'emprise technologique sur l'institution scolaire. Je les ai rencontr&#233;s autour de l'essai &lt;i&gt;Bienvenue dans la Machine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ric Martin et S&#233;bastien Mussi, Bienvenue dans la Machine. Enseigner &#224; l'&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui en a r&#233;sult&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt; : Quelle est cette Machine dont vous faites la critique dans votre livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Mussi :&lt;/strong&gt; La Machine, c'est d'abord tout l'arsenal informatique qu'on essaie d'imposer dans les &#233;coles par tous les moyens. C'est l'informatisation de l'&#233;cole, l'abstraction de tous les rapports humains dans l'enseignement. Mais on parle aussi de la Machine dans un sens plus large. Il y a la Machine capitaliste, o&#249; tout est r&#233;duit &#224; ces calculs de co&#251;ts-b&#233;n&#233;fices, de rationalit&#233;, de rentabilit&#233; et de risques, et o&#249; on ne voit plus du tout ce qu'il y a d'autre, c'est-&#224;-dire le facteur humain. Aujourd'hui, dans plein de domaines, et j'inclus l'&#233;cole l&#224;-dedans, on est en train de donner le relais aux machines pour des fonctions de soin, qui ont trait au sensible, un domaine qui n'est pas celui du calcul et qui ne devrait pas l'&#234;tre. Et puis il y a &#233;videmment la Machine au sens de syst&#232;me. Et donc on voit que ces diff&#233;rents aspects s'imbriquent, se m&#234;lent et se confondent de plus en plus, mais &#339;uvrent dans une m&#234;me direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B ! &lt;/em&gt; : Cette informatisation de la soci&#233;t&#233; et de l'&#233;cole se d&#233;ploie-t-elle de mani&#232;re plus marqu&#233;e depuis la pand&#233;mie ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S.M. : &lt;/strong&gt;C'est un mouvement qui pr&#233;existait &#224; la pand&#233;mie, mais qui s'est acc&#233;l&#233;r&#233; gr&#226;ce &#224; elle. Et c'est un mouvement profond : tous les domaines qu'on peut informatiser, abstraire ou virtualiser, on est en train de le faire. Dans les &#233;tablissements scolaires, l'informatique est omnipr&#233;sente : on entre les notes sur un logiciel, on communique avec l'administration ou les &#233;tudiants par courriel ou portail, on se r&#233;unit via des plateformes, les relations avec les coll&#232;gues sont remplac&#233;es par des sondages en ligne&#8230; On est en train de vivre une abstraction de tous les actes de l'&#233;cole, et bient&#244;t probablement de l'enseignement lui-m&#234;me, en se coupant de ce fondement qui est la parole, la discussion, l'&#233;coute de l'autre, la collaboration au profit du sondage d'opinion, du clavardage, d'un contact avec un &#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;ric Martin : &lt;/strong&gt;On voit que la technologie est devenue la panac&#233;e en g&#233;n&#233;ral pour r&#233;pondre &#224; chaque probl&#232;me qui appara&#238;t en &#233;ducation. Il manque de locaux ? On va d&#233;ployer le t&#233;l&#233;-enseignement. Il y a un probl&#232;me de gestion de classe ? On fait entrer un logiciel d&#233;velopp&#233; par une entreprise capitaliste propri&#233;taire qui va s'en mettre plein les poches. Il y a un recours presque r&#233;flexe &#224; l'accroissement de l'emprise de la m&#233;diation technique en remplacement du lien humain, une sorte de mantra id&#233;ologique, &#224; tel point que m&#234;me les effets n&#233;gatifs sont &#233;vacu&#233;s ou ni&#233;s. Pourtant les &#233;tudes se multiplient et d&#233;montrent les probl&#232;mes de toute sorte qui d&#233;coulent de l'usage croissant des appareils &#233;lectroniques. Je pense qu'on a affaire &#224; une id&#233;ologie g&#233;n&#233;rale, autour de la technop&#233;dagogie, qui est devenue inquestionnable, vertueuse, et qu'on ach&#232;te aveugl&#233;ment, sans envisager la moindre remise en question de sa pertinence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : &#192; terme, quels risques anticipez-vous pour une institution comme l'&#233;cole ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S.M. :&lt;/strong&gt; On voit que tous ces &#233;l&#233;ments marchent ensemble, en r&#233;alit&#233;, qu'ils participent d'un m&#234;me projet. Il y a des &#233;nonc&#233;s ou une attitude similaire entre les d&#233;cisions gouvernementales et les rapports de l'OCDE qui laissent croire qu'il y a clairement un alignement id&#233;ologique, et une continuit&#233;. La volont&#233; d'assouplir la formation, le d&#233;coupage des disciplines en comp&#233;tences pour pouvoir monter des programmes &#224; la pi&#232;ce pour l'entreprise, l'id&#233;e de &lt;em&gt;deschooling&lt;/em&gt;, de d&#233;l&#233;guer &#224; des ressources externes priv&#233;es la gestion des infrastructures informatiques, etc., tout &#231;a participe d'un m&#234;me projet &#224; long terme, d'une m&#234;me conception de l'&#233;cole. On voit qu'on veut redessiner pour le 21e si&#232;cle des &#233;coles qui vont se contenter de d&#233;velopper les seules comp&#233;tences transversales n&#233;cessaires pour la masse des travailleur&#183;euses interchangeables dont on a besoin pour le socle &#233;conomique, pendant que les privil&#233;gi&#233;&#183;es destin&#233;&#183;es aux professions lib&#233;rales auront acc&#232;s aux fondements de l'&#233;conomie du savoir et continueront d'&#234;tre privil&#233;gi&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;.M. :&lt;/strong&gt; Je pense que le tout-au-num&#233;rique rel&#232;ve d'une strat&#233;gie de remplacement. D'apr&#232;s les documents de l'OCDE, le sc&#233;nario le plus probable est l'abolition &#224; terme des &#233;coles physiques pour aller vers un syst&#232;me d'apprentissage en r&#233;seau o&#249; chacun serait branch&#233; devant sa machine dans une soci&#233;t&#233; du t&#233;l&#233;-&lt;em&gt;everything&lt;/em&gt;, o&#249; non seulement l'enseignement, mais l'ensemble des activit&#233;s sociales, la m&#233;decine, la justice ou n'importe quelle autre institution, serait accessible &#224; travers l'ordinateur. En &#233;ducation, on aurait acc&#232;s &#224; des fournisseurs de comp&#233;tences en ligne, offrant des programmes &#224; court terme bricol&#233;s pour les besoins &#233;conomiques temporaires du moment. C'est un mod&#232;le qui va permettre de liquider non seulement la force de travail, mais m&#234;me les b&#226;timents, qui de toute fa&#231;on sont v&#233;tustes, trop petits et co&#251;teux, et de mettre en concurrence des centaines de fournisseurs dans un grand march&#233; mondial de l'enseignement. Le projet, c'est en fin de compte une forme de d&#233;nationalisation de l'enseignement dans tous les sens, c'est-&#224;-dire que l'&#201;tat se d&#233;charge et qu'il accepte de d&#233;territorialiser sa comp&#233;tence et de la soumettre &#224; l'assaut des comp&#233;titeurs priv&#233;s internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Comment arr&#234;te-t-on cette Machine ? Y a-t-il de l'espace pour r&#233;sister &#224; sa marche infernale ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S.M. : &lt;/strong&gt;Cet espace, il ne faut pas l'attendre, il faut le cr&#233;er. Cette r&#233;sistance-l&#224;, &#224; mon sens, actuellement, elle ne peut passer que par les profs, et il y a toujours un espace qui est encore pr&#233;serv&#233; &#8211; pour combien de temps, on verra &#8211; c'est la salle de classe elle-m&#234;me. Or, actuellement, on met la pression sur les jeunes pour qu'ils apprennent &#224; s'adapter et &#224; se conformer &#224; la technologie, en somme &#224; se faire avaler par la Machine. On n'est pas du tout en train de leur donner ce qu'on pourrait appeler une litt&#233;ratie num&#233;rique. Je pense qu'il faudrait plut&#244;t les &#233;quiper pour pouvoir contr&#244;ler les machines. Il faut leur parler de la technologie, de son acc&#233;l&#233;ration, de la mani&#232;re dont &#231;a fonctionne, leur donner des cours de programmation fondamentale, qu'on leur explique ce qu'est un ordinateur, un r&#233;seau, Internet, comment c'est branch&#233; sur la soci&#233;t&#233;, &#224; quoi &#231;a peut servir, quels en sont l'historique, les limites, les dangers. Qu'ils puissent s'approprier ces questions-l&#224; et amorcer une r&#233;flexion critique qu'on approfondit ensuite en classe. C'est un travail important &#224; faire, c'est le monde dans lequel on vit, on ne peut pas l'ignorer. Mais on ne peut pas non plus rester passif&#183;ves et les abandonner &#224; eux- et elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;.M. :&lt;/strong&gt; Il y a une r&#233;flexion critique profonde &#224; faire actuellement, et c'est pour &#231;a qu'on demande un moratoire sur l'informatisation de l'&#233;cole. D'abord, il faut r&#233;sister au niveau local, refuser cette marche forc&#233;e qui n'a pas d&#233;montr&#233; sa pertinence et qui d&#233;montre plut&#244;t ses effets n&#233;fastes pour les jeunes et le corps enseignant. Ensuite, il faut faire pression sur les pouvoirs publics pour y mettre un frein tant qu'on n'a pas une id&#233;e claire de ce qu'on veut faire. Actuellement, on nous pr&#233;sente le projet d'&#233;ducation du 21e si&#232;cle comme l'in&#233;vitable adaptation &#224; la soci&#233;t&#233; cybern&#233;tique, c'est l'&#233;cole assujettie &#224; l'id&#233;e d'un 21e si&#232;cle de l'acc&#233;l&#233;ration technique. Cette &#233;cole des machines, c'est le projet d'&#233;cole d'une &#233;lite oligarchique. Alors que nous avons plut&#244;t besoin d'une &#233;ducation du 21e si&#232;cle qui r&#233;ponde aux d&#233;fis d'une soci&#233;t&#233; &#233;cologique, rationnelle, d&#233;mocratique, &#233;galitaire. Notre projet alternatif d'&#233;cole est donc &#233;troitement li&#233; au projet politique contre-h&#233;g&#233;monique que nous devons imaginer pour la soci&#233;t&#233; &#224; venir. C'est pourquoi il faut qu'on commence par se r&#233;approprier le pouvoir d&#233;mocratique dans les &#233;coles et dans la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral, pour renverser la tendance par la base.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ric Martin et S&#233;bastien Mussi, &lt;i&gt;Bienvenue dans la Machine. Enseigner &#224; l'&#232;re num&#233;rique&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2023, 181 pages.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Mike Boening Photography (CC-BY-SA 2.0)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Le c&#233;gep, une parenth&#232;se ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-cegep-une-parenthese</link>
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		<dc:date>2018-07-26T20:22:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Mussi</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Mussi, S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les c&#233;geps existent depuis 50 ans. On en oublie ce que cette institution a d'original et de g&#233;n&#233;reux. &lt;br class='autobr' /&gt; J'ai effectu&#233; ma scolarit&#233; pr&#233;universitaire en Suisse. Le postsecondaire &#233;tait divis&#233; en trois institutions : un lyc&#233;e, qui pr&#233;parait &#224; l'universit&#233; ; une &#233;cole de commerce qui, sans barrer l'acc&#232;s universitaire, pr&#233;parait d&#233;j&#224; &#224; une vie professionnelle ; une &#233;cole pr&#233;professionnelle, orient&#233;e sur l'emploi, avec placement en apprentissage. Bon nombre de mes amis, qui avaient de bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Cegeps-50-ans-d-existence-" rel="directory"&gt;Dossier : C&#233;geps &#8211; 50 ans d'existence&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mussi-Sebastien-+" rel="tag"&gt;Mussi, S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2545.png?1642092209' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;833&#034; height=&#034;236&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les c&#233;geps existent depuis 50 ans. On en oublie ce que cette institution a d'original et de g&#233;n&#233;reux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai effectu&#233; ma scolarit&#233; pr&#233;universitaire en Suisse. Le postsecondaire &#233;tait divis&#233; en trois institutions : un lyc&#233;e, qui pr&#233;parait &#224; l'universit&#233; ; une &#233;cole de commerce qui, sans barrer l'acc&#232;s universitaire, pr&#233;parait d&#233;j&#224; &#224; une vie professionnelle ; une &#233;cole pr&#233;professionnelle, orient&#233;e sur l'emploi, avec placement en apprentissage. Bon nombre de mes amis, qui avaient de bien meilleurs r&#233;sultats scolaires que les miens, &#171; choisissaient &#187; l'&#233;cole de commerce ou une formation pr&#233;professionnelle, tandis que les enfants des &#171; notables &#187; et des familles &#224; professions lib&#233;rales se retrouvaient au lyc&#233;e, sans toujours en avoir ni l'envie ni les aptitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pla&#231;ant toutes ces fonctions au sein d'une m&#234;me institution, le Qu&#233;bec offre &#224; tous ceux et celles qui fr&#233;quentent ce niveau d'&#233;tudes d'avoir les m&#234;mes professeur&#183;e&#183;s, de recevoir le m&#234;me dipl&#244;me. Ils et elles ont aussi la possibilit&#233; de bifurquer et ainsi d'infl&#233;chir leur &#171; destin &#187; familial et social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'aimerais ici renvoyer au tr&#232;s beau texte de ma coll&#232;gue Diane Gendron, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;C&#233;gep, philosophie, pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'un des &#233;l&#233;ments qui fait du c&#233;gep un tout et non un agr&#233;gat de cours (c'est-&#224;-dire une institution et non un simple prestataire de services), c'est la formation g&#233;n&#233;rale commune (FGC), en particulier la philosophie et la litt&#233;rature. Le c&#233;gep fait r&#233;guli&#232;rement, dans son existence ou ses fonctions, l'objet de remises en cause qui passent notamment par celle de l'&lt;i&gt;utilit&#233;&lt;/i&gt; de la FGC et particuli&#232;rement de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Utile &#187; &#8211; &#224; quoi, &#224; qui ? La question, en ce qui concerne la philosophie, n'est pas nouvelle au Qu&#233;bec. Au lendemain de la Conqu&#234;te et de la R&#233;volution fran&#231;aise, les id&#233;es des Lumi&#232;res, qui exigent le libre examen de tout par la raison, progressent au Qu&#233;bec. D&#232;s 1835, et surtout &#224; partir de 1850, l'&#201;glise catholique r&#233;agit et r&#233;tablit la pens&#233;e de Thomas d'Aquin comme la seule philosophie l&#233;gitime. D&#233;sormais, et pour un si&#232;cle, au Qu&#233;bec, la raison est la servante de la foi et de l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1875, le minist&#232;re de l'Instruction publique, &#233;tabli par le gouvernement Chauveau en 1867, est aboli et remplac&#233; par un Conseil de l'instruction publique qui, malgr&#233; quelques tentatives qui entra&#238;neront du reste l'intervention directe du Vatican, sera enti&#232;rement entre les mains de l'&#201;glise. Il faudra attendre le rapport Parent pour que soit (re)cr&#233;&#233; un minist&#232;re de l'&#201;ducation, qui viendra avec le Conseil sup&#233;rieur de l'&#233;ducation, h&#233;ritier du pr&#233;c&#233;dent conseil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; noter que dans les m&#233;moires remis lors de la commission Parent, seuls deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce dernier processus qu'&#233;mergent les c&#233;geps. Les auteurs du rapport Parent ont voulu faire de la philosophie une discipline s'adressant &#224; tous les &#233;tudiants et &#233;tudiantes en tant qu'&#234;tres humains, ind&#233;pendamment de leur place dans la soci&#233;t&#233;, parce qu'en tant que tels, ils ont des pr&#233;occupations existentielles, le d&#233;sir de se comprendre et de comprendre comment le monde et la soci&#233;t&#233; sont devenus ce qu'ils sont. La philosophie qui s'enseigne au c&#233;gep est moderne et passe par des probl&#233;matiques et des auteur&#183;e&#183;s contemporain&#183;e&#183;s, apr&#232;s un si&#232;cle de thomisme institutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mise-au-pas de l'&#233;cole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1993, la r&#233;forme Robillard frappe fort : non seulement la philosophie passe, au c&#233;gep, de quatre &#224; trois cours, mais l'&#233;cole tout enti&#232;re prend la voie de &#171; l'approche par comp&#233;tence &#187; et celle, compl&#233;mentaire, de &#171; l'approche programme &#187;, tout cela au nom de l'obsolescence de l'institution, qui doit d&#233;sormais s'adapter encore plus radicalement aux &#171; nouvelles r&#233;alit&#233;s &#187;, celles de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#233;gep, les programmes et les comp&#233;tences (plut&#244;t que les contenus disciplinaires et les d&#233;partements) structurent d&#233;sormais et l'institution et l'enseignement. Un programme est compos&#233; d'un assortiment de comp&#233;tences, orient&#233; par un profil de sortie branch&#233; sur le march&#233;. Il sollicite des offres de services des d&#233;partements pour s&#233;lectionner les cours &#224; m&#234;me de r&#233;pondre &#224; la demande de comp&#233;tences. Cette pratique est cens&#233;e offrir l'avantage de pouvoir cr&#233;er &#224; la demande n'importe quel programme, en direct, dont &#171; la soci&#233;t&#233; &#187; pourrait avoir besoin. C'est la clef pour un c&#233;gep adaptable &#224; volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie est alors une anomalie : obligatoire, elle se retrouve partout, sans &#234;tre astreinte aux exigences des programmes. Comme elle n'est pas branch&#233;e directement sur les soi-disant int&#233;r&#234;ts des &#233;tudiant&#183;e&#183;s (qui ne sont que ceux, projet&#233;s, des acteurs et d&#233;cideurs du march&#233;), on la dit obsol&#232;te, ardue et on l'accuse de ralentir la diplomation. On veut la faire entrer dans le moule et &#8211; enfin ! &#8211; la mettre au service d'une soci&#233;t&#233; surd&#233;termin&#233;e par l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Liqui&#233;fier le c&#233;gep&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En automne 2014 est publi&#233; le rapport Demers qui, pour l'essentiel, explique comment fluidifier le c&#233;gep. La formation g&#233;n&#233;rale commune est, sans analyse, mise sur la sellette. En automne 2016, la ministre responsable de l'Enseignement sup&#233;rieur H&#233;l&#232;ne David annonce une consultation en vue de (re)cr&#233;er un Conseil des coll&#232;ges, consultation dirig&#233;e par le m&#234;me Guy Demers. La lecture des documents pr&#233;paratoires confirme les craintes que cela peut susciter : un tel conseil aurait pour mandat principal de s'assurer de l'adaptation en continu des c&#233;geps au march&#233;, par l'adoption des &#171; meilleures pratiques &#187; concurrentielles mondiales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le m&#233;moire d&#233;pos&#233; par la Nouvelle alliance pour la philosophie au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Soumis en son principe aux changements de plus en plus rapides du march&#233; et &#224; ses exigences, ce conseil correspond &#224; une d&#233;possession du pouvoir de l'&#201;tat quant aux orientations de l'enseignement sup&#233;rieur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les promesses de la ministre David que la FGC ne serait en aucun cas touch&#233;e, trois menaces restent bien pr&#233;sentes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, rien n'emp&#234;cherait un tel Conseil des coll&#232;ges de d&#233;clarer la FGC obsol&#232;te et d'en recommander l'abolition ou le red&#233;ploiement dans la boucle de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me menace, l'adaptation de la philosophie aux divers programmes, soutenue notamment par le professeur Georges Leroux. Elle resterait alors obligatoire mais, dissoute, devrait d&#233;sormais rendre des comptes aux programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me menace est &#224; la fois plus imm&#233;diate et peut-&#234;tre moins &#233;vidente : c'est de faire de la philosophie l'alibi de l'alignement des c&#233;geps sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation appelle pour le moins &#224; la r&#233;flexion et &#224; la vigilance afin que la philosophie et le c&#233;gep puissent continuer &#224; aider &#224; la compr&#233;hension du monde tel qu'il est devenu, pour qu'ils puissent continuer &#224; remplir une fonction &#233;pist&#233;mique et critique. Faute de quoi, la philosophie &#171; utile &#187; redeviendrait la servante d'une autorit&#233; qui veut d&#233;terminer unilat&#233;ralement les &#171; besoins de la soci&#233;t&#233; &#187;. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; la servante de la foi et de l'&#201;glise, il faut esp&#233;rer qu'elle ne devienne pas, apr&#232;s ce qui n'aurait &#233;t&#233; alors qu'une parenth&#232;se, celle de l'&#233;conomie et du March&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'aimerais ici renvoyer au tr&#232;s beau texte de ma coll&#232;gue Diane Gendron, &#171; Quelle justice se cache derni&#232;re la &#8220;juste part&#8243; ? &#187;, &lt;i&gt;Le Devoir&lt;/i&gt;, 21 mars 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; noter que dans les m&#233;moires remis lors de la commission Parent, seuls deux groupes (sur 44 s'&#233;tant prononc&#233;s &#224; ce propos) ont manifest&#233; leur pr&#233;f&#233;rence pour un minist&#232;re qui ne soit pas flanqu&#233; d'un tel conseil : l'Association des femmes dipl&#244;m&#233;es des universit&#233;s et le Parti communiste canadien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le m&#233;moire d&#233;pos&#233; par la Nouvelle alliance pour la philosophie au coll&#232;ge (NAPAC), octobre 2016, disponible &lt;a href=&#034;https://www.lanapac.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;. Voir &#233;galement &lt;i&gt;La liquidation programm&#233;e de la culture. Quel c&#233;gep pour nos enfants ?&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Liber, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteur est professeur de philosophie au c&#233;gep et vice-pr&#233;sident de la Nouvelle alliance pour la philosophie au Coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : R&#233;mi Leroux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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