<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.ababord.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
	<link>https://www.ababord.org/</link>
	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.ababord.org/spip.php?id_mot=1067&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
		<url>https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L144xH53/siteon0-9c6c5.png?1729015892</url>
		<link>https://www.ababord.org/</link>
		<height>53</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Une gr&#232;ve f&#233;ministe ? Entrevue avec Camille Robert</title>
		<link>https://www.ababord.org/Une-greve-feministe-Entrevue-avec-Camille-Robert</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Une-greve-feministe-Entrevue-avec-Camille-Robert</guid>
		<dc:date>2023-08-16T00:57:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Miriam Hatabi, Camille Robert, Claire Ross</dc:creator>


		<dc:subject>Robert, Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Ross, Claire</dc:subject>
		<dc:subject>Hatabi, Miriam</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement &#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Propos recueillis par Claire Ross et Miriam Hatabi. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; b&#226;bord ! : La gr&#232;ve de 2012 a-t-elle &#233;t&#233; l'occasion d'une politisation f&#233;ministe ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Camille Robert : La gr&#232;ve a permis une politisation large des &#233;tudiantes et &#233;tudiants, mais pas suffisamment sur les enjeux f&#233;ministes. Du moins, pas au d&#233;part. Cette politisation f&#233;ministe s'est plut&#244;t faite durant la gr&#232;ve et apr&#232;s. Il y a d'abord eu une conscientisation progressive &#224; travers diff&#233;rentes exp&#233;riences de sexisme au quotidien, notamment (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Mini-dossier-2012-an-dix-" rel="directory"&gt;Mini-dossier : 2012, an dix&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Camille-+" rel="tag"&gt;Robert, Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Ross-Alexis-+" rel="tag"&gt;Ross, Claire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Hatabi-Miriam-+" rel="tag"&gt;Hatabi, Miriam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-etudiant-+" rel="tag"&gt;Mouvement &#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/capture_d_e_cran_le_2023-08-15_a_20.40_48.png?1692146463' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;545&#034; height=&#034;682&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Claire Ross et Miriam Hatabi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt; : La gr&#232;ve de 2012 a-t-elle &#233;t&#233; l'occasion d'une politisation f&#233;ministe ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Camille Robert :&lt;/strong&gt; La gr&#232;ve a permis une politisation large des &#233;tudiantes et &#233;tudiants, mais pas suffisamment sur les enjeux f&#233;ministes. Du moins, pas au d&#233;part. Cette politisation f&#233;ministe s'est plut&#244;t faite durant la gr&#232;ve et apr&#232;s. Il y a d'abord eu une conscientisation progressive &#224; travers diff&#233;rentes exp&#233;riences de sexisme au quotidien, notamment par rapport aux dynamiques de pouvoir et de genre et &#224; la marginalisation des enjeux f&#233;ministes dans les instances de l'ASS&#201; et des f&#233;d&#233;rations &#233;tudiantes. Ensuite, dans les mois suivant la gr&#232;ve, il y avait un retour critique &#224; faire sur le d&#233;roulement des mobilisations et sur les relations entre militants et militantes. Je me souviens de l'onde de choc, en 2012 et 2013, quand il y a eu des vagues de d&#233;nonciations d'agressions sexuelles ayant eu lieu pendant et apr&#232;s la gr&#232;ve. Pour moi, ces &#233;v&#233;nements ont mis de l'avant toute l'importance de s'organiser entre f&#233;ministes, notamment en non-mixit&#233;. Il y a donc eu une effervescence f&#233;ministe pendant et apr&#232;s 2012 qui a beaucoup profit&#233; du mouvement de politisation engendr&#233; par la gr&#232;ve, tout en d&#233;non&#231;ant certains aspects du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Quelle a &#233;t&#233; la place des revendications et des pratiques f&#233;ministes dans le mouvement de 2012 ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. R. :&lt;/strong&gt; Je ne peux pas dire que les revendications f&#233;ministes aient eu une place centrale&#8230; Il s'agissait surtout de souligner que la hausse des frais de scolarit&#233; allait affecter les femmes en particulier, puisqu'elles gagnent g&#233;n&#233;ralement des salaires moins &#233;lev&#233;s que les hommes et qu'elles sont plus pr&#233;sentes dans les programmes d'&#233;tudes traditionnellement f&#233;minins, qui d&#233;bouchent sur des emplois moins bien r&#233;mun&#233;r&#233;s. Avec la Coalition Main rouge, on mettait aussi de l'avant que les femmes seraient davantage touch&#233;es par les mesures d'aust&#233;rit&#233; annonc&#233;es &#224; l'&#233;poque (hausse des tarifs d'hydro&#233;lectricit&#233;, ticket mod&#233;rateur en sant&#233;, etc.). Durant la gr&#232;ve, on d&#233;non&#231;ait aussi le sexisme dans la r&#233;pression, par exemple de la part de la police qui traitait les militantes de mani&#232;re tr&#232;s paternaliste, en passant des commentaires et en les tabassant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein des associations &#233;tudiantes, il y avait certaines pratiques f&#233;ministes, comme l'alternance des tours de parole dans les instances, et une certaine volont&#233; de parit&#233; dans les comit&#233;s ex&#233;cutifs, mais c'&#233;tait assez superficiel. Au sein des comit&#233;s, les femmes occupaient souvent des postes moins int&#233;ressants et r&#233;alisaient des t&#226;ches r&#233;p&#233;titives, tandis que les hommes occupaient des r&#244;les strat&#233;giques. C'&#233;tait surtout des gars qui r&#233;fl&#233;chissaient au d&#233;roulement de la gr&#232;ve : les femmes &#233;taient exclues de ces r&#233;flexions strat&#233;giques qui se passaient souvent autour d'une bi&#232;re, entre les congr&#232;s, par affinit&#233;s amicales&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup de f&#233;ministes, il y a eu une grande d&#233;ception du fait que, dans ce mouvement se disant progressiste et sensible aux valeurs f&#233;ministes, il y avait encore des pratiques sexistes. D'ailleurs, juste avant la gr&#232;ve, les membres du comit&#233; femmes de l'ASS&#201; ont d&#233;missionn&#233; en bloc en d&#233;non&#231;ant notamment leur manque d'autonomie au sein de l'organisation. Plusieurs d'entre elles ont ensuite rejoint le comit&#233; femmes GGI, qui fonctionnait &#224; travers une structure plus horizontale et sans lien avec les associations &#233;tudiantes nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, je r&#233;alise que le f&#233;minisme, dans les associations &#233;tudiantes, c'&#233;tait un peu un f&#233;minisme de fa&#231;ade. Et l'analyse concernant les personnes trans et non binaires, elle, &#233;tait compl&#232;tement absente des perspectives politiques, tout comme les questions li&#233;es au racisme ou au colonialisme, et la reconnaissance du fait que les femmes ne constituent pas un groupe homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Dirais-tu qu'il y a un renouveau f&#233;ministe, au Qu&#233;bec, qu'on peut dater de 2012 ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. R. :&lt;/strong&gt; Je pense que c'est venu dans les ann&#233;es qui ont suivi. Le mouvement de 2012 a &#233;t&#233; un moment de prise de conscience. Apr&#232;s, il y a eu de nombreuses initiatives, pas juste au Qu&#233;bec, avec l'apparition de blogues et l'accroissement de l'utilisation des m&#233;dias sociaux. &#199;a a co&#239;ncid&#233; avec la quatri&#232;me vague f&#233;ministe qui s'est notamment d&#233;velopp&#233;e &#224; travers des plateformes comme Facebook et Twitter, o&#249; des f&#233;ministes &#233;taient tr&#232;s actives. Comme f&#233;ministes, &#231;a devenait plus facile de s'organiser, de cr&#233;er des nouveaux liens et d'avoir acc&#232;s &#224; de nouvelles id&#233;es et de nouvelles th&#233;ories. Et beaucoup de femmes plus jeunes qui n'ont pas n&#233;cessairement particip&#233; &#224; 2012, qui &#233;taient peut-&#234;tre au secondaire, se sont politis&#233;es en voyant ce qui se passait &#224; la t&#233;l&#233; et en ayant ensuite acc&#232;s &#224; des discours et des espaces f&#233;ministes sur les m&#233;dias sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : C'est donc dire que la gr&#232;ve a politis&#233; des personnes, des femmes qui ont ensuite particip&#233; &#224; cette quatri&#232;me vague f&#233;ministe ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. R. :&lt;/strong&gt; C'est mon impression. On ne peut pas dire que 2012 a &#233;t&#233; une gr&#232;ve f&#233;ministe. Le livre &lt;em&gt;Les femmes changent la lutte&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Myl&#232;ne Bigaouette et Marie-Eve Surprenant (dir.), 2013, &#201;ditions Remue-m&#233;nage.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par exemple, montre bien que c'&#233;tait un moment de frustration, de constat d'oppression. Mais cette effervescence politique a aussi servi de levier pour d&#233;velopper une conscience f&#233;ministe et pour r&#233;seauter pour le militantisme f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la gr&#232;ve a aussi &#233;t&#233; un moment de partage g&#233;n&#233;rationnel entre militants et militantes. Avec la Coalition Main rouge, on &#233;tait en contact avec des gens du milieu communautaire et du mouvement syndical. C'&#233;tait des militant&#183;es qui &#233;taient parfois pass&#233;&#183;es par le mouvement &#233;tudiant, mais on se retrouvait pour lutter contre les mesures d'aust&#233;rit&#233;, pour faire des alliances, pour partager des strat&#233;gies et des revendications. Ce partage-l&#224; s'est aussi fait entre des f&#233;ministes de diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations, avec des anciennes du mouvement &#233;tudiant qui &#233;taient l&#224; en 2005 ou en 1996 et qui pouvaient partager leur exp&#233;rience avec les plus jeunes de 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Est-ce que ce regain du f&#233;minisme apr&#232;s 2012 a eu un effet sur le mouvement &#233;tudiant dans les ann&#233;es suivantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. R. :&lt;/strong&gt; &#192; court terme, la politisation et la prise de conscience f&#233;ministe a eu un impact sur diff&#233;rents collectifs qui sont apparus, comme lors des mouvements de d&#233;nonciations des agressions sexuelles qui ont commenc&#233; dans les cercles militants en 2012 et 2013. Ces mouvements ont ensuite touch&#233; la soci&#233;t&#233; plus largement et on a connu plusieurs autres vagues de d&#233;nonciation dans les ann&#233;es qui ont suivi. Peu &#224; peu, des valeurs f&#233;ministes qui &#233;taient tr&#232;s militantes et marginalis&#233;es dans les m&#233;dias sont devenues plus &lt;em&gt;mainstream&lt;/em&gt; : &#231;a se voit dans la fa&#231;on dont les journalistes traitent aujourd'hui les questions d'agressions sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est du mouvement &#233;tudiant lui-m&#234;me, on a connu un certain essoufflement apr&#232;s 2012. L'ASS&#201; a commenc&#233; &#224; d&#233;cliner et son comit&#233; femmes a connu des conflits sur les enjeux li&#233;s &#224; l'inclusion des femmes trans, notamment. Puis, il y a eu la gr&#232;ve du printemps 2015, o&#249; on a fait les m&#234;mes constats qu'en 2012 concernant la marginalisation des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par apr&#232;s, en 2019, il y a eu la gr&#232;ve pour la r&#233;mun&#233;ration des stages, structur&#233;e autour des Comit&#233;s unitaires sur le travail &#233;tudiant (CUTE). Les CUTE menaient une gr&#232;ve fondamentalement f&#233;ministe, qui int&#233;grait les id&#233;es f&#233;ministes dans ses revendications et dans ses pratiques de gr&#232;ve. &#192; partir des apprentissages et des d&#233;ceptions des mouvements pr&#233;c&#233;dents, les CUTE ont montr&#233; comment c'est possible de faire les choses autrement. C'&#233;tait une gr&#232;ve qui portait directement sur la d&#233;valorisation du travail des femmes, le travail de reproduction sociale. On dit que le travail des femmes est d&#233;valoris&#233; au foyer, il l'est aussi dans les milieux d'&#233;tudes traditionnellement f&#233;minins : d&#233;valoris&#233; lors des stages non pay&#233;s et encore une fois lorsque ces &#233;tudiantes obtiennent un emploi &#224; titre de travailleuse sociale ou d'infirmi&#232;re, par exemple. Plut&#244;t que d'essayer d'int&#233;grer une dimension f&#233;ministe &#224; une cause d'abord pens&#233;e sans trop tenir compte des femmes, la gr&#232;ve des CUTE est partie des enjeux f&#233;ministes et les a politis&#233;s. Ce faisant, elle a permis de mobiliser des d'&#233;tudiant&#183;es de certains programmes d'&#233;tudes traditionnellement oppos&#233;s &#224; la gr&#232;ve, des programmes souvent plus f&#233;minins o&#249; il y a des stages &#224; faire et o&#249; les &#233;tudiant&#183;es craignent donc particuli&#232;rement d'&#234;tre p&#233;nalis&#233;&#183;es par une gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CUTE ont aussi renouvel&#233; les mani&#232;res de faire au sein du mouvement &#233;tudiant. Auparavant, le mouvement &#233;tait beaucoup calqu&#233; sur les structures syndicales, quoique le printemps 2015 &#233;tait d&#233;j&#224; venu un peu brasser &#231;a. Avec les CUTE, le fonctionnement &#233;tait d&#233;centralis&#233; et il n'y avait pas de porte-parole fixe, contrairement &#224; l'ASS&#201;, la CLASSE et les f&#233;d&#233;rations &#233;tudiantes. Il y avait une rotation dans les portes-parole et dans les t&#226;ches &#224; effectuer pour &#233;viter qu'il se cr&#233;e des sp&#233;cialisations, selon l'id&#233;e que les militant&#183;es pouvaient apprendre &#224; faire diff&#233;rentes choses et qu'on pouvait donner la chance &#224; tout le monde de se former. Les militantes des CUTE ont port&#233; une r&#233;flexion essentielle et complexe, mais aussi tr&#232;s accessible, ce qui a men&#233; les revendications f&#233;ministes encore plus loin qu'en 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Myl&#232;ne Bigaouette et Marie-Eve Surprenant (dir.), 2013, &#201;ditions Remue-m&#233;nage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Camille Robert est doctorante en histoire &#224; l'UQAM et militante de la CLASSE en 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Elisabeth Doyon. Les nuages de mots sont produits par des analyses de fr&#233;quence de mots, effectu&#233;es sur un corpus de 6 276 articles concernant la gr&#232;ve de 2012 et parus dans des journaux &#224; grand tirage. Le corpus est segment&#233; par mois, de f&#233;vrier &#224; septembre. Dans ces nuages, la taille du mot correspond &#224; sa fr&#233;quence d'apparition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel avenir pour le travail ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Quel-avenir-pour-le-travail</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Quel-avenir-pour-le-travail</guid>
		<dc:date>2021-01-20T20:24:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marianne Di Croce, L&#233;a Fontaine, Camille Robert</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Fontaine, L&#233;a</dc:subject>
		<dc:subject>Robert, Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Di Croce, Marianne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis plusieurs d&#233;cennies, la productivit&#233; augmente de mani&#232;re exponentielle et les innovations technologiques se multiplient plus rapidement que jamais. Malgr&#233; ces avanc&#233;es, la &#171; soci&#233;t&#233; des loisirs &#187;, dans laquelle notre temps de travail serait consid&#233;rablement r&#233;duit pour nous consacrer aux autres sph&#232;res de la vie, n'a jamais vu le jour. Au contraire, les dernie&#768;res transformations dans l'organisation du travail m&#232;nent toujours plus de salari&#233;&#183;e&#183;s vers la pr&#233;carit&#233;, l'hyperproductivit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Quel-avenir-pour-le-travail-" rel="directory"&gt;Dossier : Quel avenir pour le travail ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Fontaine-Lea-+" rel="tag"&gt;Fontaine, L&#233;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Camille-+" rel="tag"&gt;Robert, Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Di-Croce-Marianne-+" rel="tag"&gt;Di Croce, Marianne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2782.jpg?1642092232' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1314&#034; height=&#034;828&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Depuis plusieurs d&#233;cennies, la productivit&#233; augmente de mani&#232;re exponentielle et les innovations technologiques se multiplient plus rapidement que jamais. Malgr&#233; ces avanc&#233;es, la &#171; soci&#233;t&#233; des loisirs &#187;, dans laquelle notre temps de travail serait consid&#233;rablement r&#233;duit pour nous consacrer aux autres sph&#232;res de la vie, n'a jamais vu le jour. Au contraire, les dernie&#768;res transformations dans l'organisation du travail m&#232;nent toujours plus de salari&#233;&#183;e&#183;s vers la pr&#233;carit&#233;, l'hyperproductivit&#233; et l'&#233;puisement professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Observant l'&#233;rosion du temps personnel, la journaliste Katrina Onstad &#233;crivait r&#233;cemment qu'il a fallu un si&#232;cle pour gagner la fin de semaine, et seulement quelques de&#769;cennies pour la perdre. Toutes les applications de gestion de t&#226;ches et les meilleures strat&#233;gies pour maximiser notre temps ne r&#233;ussissent pas &#224; endiguer le ph&#233;nom&#232;ne : le travail occupe de plus en plus nos esprits, au d&#233;triment des moments pass&#233;s avec nos proches ou des projets collectifs non li&#233;s a&#768; la carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les m&#233;canismes de r&#233;gulation h&#233;rit&#233;s du 20e si&#232;cle r&#233;pondent difficilement &#224; une conjoncture en constante red&#233;finition. Qui surveille le paiement de toutes les heures de travail des pigistes ? Qui s'assure d'un environnement de travail sain et s&#233;curitaire pour les b&#233;n&#233;voles ou les stagiaires ? Qui garantit le droit &#224; la d&#233;connexion pour les employ&#233;&#183;e&#183;s d'une start-up ? Interpell&#233; par les bouleversements dans le monde du travail, le collectif d'&lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; a r&#233;uni une dizaine d'autrices et d'auteurs r&#233;fl&#233;chissant, depuis des perspectives diversifi&#233;es, aux enjeux qui y sont li&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Infirmi&#232;res, enseignantes, militantes, juristes, sociologues, syndicalistes, libraires, f&#233;ministes et &#233;cologistes r&#233;pondent ensemble &#224; la question : quel avenir pour le travail ? Leurs r&#233;ponses permettront d'esquisser les contours de milieux d'emploi plus &#233;mancipateurs et inclusifs, d'offrir des outils pour faire face &#224; l'ali&#233;nation 2.0 et, plus largement, de repenser les formes d'organisation collective en lien avec le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Dossier coordonn&#233; par Marianne Di Croce, L&#233;a Fontaine et Camille Robert Illustrations par Anne-Laure Jean Avec des contributions de St&#233;phanie Barahona, Anne-Marie Buisson, Marianne Di Croce, L&#233;a Fontaine, Marc-&#201;douard Joubert, Maude Prud'homme, Camille Robert, Rachel Saintus-Hyppolite, Nathalie Stake-Doucet et Sabela Titus. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_556 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ababord.org/IMG/jpg/ababord81_c1_web.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH625/ababord81_c1_web-ede55.jpg?1729024022' width='500' height='625' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;/img556|center&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Couverture : C&#233;cile Gari&#233;py&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Anne-Laure Jean&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Travail gratuit. Entretien avec Maud Simonet</title>
		<link>https://www.ababord.org/Travail-gratuit-Entretien-avec-Maud-Simonet</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Travail-gratuit-Entretien-avec-Maud-Simonet</guid>
		<dc:date>2021-01-04T20:17:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Robert, Maud Simonet</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Robert, Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Simonet, Maud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Maud Simonet est sociologue et chercheuse. Ses travaux se concentrent sur les th&#232;mes du travail b&#233;n&#233;vole, de l'engagement citoyen et de la notion de workfare. Propos recueillis par Camille Robert. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; b&#226;bord ! : Dans votre plus r&#233;cent ouvrage, Travail gratuit : la nouvelle exploitation ? (&#201;ditions Textuel, 2018), vous proposez une analyse de diff&#233;rentes formes de travail non r&#233;mun&#233;r&#233; : celui des b&#233;n&#233;voles, celui des allocataires de l'aide sociale ou m&#234;me celui des r&#233;dacteurs et r&#233;dactrices (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Quel-avenir-pour-le-travail-" rel="directory"&gt;Dossier : Quel avenir pour le travail ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Camille-+" rel="tag"&gt;Robert, Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Simonet-Maud-+" rel="tag"&gt;Simonet, Maud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3038.png?1642092253' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;372&#034; height=&#034;469&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Maud Simonet est sociologue et chercheuse. Ses travaux se concentrent sur les th&#232;mes du travail b&#233;n&#233;vole, de l'engagement citoyen et de la notion de workfare. Propos recueillis par Camille Robert.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt; :&lt;/strong&gt; Dans votre plus r&#233;cent ouvrage, &lt;em&gt;Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?&lt;/em&gt; (&#201;ditions Textuel, 2018), vous proposez une analyse de diff&#233;rentes formes de travail non r&#233;mun&#233;r&#233; : celui des b&#233;n&#233;voles, celui des allocataires de l'aide sociale ou m&#234;me celui des r&#233;dacteurs et r&#233;dactrices web. Qu'est-ce qui a motiv&#233; ces recherches et qu'est-ce que ces diff&#233;rentes manifestations du travail, qu'on croit en apparence bien diff&#233;rentes, ont en commun ?&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maud Simonet :&lt;/strong&gt; Mes toutes premi&#232;res recherches, &#224; la fin des ann&#233;es 1990, portaient sur le b&#233;n&#233;volat en France et aux &#201;tats-Unis. Elles s'inscrivaient plut&#244;t au d&#233;part dans la sociologie politique, mais je m'en suis assez vite distanci&#233;e. Les dimensions du &#171; travail &#187; au c&#339;ur de la pratique b&#233;n&#233;vole m'apparaissaient sans cesse sur le terrain et me semblaient peu &#233;tudi&#233;es empiriquement par mes coll&#232;gues sociologues. J'ai donc d&#233;cid&#233; d'analyser le b&#233;n&#233;volat avec les lunettes et les outils d'une sociologue du travail : et si on le regarde comme une forme de travail et pas seulement comme une forme d'engagement, qu'est-ce qu'on voit ? On voit notamment combien cette forme de travail non reconnue comme telle, cette forme de travail invisible et gratuite, participe objectivement et subjectivement &#224; la construction des carri&#232;res des un&#183;e&#183;s et des autres, mais aussi au fonctionnement de nos associations et de nos services publics, et m&#234;me de certaines de nos entreprises.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi diff&#233;rents soient-ils, les objets sur lesquels j'ai enqu&#234;t&#233; au cours de ces 20 derni&#232;res ann&#233;es rel&#232;vent tous d'un d&#233;ni de travail&#8230; au nom de valeurs. Le b&#233;n&#233;volat ou le volontariat ne sont pas reconnus comme du travail parce qu'ils rel&#232;veraient justement de l'engagement, de la citoyennet&#233;. Le travail non r&#233;mun&#233;r&#233; des blogueurs et blogueuses du &lt;em&gt;Huffington Post&lt;/em&gt;, comme d'autres formes de &lt;em&gt;digital labor&lt;/em&gt;, rel&#232;verait de la passion. C'est au nom de ces valeurs que s'op&#232;rent &#224; la fois la mise au travail et son d&#233;ni. C'est exactement ce que les chercheuses f&#233;ministes ont montr&#233; &#224; propos du travail domestique : c'est &#171; au nom de l'amour &#187; que le travail domestique est assign&#233; aux femmes, et puisque c'est de l'amour&#8230; ce n'est pas du travail !&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : &lt;/strong&gt;Vous vous inspirez en partie des d&#233;bats f&#233;ministes sur le travail m&#233;nager et domestique. En quoi nous offrent-ils des outils pour mieux comprendre le travail gratuit sous le capitalisme ?&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. S. : &lt;/strong&gt;En cherchant &#224; penser ensemble ces formes civiques et num&#233;riques de travail invisible et gratuit sur lesquelles j'ai enqu&#234;t&#233;, je me suis pench&#233;e sur les analyses du travail domestique. C'est la premi&#232;re forme de travail invisible et gratuit &#224; avoir &#233;t&#233; s&#233;rieusement analys&#233;e, il y a d&#233;j&#224; plus de 40 ans, par les f&#233;ministes. J'ai alors pleinement r&#233;alis&#233; combien le travail domestique constituait la matrice d'analyse de toute forme de travail gratuit.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheuses f&#233;ministes, dans ce qu'elles ont mis en lumi&#232;re mais aussi dans leurs controverses sur le travail domestique, ont en quelque sorte d&#233;pli&#233; et pos&#233; toutes les questions &#224; la fois scientifiques et politiques sur le travail gratuit : quelle valeur lui donner et comment ? Doit-on forc&#233;ment le valoriser pour le donner &#224; voir ? Et ce travail, il est gratuit pour qui ? Qui s'approprie &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; le travail d'autrui ? Le capitalisme ? Le patriarcat ? Les deux ? Et s'il est toujours majoritairement assign&#233; aux femmes, le travail gratuit a-t-il le m&#234;me sens, la m&#234;me valeur, la m&#234;me forme pour toutes ? Le travail gratuit des unes est-il n&#233;cessairement le travail gratuit des autres ?&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse f&#233;ministe du travail gratuit nous oblige &#224; ne pas s&#233;parer &#171; la Valeur &#187; (&#233;conomique) &#171; des valeurs &#187; (morales) et &#224; mettre cette question au c&#339;ur de l'analyse de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; :&lt;/strong&gt; Avec les nombreuses r&#233;formes de l'aide sociale aux &#201;tats-Unis et en France, il y a eu une &#171; mise au travail &#187; des allocataires &#224; travers diff&#233;rents programmes et m&#233;canismes. Pouvez-vous nous en parler ?&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. S. : &lt;/strong&gt;Aux &#201;tats-Unis, avec le &lt;em&gt;workfare&lt;/em&gt;, on a affaire &#224; une forme tr&#232;s institutionnalis&#233;e de travail gratuit contraint, une politique tr&#232;s explicite et d&#233;j&#224; ancienne de mise au travail des allocataires de l'aide sociale. Si cette politique s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; l'ensemble du pays &#224; partir de la r&#233;forme de l'aide sociale de 1996, dans certaines villes comme New York, des programmes de &lt;em&gt;workfare&lt;/em&gt; ont &#233;t&#233; mis en place d&#232;s les ann&#233;es 1980. Dans &#171; &lt;em&gt;Who cleans the park ?&lt;/em&gt; &#187;, l'enqu&#234;te que j'ai men&#233;e avec John Krinsky sur les transformations du travail dans l'entretien des parcs de la ville de New York, on recense au milieu des ann&#233;es 1990 des milliers d'allocataires de l'aide sociale, majoritairement des femmes noires et/ou latina, qui participent &#224; l'entretien des parcs. Les responsables municipaux que nous avons interrog&#233;s disent &#224; l'envie de ces allocataires qu'elles ont sauv&#233; le d&#233;partement des parcs.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, on n'en est pas encore l&#224;, m&#234;me si la question des contreparties en travail au versement du Revenu de solidarit&#233; active (RSA), revient comme un hoquet dans les discours politiques ces derni&#232;res ann&#233;es. Tr&#232;s r&#233;cemment, le Conseil d'&#201;tat a rendu possible, pour les d&#233;partements, de rendre le versement du RSA conditionnel &#224; des heures de &#171; b&#233;n&#233;volat &#187;. Et de fait, il existe d&#233;j&#224;, dans de nombreuses communes de France et dans certains d&#233;partements, des &#171; programmes de b&#233;n&#233;volat &#187; sp&#233;cifiquement pour les allocataires du RSA. Ils ne sont pas obligatoires &#224; proprement parler, mais d'autres formes de contrainte sociale y jouent &#224; plein : le contr&#244;le social local, la promesse d'acc&#232;s &#224; l'emploi, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B ! &lt;/em&gt; :&lt;/strong&gt; Dans les emplois salari&#233;s, on observe de plus en plus un passage oblig&#233; par le travail gratuit, &#224; savoir les stages non r&#233;mun&#233;r&#233;s&#8230; Dans le contexte n&#233;olib&#233;ral, ce travail non r&#233;mun&#233;r&#233; est m&#234;me pr&#233;sent&#233; comme un &#171; investissement &#187; dans une future carri&#232;re. Diriez-vous que l'on assiste &#224; une extension ou une banalisation du travail gratuit ?&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. S. :&lt;/strong&gt; Le travail gratuit se trouve assur&#233;ment aujourd'hui, et sous diff&#233;rentes formes, au c&#339;ur des &#171; logiques de l'emploi &#187;. Il op&#232;re &#224; la fois comme une &lt;em&gt;preuve&lt;/em&gt; : preuve qu'on est un&#183;e bon&#183;ne jeune en recherche d'emploi, un&#183;e bon&#183;ne ch&#244;meur&#183;se qui cherche un tremplin vers l'emploi ou, si on a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; inemployable, qu'on est encore &#171; malgr&#233; tout &#187; un&#183;e bon&#183;ne citoyen&#183;ne qui m&#233;rite ses allocations. Mais il op&#232;re aussi, de plus en plus, comme une &lt;em&gt;promesse&lt;/em&gt; : tu travailles gratuitement aujourd'hui dans l'espoir de d&#233;crocher demain le boulot de tes r&#234;ves. Le march&#233; du travail a aujourd'hui d&#233;velopp&#233; de v&#233;ritables &#171; carri&#232;res de statuts &#187; qui vont du travail gratuit &#224; l'emploi, et construisent ainsi un continuum entre les deux : aujourd'hui b&#233;n&#233;vole, demain en stage, puis en contrat pr&#233;caire et enfin, apr&#232;s, peut-&#234;tre&#8230; &#171; un vrai emploi &#187;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; :&lt;/strong&gt; Vous &#233;voquez, en conclusion de votre ouvrage, deux pistes : dissoudre le travail gratuit dans le salariat, ou alors dissoudre le salariat dans le travail gratuit. Quelles possibilit&#233;s offrent chacune de ces propositions ?&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. S. : &lt;/strong&gt;J'ai essay&#233; dans ce dernier chapitre de recenser les conflictualit&#233;s autour du travail gratuit, la mani&#232;re dont il a pu ici et l&#224; &#234;tre politis&#233; et les horizons d'&#233;mancipation qui peuvent s'y dessiner. D'un c&#244;t&#233;, on a tout ce qui rel&#232;ve de la requalification, de la volont&#233; d'inscrire le travail gratuit dans l'emploi et donc de le voir dispara&#238;tre dans le salariat tel qu'il fonctionne aujourd'hui. De l'autre, certain&#183;e&#183;s proposent une sortie du mod&#232;le salarial, une d&#233;connexion du travail et de sa r&#233;mun&#233;ration, par exemple &#224; travers un revenu universel. Chacun de ces deux sc&#233;narios a pu permettre des avanc&#233;es pratiques ou th&#233;oriques mais comporte aussi, &#224; mon avis, des limites. Plut&#244;t que de rejeter le salariat ou de chercher &#224; l'int&#233;grer &#224; tout prix, il me semble qu'il faut plut&#244;t chercher &#224; y reprendre le pouvoir et &#224; gagner la &#171; guerre des valeurs &#187; que l'analyse du travail gratuit met si cr&#251;ment &#224; jour.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le travail invisible, angle mort des luttes sociales ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-travail-invisible-angle-mort-des-luttes-sociales</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Le-travail-invisible-angle-mort-des-luttes-sociales</guid>
		<dc:date>2020-03-20T15:28:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Robert</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Robert, Camille</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vous vous souvenez peut-&#234;tre de la bande dessin&#233;e Fallait demander, publi&#233;e il y a un peu plus d'un an sur Facebook. La b&#233;d&#233;iste Emma y abordait l'&#233;pineux sujet de la charge mentale, qui r&#233;f&#232;re au fardeau cognitif que portent beaucoup de femmes qui doivent &#171; penser &#224; &#187; et s'assurer que &#171; tout soit fait &#187; &#224; la maison. S'il ne s'agit pas d'un probl&#232;me r&#233;cent, il doit toutefois &#234;tre &#233;largi et examin&#233; &#224; nouveau par les mouvements f&#233;ministes et progressistes. &lt;br class='autobr' /&gt; En s'appuyant sur des exemples (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-78-fevrier-mars-2019-" rel="directory"&gt;No 078 - f&#233;vrier / mars 2019&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Camille-+" rel="tag"&gt;Robert, Camille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vous vous souvenez peut-&#234;tre de la bande dessin&#233;e &lt;i&gt;Fallait demander&lt;/i&gt;, publi&#233;e il y a un peu plus d'un an sur Facebook. La b&#233;d&#233;iste Emma y abordait l'&#233;pineux sujet de la charge mentale, qui r&#233;f&#232;re au fardeau cognitif que portent beaucoup de femmes qui doivent &#171; penser &#224; &#187; et s'assurer que &#171; tout soit fait &#187; &#224; la maison. S'il ne s'agit pas d'un probl&#232;me r&#233;cent, il doit toutefois &#234;tre &#233;largi et examin&#233; &#224; nouveau par les mouvements f&#233;ministes et progressistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; En s'appuyant sur des exemples v&#233;cus, la bande dessin&#233;e rendait visible ce qui est, la plupart du temps, imperceptible : commander le panier de fruits et l&#233;gumes, ajouter un produit sur la liste d'&#233;picerie ou prendre rendez-vous pour les vaccins du b&#233;b&#233;. Et c'est bien l'une des caract&#233;ristiques principales du travail invisible : il demeure bien souvent insaisissable, tellement ses formes et ses gestes sont inscrits dans les codes sociaux et dans la banalit&#233; du quotidien. Pour en tracer les fronti&#232;res, nous pourrions dire qu'il s'agit de l'ensemble des activit&#233;s par lesquelles la vie humaine est produite et reproduite, tant biologiquement que socialement. Ce travail invisible est g&#233;n&#233;ralement accompli par les personnes occupant les positions les moins privil&#233;gi&#233;es dans l'&#171; &#233;chelle sociale &#187; : les femmes, bien s&#251;r, mais &#233;galement les personnes racis&#233;es, immigrantes, sans statut, pr&#233;caires ou moins scolaris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH215/d694e82975e9c2603597178354130755-c6544.png?1729024023' width='500' height='215' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bien avant nous, d'autres g&#233;n&#233;rations de f&#233;ministes ont tent&#233; de le probl&#233;matiser. Les pionni&#232;res de la &#171; premi&#232;re vague &#187;, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, ont vu dans le travail maternel et conjugal une r&#233;elle contribution des femmes &#224; la soci&#233;t&#233;. Elles se sont appuy&#233;es sur la somme de ces t&#226;ches pour demander une reconnaissance sociale, juridique et politique, notamment &#224; travers le suffrage f&#233;minin. Au tournant des ann&#233;es 1970, une nouvelle g&#233;n&#233;ration de militantes a ressaisi l'enjeu du travail m&#233;nager, l'inscrivant cette fois dans des rapports patriarcaux, capitalistes et raciaux. Si certaines d'entre elles ont r&#233;clam&#233; un salaire pour ce travail, d'autres ont fond&#233; des garderies populaires et revendiqu&#233; des r&#233;formes pour tenter de mieux r&#233;partir sa charge &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233;. Durant toute la d&#233;cennie, et jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1980, un large d&#233;bat autour de ces questions a secou&#233; tous les milieux progressistes qu&#233;b&#233;cois, sans toutefois en arriver &#224; un consensus sur les moyens &#224; adopter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'enjeu du travail invisible a &#233;t&#233; progressivement d&#233;laiss&#233; &#224; mesure qu'une majorit&#233; de femmes int&#233;grait le march&#233; de l'emploi au cours des ann&#233;es 1980. On avait alors pari&#233; que, cons&#233;quemment, les hommes assureraient leur part dans la sph&#232;re domestique et que l'&#201;tat mettrait en place des services pour d&#233;charger les femmes de leurs responsabilit&#233;s familiales. Or, trente ans plus tard, ce renversement ne s'est pas produit. Le taux d'activit&#233; chez les femmes a d&#233;pass&#233; les 50 % au moment m&#234;me o&#249; une importante crise secouait l'&#233;conomie qu&#233;b&#233;coise et canadienne. Ce contexte a permis de justifier la mise en place de mesures n&#233;olib&#233;rales pour r&#233;duire l'engagement de l'&#201;tat dans plusieurs milieux li&#233;s &#224; la &#171; reproduction sociale &#187;, dont l'&#233;ducation, la sant&#233; et les services sociaux. Les cons&#233;quences ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement importantes pour les femmes puisqu'elles forment la majorit&#233; de la main-d'&#339;uvre dans ces secteurs d'emploi et sont &#233;galement plus nombreuses &#224; avoir recours aux programmes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut ajouter que le n&#233;olib&#233;ralisme et la mondialisation ont donn&#233; lieu &#224; une profonde r&#233;organisation du travail, incluant une externalisation importante du travail de reproduction. Alors que les usines se sont d&#233;plac&#233;es vers l'Am&#233;rique latine ou l'Asie, de nombreux m&#233;nages nord-am&#233;ricains ont eu recours &#224; une main-d'&#339;uvre pr&#233;caire, racis&#233;e, immigrante ou migrante provenant de ces continents pour se lib&#233;rer de certaines t&#226;ches. Plusieurs th&#233;oriciennes parlent de &#171; cha&#238;ne mondiale du &lt;em&gt;care&lt;/em&gt; &#187; pour caract&#233;riser ce mouvement. Une coll&#232;gue m'a un jour demand&#233; : &#171; &lt;em&gt;Crois-tu que si les chercheuses f&#233;ministes parlent si peu du travail m&#233;nager, aujourd'hui, c'est parce qu'elles ont engag&#233; d'autres femmes pour faire le m&#233;nage chez elles ?&lt;/em&gt; &#187; Je vous laisse y r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Plusieurs d&#233;cennies apr&#232;s l'&#233;mergence des d&#233;bats f&#233;ministes sur le travail m&#233;nager, le constat est donc accablant : loin d'avoir &#233;t&#233; pris en charge collectivement, le travail invisible se voit plut&#244;t distribu&#233; selon des arrangements priv&#233;s et individuels et il est plus que jamais travers&#233; par des rapports de pouvoir, notamment li&#233;s au genre, &#224; la classe sociale, &#224; la &#171; race &#187; et au statut. Les luttes et les r&#233;sistances, lorsqu'elles ont eu lieu, ont &#233;t&#233; plut&#244;t fragmentaires et d&#233;fensives, &#224; l'exception de certaines coalitions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au Qu&#233;bec, nous devons souligner le travail de la Coalition oppos&#233;e &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peu de mobilisations ont permis d'envisager le travail invisible dans sa globalit&#233;, des t&#226;ches effectu&#233;es &#224; la maison jusqu'aux programmes d'immigration, en passant par les services publics et le milieu communautaire. Face &#224; ce constat, je propose trois pistes de r&#233;flexion et d'action : refuser la coupure entre production et reproduction ainsi qu'entre sph&#232;re priv&#233;e et sph&#232;re publique ; cons&#233;quemment, concevoir des luttes sur ces multiples fronts ; rendre nos mouvements sociaux &#171; autoreproducteurs &#187; afin qu'ils tiennent compte des besoins de leurs propres militant&#183;e&#183;s et des aspects li&#233;s &#224; la reproduction humaine.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Refuser la coupure&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; La s&#233;paration entre la production et la reproduction et entre les sph&#232;res priv&#233;e et publique s'appuie sur une organisation du monde par les puissant&#183;e&#183;s. La r&#233;partition du travail de &lt;em&gt;care&lt;/em&gt; renvoie &#224; l'irresponsabilit&#233; des privil&#233;gi&#233;&#183;e&#183;s qui ont la capacit&#233; de d&#233;l&#233;guer le fardeau de leur propre reproduction &#224; d'autres et qui peuvent &#233;tablir une coupure entre ce qu'ils et elles consid&#232;rent comme &#233;tant du travail et le &#171; non-travail &#187;, ou entre les enjeux publics &#171; universels &#187; et les pr&#233;occupations &#171; priv&#233;es et particuli&#232;res &#187;. Or, comme le souligne Val&#233;rie Lefebvre-Faucher, &#171; &lt;em&gt;[l]es gens coup&#233;s du monde ne peuvent pas en prendre soin. Comment pourraient-ils le nommer, le diriger ? Ceux qui n'ont pas peur ne peuvent pas d&#233;cider de nos h&#244;pitaux, de nos maisons, du sort des rivi&#232;res et des for&#234;ts&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Lefebvre-Faucher, &#171; Les maisons ouvertes &#187; dans Camille Robert et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les politicien&#183;ne&#183;s connaissent bien cette coupure : nous les voyons partout pour inaugurer un nouveau stade sportif ou charmer les investisseurs, mais &lt;em&gt;nulle part&lt;/em&gt; pour emp&#234;cher l'&#233;viction de locataires ou pr&#234;ter main-forte aux infirmi&#232;res surmen&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les sociologues Elsa Galerand et Dani&#232;le Kergoat soutiennent qu'en raison des positions que les femmes occupent dans la division sexuelle du travail, elles entretiennent un rapport particulier &#224; celui-ci : qu'il soit professionnel ou domestique, r&#233;mun&#233;r&#233; ou non r&#233;mun&#233;r&#233;, productif ou reproductif, marchand ou non marchand, il constitue un &lt;em&gt;tout&lt;/em&gt;, &#224; l'inverse des hommes qui dissocient travail et hors-travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elsa Galerand et Dani&#232;le Kergoat, &#171; Le potentiel subversif du rapport des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce travail forme, pour elles, un continuum de gestes, de t&#226;ches, de caract&#233;ristiques, de qualit&#233;s et de comportements attendus, qui structure l'ensemble de leur vie. Cette continuit&#233; se manifeste non seulement dans le difficile passage de la sph&#232;re priv&#233;e &#224; la sph&#232;re publique, mais aussi dans la porosit&#233; entre ces espaces. Les m&#233;tiers traditionnellement f&#233;minins se voient d&#233;termin&#233;s par les comportements attendus des femmes dans la sph&#232;re domestique, et les pr&#233;occupations familiales et domestiques des femmes affectent leur rapport &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Lancer un troisi&#232;me front ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En 1968, Marcel Pepin, alors pr&#233;sident de la CSN, lan&#231;ait le projet d'un &#171; deuxi&#232;me front &#187; afin que les syndicats s'engagent simultan&#233;ment dans le travail salari&#233; et dans les luttes sociales. Au cours des ann&#233;es suivantes, plusieurs f&#233;ministes ont interpell&#233; les centrales syndicales pour qu'elles tiennent davantage compte des responsabilit&#233;s familiales des femmes, qui marquent &#233;galement leur rapport &#224; l'emploi et leur capacit&#233; &#224; se mobiliser. Cette critique, encore actuelle, pourrait s'adresser &#224; plusieurs mouvements sociaux qui se sont constitu&#233;s pour lutter sur des enjeux pr&#233;cis et bien d&#233;limit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le contexte de la gr&#232;ve de 2012, des militantes sherbrookoises (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en adoptant un mod&#232;le de militantisme auquel seul&#183;e&#183;s les plus privil&#233;gi&#233;&#183;e&#183;s peuvent r&#233;pondre : ceux et celles qui ont du temps, des moyens financiers ou logistiques et quelqu'un&#183;e &#224; la maison pour tenir le fort pendant leur fin de semaine de formation syndicale dans un h&#244;tel, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH283/05010f9da9d098dff5f831eba9b65732-ecd90.png?1729024023' width='500' height='283' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cinquante ans plus tard, il serait temps de r&#233;fl&#233;chir &#224; un troisi&#232;me front qui serait celui du travail invisible, peu ou pas r&#233;mun&#233;r&#233;, r&#233;alis&#233; par les femmes et par les personnes pr&#233;caires, sans statut, immigrantes ou racis&#233;es. Pour reprendre les mots de Val&#233;rie Lefebvre-Faucher, &#171; &lt;em&gt;[s]'int&#233;resser &#224; la cat&#233;gorie g&#233;n&#233;rale de la reproduction replace tout de suite &#224; l'avant-sc&#232;ne les actions et les pr&#233;occupations prioritaires de l'humanit&#233; qu'on nous demande le plus souvent de faire passer en second&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Lefebvre-Faucher, &#171; Les priorit&#233;s cach&#233;es &#187; dans Marie-Anne Casselot (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Selon Galerand et Kergoat, l'indissociabilit&#233; des sph&#232;res qui s'impose aux femmes &#8211; et &#224; bien d'autres personnes moins privil&#233;gi&#233;es, ajouterais-je &#8211; serait constitutive d'un rapport potentiellement subversif &#224; la soci&#233;t&#233; salariale, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il permet d'envisager des luttes pour la reconnaissance des t&#226;ches traditionnellement f&#233;minines simultan&#233;ment sur les deux fronts du travail salari&#233; et du travail domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La mobilisation pour la r&#233;mun&#233;ration des stages, men&#233;e par les Comit&#233;s unitaires sur le travail &#233;tudiant (CUTE), a le m&#233;rite d'&#233;largir ces sph&#232;res en consid&#233;rant &#233;galement le travail intellectuel des &#233;tudiant&#183;e&#183;s et celui des stagiaires non r&#233;mun&#233;r&#233;&#183;e&#183;s, qui s'inscrivent dans ce m&#234;me continuum du travail invisible. Nous devons donc concevoir des mobilisations qui tiennent compte de ces divers espaces et qui permettent d'ouvrir des portes entre ceux-ci. C'est notamment &#224; travers cette continuit&#233; que nous parviendrons &#224; radicalement remettre en question les rapports de pouvoir qui sous-tendent le capitalisme, l'h&#233;t&#233;ropatriarcat, le racisme et le colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; B&#226;tir des mouvements sociaux autoreproducteurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Consid&#233;rer la continuit&#233; entre priv&#233; et public, entre intime et politique ou entre militantisme et reproduction, tel que je le propose, implique &#233;galement de revoir la fa&#231;on m&#234;me dont nous luttons. &#192; quoi bon organiser une assembl&#233;e en soir&#233;e sans service de garde, si cela exclut de ce fait tous les parents ? C'est &#224; la philosophe et militante f&#233;ministe Silvia Federici que nous devons le concept de &lt;em&gt;self-reproducing movements&lt;/em&gt;. Elle soutient que chaque mouvement social devrait s'int&#233;resser &#224; la reproduction de ses propres membres, et non seulement &#224; la production d'analyses ou &#224; l'organisation de manifestations. Nos mouvements doivent donc mettre leur propre reproduction &#224; leur agenda en cr&#233;ant des formes de soutien pour que nous n'ayons plus &#224; choisir entre assister &#224; une assembl&#233;e ou nous occuper de nos enfants, entre consoler un&#183;e ami&#183;e et &#233;laborer un projet politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut s'int&#233;resser &#224; la pens&#233;e et aux luttes qui &#233;mergent &#171; &lt;em&gt;quand on a les mains dans le mucus et la salet&#233;, quand on tient dans ses bras une personne souffrante&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Lefebvre-Faucher, &#171; Les maisons ouvertes &#187;, op cit., p. 172.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Les mobilisations les plus subversives sont celles qui parviennent &#224; reconnecter la vie quotidienne et la politique. J'ai en t&#234;te, par exemple, l'organisation des zapatistes en communes qui prennent en charge non seulement leur propre pouvoir face &#224; l'&#201;tat, mais aussi les besoins humains de leur communaut&#233; : s'&#233;duquer, &#234;tre en sant&#233;, avoir acc&#232;s &#224; des terres, &#224; de la nourriture et &#224; de l'eau. &#192; plus petite &#233;chelle, nous pouvons penser aux initiatives de soutien pour les familles r&#233;fugi&#233;es, aux jardins communautaires, aux coop&#233;ratives d'habitation, &#224; certaines exp&#233;riences de justice transformatrice ou aux r&#233;seaux de soutien dans les milieux &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt;. Quand je m'imagine le &#171; militant g&#233;n&#233;rique &#187;, j'aimerais moins souvent avoir en t&#234;te un barbu dans la vingtaine portant un &lt;em&gt;keffieh&lt;/em&gt; qu'une femme &#226;g&#233;e pr&#233;parant un plateau de muffins pour emmener au potluck de la coop. Nous devons consid&#233;rer la vuln&#233;rabilit&#233;, la tristesse, la faim, la maladie, la souffrance ou la mort dans notre militantisme, plut&#244;t que de les vivre en marge, pour b&#226;tir enfin de r&#233;elles communaut&#233;s de solidarit&#233; bas&#233;es sur l'interd&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; * * *&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; La notion de travail invisible nous invite &#224; prendre un temps d'arr&#234;t pour revoir comment nous menons nos luttes et surtout nos vies. Dans certains mouvements f&#233;ministes et progressistes, les probl&#232;mes li&#233;s &#224; ce travail ont souvent &#233;t&#233; pris comme une s&#233;rie d'enjeux d&#233;tach&#233;s les uns des autres. Dans un m&#234;me lieu, comme l'h&#244;pital, le travail est organis&#233; de fa&#231;on &#224; ce que chaque corps de m&#233;tier, chaque patient&#183;e, chaque famille, se mobilise uniquement pour ses propres int&#233;r&#234;ts. &#192; l'occasion d'une gr&#232;ve dans les centres de la petite enfance l'&#233;t&#233; dernier, des parents se d&#233;solidarisaient des &#233;ducatrices et leur reprochaient de nuire &#224; leur propre emploi en cessant de s'occuper des enfants. Lors de la derni&#232;re gr&#232;ve des enseignant&#183;e&#183;s, des parents les accusaient de &#171; prendre leurs enfants en otage &#187;. Ces conflits permettent de poser la question du travail de reproduction, qui devient soudainement visible lorsqu'il cesse d'&#234;tre r&#233;alis&#233; et qu'il perturbe la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il nous reste &#224; b&#226;tir des liens entre tous ces gens, au-del&#224; des int&#233;r&#234;ts individuels ou corporatistes. Avec l'ouvrage collectif &lt;em&gt;Travail invisible. Portraits d'une lutte f&#233;ministe inachev&#233;e&lt;/em&gt;, nous avons tent&#233; de coudre ces fils entre plusieurs formes d'activit&#233;s qu'on voudrait nous pr&#233;senter comme s&#233;par&#233;es et distinctes. Le travail familial des m&#232;res croise celui des proches aidantes et des aides familiales r&#233;sidentes. Le travail domestique d'int&#233;gration des immigrantes c&#244;toie celui des militantes autochtones et des femmes racis&#233;es. Le travail non r&#233;mun&#233;r&#233; des stagiaires rencontre celui des travailleuses du sexe. Les autrices &#8211; dont la pratique quotidienne, intellectuelle ou militante touche directement l'enjeu dont elles traitent &#8211; r&#233;ussissent ainsi &#224; faire revivre, tout en le renouvelant, un projet f&#233;ministe oubli&#233; quelque part dans les ann&#233;es 1980 : politiser le travail invisible et exiger sa reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; * * *&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; J'ai r&#233;dig&#233; cet article dans mon salon, dans ma cuisine et &#224; mon travail. Toutes les fois o&#249; je me suis assise pour &#233;crire, j'ai &#233;t&#233; interrompue : par un appel de ma m&#232;re, par une coll&#232;gue qui avait une question, par mon amoureux qui me demandait ce qu'on allait manger le soir ou par ma chienne qui r&#233;clamait d'aller au parc. Je pensais aux factures &#224; payer, &#224; mon prochain contrat de travail et au rendez-vous &#224; prendre chez le dentiste. Et la vie est ainsi faite. Mais nous ne devrions plus sentir ce tiraillement entre notre responsabilit&#233; &#224; prendre soin du monde et la volont&#233; de le changer, que ce soit par un travail militant ou intellectuel. Si, dans nos luttes, nous ne consid&#233;rons pas ce qu'il y a d'humain dans le monde, &#224; quoi bon vouloir le transformer ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au Qu&#233;bec, nous devons souligner le travail de la Coalition oppos&#233;e &#224; la tarification et &#224; la privatisation des services publics, cr&#233;&#233;e &#224; l'automne 2009 et r&#233;unissant plus de 100 organisations syndicales, f&#233;ministes, communautaires, &#233;tudiantes et populaires. N&#233;anmoins, cette coalition s'est surtout pench&#233;e sur les services publics, parapublics et communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Lefebvre-Faucher, &#171; Les maisons ouvertes &#187; dans Camille Robert et Louise Toupin (dir.), &lt;em&gt;Travail invisible : portraits d'une lutte f&#233;ministe inachev&#233;e&lt;/em&gt;, Montr&#233;al, &#201;ditions du remue-m&#233;nage, 2018, p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elsa Galerand et Dani&#232;le Kergoat, &#171; Le potentiel subversif du rapport des femmes au travail &#187;, &lt;em&gt;Nouvelles Questions F&#233;ministes&lt;/em&gt;, vol. 27, n&#176; 2, 2008, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le contexte de la gr&#232;ve de 2012, des militantes sherbrookoises souhaitant lutter &#224; la fois contre la hausse des frais de scolarit&#233; et pour le f&#233;minisme s'&#233;taient faites comparer, par un camarade, &#224; des &#171; poules pas de t&#234;te &#187;. Cet exemple montre bien comment, aux yeux de plusieurs hommes, il existe une s&#233;paration et une hi&#233;rarchisation entre la lutte &#171; principale &#187; et les luttes &#171; secondaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Lefebvre-Faucher, &#171; Les priorit&#233;s cach&#233;es &#187; dans Marie-Anne Casselot et Val&#233;rie Lefebvre-Faucher (dir.), &lt;em&gt;Faire partie du monde : r&#233;flexions &#233;cof&#233;ministes,&lt;/em&gt; Montr&#233;al, &#201;ditions du remue-m&#233;nage, 2017, p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Lefebvre-Faucher, &#171; Les maisons ouvertes &#187;, &lt;em&gt;op cit.&lt;/em&gt;, p. 172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'autrice est codirectrice de &lt;i&gt;Travail invisible. Portraits d'une lutte f&#233;ministe inachev&#233;e&lt;/i&gt; (&#201;ditions du remue-m&#233;nage, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photos : Creative Commons (CC0) ; Joe (CC-BY-NC-ND 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Justice pour toutes !</title>
		<link>https://www.ababord.org/Justice-pour-toutes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Justice-pour-toutes</guid>
		<dc:date>2019-06-28T20:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Caroline Brodeur, Micha&#235;l Lessard, Camille Robert, Karine Rosso</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Brodeur, Caroline</dc:subject>
		<dc:subject>Robert, Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Lessard, Micha&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Rosso, Karine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; B&#226;bord ! vous invite au lancement de son 74e num&#233;ro : Justice pour toutes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Rendez-vous d&#232;s 18h le 19 avril &#224; la librairie f&#233;ministe L'Eugu&#233;lionne (1426 rue Beaudry, Montr&#233;al). Nous tiendrons une table-ronde form&#233;e d'autrices du dossier. Tous les d&#233;tails ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entr&#233;e libre, bienvenue &#224; toutes et &#224; tous ! &lt;br class='autobr' /&gt; Le droit est sexiste. Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, les r&#233;seaux sociaux le mettent en relief. T&#233;moignant de l'incapacit&#233; du syst&#232;me judiciaire &#224; r&#233;sorber les violences sexuelles, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Justice-pour-toutes-" rel="directory"&gt;Dossier : Justice pour toutes !&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brodeur-Caroline-+" rel="tag"&gt;Brodeur, Caroline&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Camille-+" rel="tag"&gt;Robert, Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lessard-Michael-+" rel="tag"&gt;Lessard, Micha&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Rosso-Karine-+" rel="tag"&gt;Rosso, Karine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2517.jpg?1642092207' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;654&#034; height=&#034;805&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; B&#226;bord !&lt;/i&gt; vous invite au lancement de son &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Sommaire-du-no-74&#034;&gt;74e num&#233;ro&lt;/a&gt; : Justice pour toutes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendez-vous d&#232;s 18h le 19 avril &#224; la librairie f&#233;ministe L'Eugu&#233;lionne (1426 rue Beaudry, Montr&#233;al). Nous tiendrons une table-ronde form&#233;e d'autrices du &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Justice-pour-toutes&#034;&gt;dossier&lt;/a&gt;. Tous les d&#233;tails &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Lancement-et-table-ronde&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entr&#233;e libre, bienvenue &#224; toutes et &#224; tous !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le droit est sexiste. Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, les r&#233;seaux sociaux le mettent en relief. T&#233;moignant de l'incapacit&#233; du syst&#232;me judiciaire &#224; r&#233;sorber les violences sexuelles, les d&#233;nonciations d'agresseurs se succ&#232;dent sous les #AgressionNonD&#233;nonc&#233;e, #OnVousCroit et maintenant #MoiAussi. Les survivantes doivent alors traverser un flot de commentaires incr&#233;dules et de questions intrusives. Elles bravent l'humiliation et les violences &#224; la recherche d'une justice que le syst&#232;me judiciaire ne peut pas leur offrir. Elles savent que si, sur papier, le droit se pr&#233;tend neutre et impartial, son articulation est teint&#233;e par le sexisme. Elles ne sont pourtant que la pointe visible de toutes ces femmes oubli&#233;es ou m&#234;me rou&#233;es par le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une &#233;poque o&#249; certain&#183;e&#183;s avancent que le droit, ses institutions et son application ont enfin &#233;t&#233; nettoy&#233;s de tout sexisme et o&#249; l'actualit&#233; d&#233;ment quotidiennement cette pr&#233;tention, le collectif d'&lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; a cherch&#233; &#224; r&#233;v&#233;ler les d&#233;fis actuels que ce syst&#232;me pose aux luttes f&#233;ministes. Quelles sont les emb&#251;ches que rencontrent les femmes lorsqu'elles manient le droit et tentent d'interpeller le syst&#232;me judiciaire ? Quelles formes alternatives de justice mettent-elles en place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des articles, des entrevues et des t&#233;moignages regroupant des voix de milieux diversifi&#233;s, notre dossier invite &#224; prendre conscience de la mani&#232;re dont elles interpellent la justice et comment le droit &#8211; sous diff&#233;rentes formes &#8211; intervient dans la vie de celles-ci. Nous abordons des enjeux relatifs au consentement, &#224; l'intersectionnalit&#233; et au rapport des femmes autochtones &#224; la justice environnementale, mais aussi &#224; l'histoire du droit &#224; l'avortement, aux luttes &#233;cof&#233;ministes ainsi qu'&#224; la judiciarisation de crimes de subsistance. Nous nous int&#233;ressons &#233;galement &#224; l'impact des politiques publiques sur le ch&#244;mage et la maternit&#233;, ainsi que sur le droit familial. Enfin, il sera question de justice transformatrice et des r&#233;formes n&#233;cessaires afin de respecter les droits des personnes trans et non binaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dossier se veut une contribution &#224; la d&#233;mocratisation des d&#233;bats qui font rage dans les milieux universitaires, militants, communautaires et politiques. Nous esp&#233;rons qu'il constituera un premier pas pour penser la justice au-del&#224; du sexisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coordonn&#233; par Caroline Brodeur, Micha&#235;l Lessard, Camille Robert et Karine Rosso&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des contributions de &#201;milie Biland, Kim Bouchard, Marie-Anne Casselot, Me Sau Mei Chiu, J&#233;r&#233;mie Dhavernas, Vanessa Molina, Florence Par&#233;, Arij Riahi, Camille Robert, Jennie-Laure Sully, Ileana Tismanariu, Hawa Eve Torres, Louisa Worrell et Suzanne Zaccour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : Genevi&#232;ve Darling&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entrevue avec Suzy Basile</title>
		<link>https://www.ababord.org/Entrevue-avec-Suzy-Basile</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Entrevue-avec-Suzy-Basile</guid>
		<dc:date>2019-06-28T19:36:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Suzy Basile, Camille Robert</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Robert, Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Basile, Suzy</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Suzy Basile est professeure &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes autochtones de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec en Abitibi-T&#233;miscamingue. Elle a consacr&#233; sa th&#232;se &#224; l'identification du r&#244;le des femmes atikamekw, leur place dans la gouvernance locale, leurs perceptions de l'&#233;tat du territoire et leurs pr&#233;occupations par rapport aux connaissances qui s'y rattachent. Cette recherche a mis en lumi&#232;re l'importance d'assurer une place aux femmes dans les m&#233;canismes de prise de d&#233;cision afin que leurs savoirs contribuent au (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Justice-pour-toutes-" rel="directory"&gt;Dossier : Justice pour toutes !&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Ecologie-et-environnement-+" rel="tag"&gt;Ecologie et environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Camille-+" rel="tag"&gt;Robert, Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Basile-Suzy-+" rel="tag"&gt;Basile, Suzy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2748.png?1642092229' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;717&#034; height=&#034;715&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suzy Basile est professeure &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes autochtones de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec en Abitibi-T&#233;miscamingue. Elle a consacr&#233; sa th&#232;se &#224; l'identification du r&#244;le des femmes atikamekw, leur place dans la gouvernance locale, leurs perceptions de l'&#233;tat du territoire et leurs pr&#233;occupations par rapport aux connaissances qui s'y rattachent. Cette recherche a mis en lumi&#232;re l'importance d'assurer une place aux femmes dans les m&#233;canismes de prise de d&#233;cision afin que leurs savoirs contribuent au maintien et au renforcement du lien profond entre la nation atikamekw et le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Camille Robert.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; : Tout d'abord, est-ce que vous pourriez nous expliquer pourquoi vous vous &#234;tes int&#233;ress&#233;e &#224; ce sujet en particulier ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Suzy Basile :&lt;/strong&gt; J'ai travaill&#233; longtemps dans ce milieu. Dans une ancienne vie, j'ai &#233;t&#233; &#224; la direction de l'Institut du d&#233;veloppement durable des Premi&#232;res Nations du Qu&#233;bec et du Labrador. C'est l&#224; o&#249; j'ai vraiment pris le pouls des enjeux environnementaux chez l'ensemble des Premiers Peuples au Qu&#233;bec. Je participais et j'organisais plusieurs r&#233;unions, colloques, formations, consultations... et je constatais qu'il y avait toujours tr&#232;s peu de femmes. J'ai &#233;galement cumul&#233; plusieurs engagements avec l'association Femmes autochtones du Qu&#233;bec : j'ai &#233;t&#233; vice-pr&#233;sidente et repr&#233;sentante des femmes en milieu urbain, j'ai particip&#233; avec elles &#224; diff&#233;rents projets et campagnes qu'elles ont mises en place. &#192; la suite de ces exp&#233;riences, je savais que les femmes autochtones avaient beaucoup &#224; dire sur les sujets environnementaux et que, malheureusement, on les entendait tr&#232;s peu. En tout cas, pas assez, &#224; mon avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Les femmes autochtones ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es des sph&#232;res de d&#233;cision &#224; travers la colonisation. Quelles en ont &#233;t&#233; les cons&#233;quences ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. : &lt;/strong&gt; D'abord, on a tent&#233; de les effacer de toutes les sph&#232;res o&#249; elles pouvaient avoir un contr&#244;le ou un r&#244;le pr&#233;dominant &#224; jouer. &#199;a a &#233;t&#233; l'un des buts avou&#233;s tant des politiques coloniales que de l'&#201;glise, &#224; l'&#233;poque. On a voulu rel&#233;guer les femmes dans la sph&#232;re domestique pour mettre l'ensemble du pouvoir entre les mains des hommes. C'&#233;tait une politique bien pens&#233;e pour &#231;a : on voulait s'assurer que les femmes qui d&#233;rangeaient l'establishment religieux et colonial soient mises &#224; l'&#233;cart pour ne pas jouer le r&#244;le qu'elles jouaient avant, c'est-&#224;-dire une participation aux prises de d&#233;cisions et &#224; tous les aspects de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des exemples concrets est qu'elles n'avaient pas, jusqu'en 1951, le droit de participer aux assembl&#233;es publiques de leur communaut&#233;, de se pr&#233;senter aux &#233;lections et encore moins de voter. Pour nous, 1951, c'est encore tr&#232;s r&#233;cent, &#231;a fait seulement deux g&#233;n&#233;rations. &#199;a a encore des cons&#233;quences importantes chez les femmes autochtones qui ont pu s'impliquer tr&#232;s progressivement en politique. Quelques-unes sont devenues conseill&#232;res, d'autres sont devenues cheffes. Aujourd'hui, on parle d'environ une personne sur six, parmi les leaders, qui est une femme. Il y a encore du chemin &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la Loi sur les Indiens, toute femme autochtone qui mariait une personne non autochtone se voyait exclue de sa communaut&#233;, ainsi que ses enfants. On faisait exactement l'inverse avec les femmes non autochtones qui mariaient des Autochtones, donc on a voulu vider les communaut&#233;s de leurs femmes pour les remplacer par des femmes blanches. Consid&#233;rant que la langue, que la culture et tout le reste passaient par elles, il y a eu une tentative de &#171; blanchisation &#187; et une assimilation par l'arriv&#233;e de femmes blanches en nombre important. &#199;a n'a pas fonctionn&#233;, mais &#231;a a quand m&#234;me eu des incidences assez importantes. Les femmes et leurs enfants ont retrouv&#233; leur statut apr&#232;s 1985 quand la loi a &#233;t&#233; chang&#233;e, mais &#231;a ne s'est pas fait du jour au lendemain. Il y en a encore qui rencontrent des obstacles pour revenir dans leur communaut&#233;. Physiquement, tu peux y retourner, mais pour avoir un travail, pour avoir un logement puis t'y installer, c'est une tout autre chose. Donc &#231;a a encore des cons&#233;quences tr&#232;s r&#233;elles aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Comment se manifestent les conflits entre le &#171; droit des entreprises &#187; (mini&#232;res, foresti&#232;res, etc.) et le rapport au territoire des communaut&#233;s autochtones ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. : &lt;/strong&gt; Peu d'industries comprennent ce qu'est le lien privil&#233;gi&#233; entre les peuples autochtones et leurs territoires respectifs. Clairement, on n'a pas le m&#234;me lien. Pour certains, &#231;a peut &#234;tre une source de revenu et de richesse potentielle, tandis que pour d'autres, c'est un milieu de vie d'o&#249; ils tirent leurs origines, et non quelque chose &#224; exploiter &#224; tout prix. Je ne dis pas que les Autochtones ne participent pas &#224; l'exploitation des ressources naturelles, mais dans la vision et dans la mani&#232;re de voir et de traiter son environnement, c'est un tout autre rapport que ce que les industries peuvent proposer. Plus largement, &#224; travers le monde, on peut observer qu'il existe cette m&#234;me tendance &#224; la contamination et &#224; la destruction des territoires traditionnels autochtones, c'est un d&#233;nominateur commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de tout &#231;a sont assez graves. On parle de perte d'acc&#232;s au territoire et aux ressources... et pas uniquement aux ressources comme le bois ou les min&#233;raux, mais aux plantes m&#233;dicinales, &#224; la faune, aux milieux de vie et de ressourcement. L'univers des plantes m&#233;dicinales et de leurs traitements est principalement li&#233; aux femmes. Selon leurs t&#233;moignages, il y a d&#233;j&#224; quelques bonnes mesures pour conserver certaines plantes, mais les sources d'eau potable sur les territoires sont maintenant contamin&#233;es. On ne peut pas faire de m&#233;decine avec une eau qui est contamin&#233;e. Il faut toujours rester vigilants pour tenir compte de l'ensemble des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Quelle a &#233;t&#233; la place des femmes atikamekw dans les prises de d&#233;cisions et dans l'organisation de la communaut&#233; face &#224; ces tensions entre entreprises et environnement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. :&lt;/strong&gt; C'est un des constats de ma recherche. Les femmes atikamekw n'ont pratiquement jamais &#233;t&#233; impliqu&#233;es ou consult&#233;es dans ces d&#233;cisions. Quelques-unes sont en politique aujourd'hui, mais est-ce qu'on prend la peine de mettre en place un syst&#232;me de consultation sp&#233;cifique pour les femmes et leurs enjeux ? Je ne l'ai pas encore vu. C'est d'ailleurs l'une des revendications de ma th&#232;se. Je sais que les femmes atikamekw sont en train de prendre ces r&#233;sultats et de se les approprier pour mieux d&#233;fendre leurs propres revendications &#224; elles et avoir une meilleure place dans ces instances d&#233;cisionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Comment penser des liens entre territoire, communaut&#233;s autochtones et justice, comprise dans son sens large ? Quelles sont les pistes que vous proposez concernant la question des femmes autochtones et la gouvernance ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. :&lt;/strong&gt; D'abord, &#233;couter les peuples autochtones quand ils vous parlent... et ne pas attendre qu'il y ait des blocages, qui sont des solutions de dernier recours. Quand on en vient &#224; ces mobilisations, c'est qu'on est venus &#224; bout de tous les autres moyens. Il ne faut pas non plus g&#233;n&#233;raliser les dossiers ou les enjeux &#224; l'ensemble des peuples autochtones. Ce que vivent les Inuits est compl&#232;tement diff&#233;rent de ce que vivent les Atikamekw, de ce que vivent les Mohawks&#8230; Je constate souvent cette tendance &#224; dire que c'est pareil partout. Non seulement c'est une voix de plus &#224; entendre, mais il y a plusieurs voix l&#224;-dedans. Je porte une attention plus particuli&#232;re &#224; celles des femmes parce que je m'y int&#233;resse, mais si tout le monde pouvait faire pareil, &#231;a apporterait des changements importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de justice, il faut rechercher une &#233;quit&#233; et une prise en consid&#233;ration de tous les genres. Dans les recherches qui ont &#233;t&#233; faites dans le pass&#233;, on n'interrogeait que les hommes et on affirmait ensuite que c'&#233;tait comme &#231;a pour tel peuple. Il faut donc prendre la peine de mener des consultations sp&#233;cifiques avec les femmes non pas pour les traiter &#224; part, mais pour ne pas les oublier et les traiter comme on traiterait un groupe d'hommes sur des questions aussi cruciales que le d&#233;veloppement territorial par exemple. Je ne pense pas qu'on puisse parler de gouvernance sans franchir cette &#233;tape pr&#233;alable : &#233;coutez-les et vous verrez !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Suzy Basile, 2016 (Genevi&#232;ve Lagrois).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
