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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Les stages r&#233;mun&#233;r&#233;s, c'est CUTE !</title>
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		<dc:date>2018-03-08T13:47:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sandrine Belley, Isabelle Bouchard, Camille Tremblay-Fournier</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement &#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>Manchette</dc:subject>
		<dc:subject>Bouchard, Isabelle</dc:subject>
		<dc:subject>Belley, Sandrine</dc:subject>
		<dc:subject>Tremblay-Fournier, Camille</dc:subject>

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&lt;p&gt;D'abord parue en une version courte publi&#233;e dans le num&#233;ro 73, voici la version plus &#233;labor&#233;e de la rencontre avec ces militantes. Nous la publions aujourd'hui puisque les Comit&#233;s unitaires sur le travail &#233;tudiant (CUTE) profiteront de la journ&#233;e des droits des femmes pour appeler &#224; l'action et diffuser les perspectives f&#233;ministes de cette campagne, intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la reconnaissance et la valorisation du travail invisible des femmes. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192;B ! : Quelle est l'histoire de votre comit&#233; ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-73-fevrier-mars-2018-" rel="directory"&gt;No 073 - f&#233;vrier / mars 2018&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-etudiant-+" rel="tag"&gt;Mouvement &#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Manchette-+" rel="tag"&gt;Manchette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bouchard-Isabelle-+" rel="tag"&gt;Bouchard, Isabelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Belley-Sandrine-+" rel="tag"&gt;Belley, Sandrine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Tremblay-Fournier-Camille-+" rel="tag"&gt;Tremblay-Fournier, Camille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2514.png?1642092206' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;834&#034; height=&#034;369&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D'abord parue en une version courte publi&#233;e dans le num&#233;ro 73, voici la version plus &#233;labor&#233;e de la rencontre avec ces militantes. Nous la publions aujourd'hui puisque les Comit&#233;s unitaires sur le travail &#233;tudiant (CUTE) profiteront de la journ&#233;e des droits des femmes pour appeler &#224; l'action et diffuser les perspectives f&#233;ministes de cette campagne, intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la reconnaissance et la valorisation du travail invisible des femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Quelle est l'histoire de votre comit&#233; ? Quels sont ses objectifs ? Quel est son fonctionnement ? Qui y adh&#232;re ? Combien de membres ? En bref, qui &#234;tes-vous ? Quelles sont les organisations qui vous appuient ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Comit&#233;s unitaires sur le travail &#233;tudiant (CUTE) sont des groupes autonomes vis-&#224;-vis des associations &#233;tudiantes qui s'organisent pour la reconnaissance et la valorisation du travail &#233;tudiant sur diff&#233;rents campus coll&#233;giaux et universitaires qu&#233;b&#233;cois depuis l'automne 2016. Ils sont compos&#233;s d'individus vari&#233;s, principalement des femmes, int&#233;ress&#233;s &#224; mettre en branle une campagne de mobilisation pour la reconnaissance de l'activit&#233; &#233;tudiante en tant que travail qui m&#233;rite salaire et conditions d&#233;centes. En outre, cette campagne politique s'attaque &#224; la r&#233;mun&#233;ration des stages, la partie la plus visible du travail &#233;tudiant, en invitant les stagiaires &#224; s'organiser en vue d'une potentielle gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour la r&#233;mun&#233;ration de tous les stages, quel que soit le niveau d'&#233;tudes. &#192; l'heure actuelle, les stages non r&#233;mun&#233;r&#233;s se retrouvent toujours dans des domaines peu valoris&#233;s et &#224; forte pr&#233;dominance f&#233;minine, correspondant &#224; la division genr&#233;e du travail (&#233;ducation &#224; l'enfance, enseignement, travail social, soins infirmiers, etc.). Cette campagne est donc aussi un appel &#224; une gr&#232;ve des femmes qui pourrait faire &#233;clater au grand jour la valeur du temps de travail accompli, en revendiquant la mise &#224; terme du temps vol&#233; aux stagiaires, la reconnaissance du travail gratuit par un salaire et le contr&#244;le des conditions de travail par celles qui l'ex&#233;cutent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017, les CUTE ont d&#233;cid&#233; de cr&#233;er des coalitions r&#233;gionales sur r&#233;mun&#233;ration des stages, o&#249; sont regroup&#233;es des associations &#233;tudiantes, des groupes politiques et communautaires, des individus et des syndicats pour &#233;largir la mobilisation en faveur de la r&#233;mun&#233;ration des stages. &#192; ce jour, il existe des coalitions r&#233;gionales &#224; Montr&#233;al, &#224; Sherbrooke et en Outaouais. D'autres sont en formation au Bas-Saint-Laurent et au Saguenay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : On a l'impression que votre organisation est n&#233;e d'une r&#233;ponse &#224; une individualisation des revendications &#233;tudiantes, c'est-&#224;-dire une tendance &#224; ce que certaines associations &#233;tudiantes d&#233;veloppent des revendications moins unitaires que celles qu'elles portaient en 2012 ? Est-ce la r&#233;ponse &#224; l'apparente division, segmentation du mouvement &#233;tudiant &#224; propos de la r&#233;mun&#233;ration des stages ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, par le pass&#233;, l'enjeu de la r&#233;mun&#233;ration des stages a surtout &#233;t&#233; abord&#233; de mani&#232;re corporative par programme d'&#233;tudes. Pensons &#224; la &lt;i&gt;Campagne de revendications et d'actions interuniversitaires pour les &#233;tudiantes et les &#233;tudiants d'&#233;ducation en stage&lt;/i&gt; (CRAIES) qui revendique une contribution financi&#232;re uniquement pour le stage final&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour mieux comprendre les limites de cette campagne, voir l'article paru (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou &#224; la &lt;i&gt;F&#233;d&#233;ration interuniversitaire des doctorant.es en psychologie&lt;/i&gt; (FIDEP) qui a milit&#233; pour l'obtention d'une bourse pour l'internat durant le doctorat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question des r&#233;sultats de la gr&#232;ve des internes en psychologie, voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La strat&#233;gie de ces campagnes a &#233;t&#233; de d&#233;montrer en quoi les stages de leur discipline respective sont diff&#233;rents des autres et m&#233;ritent davantage, plut&#244;t que de chercher ce qu'ils ont en commun. D'ailleurs il faut aussi qu'on cesse de penser que la r&#233;mun&#233;ration de stages est un enjeu seulement en &#233;ducation : il y a plusieurs programmes o&#249; les stagiaires paient pour accomplir des centaines d'heures de travail gratuit afin d'obtenir leur dipl&#244;me. Par exemple, &#224; l'Universit&#233; de Sherbrooke, le programme de travail social n'exige pas moins de 945 heures de stages. Au C&#233;gep du Vieux-Montr&#233;al, les stagiaires en techniques de travail social ont pour 800 heures de stage, alors qu'en soins infirmiers, leurs six stages totalisent 1035 heures de travail b&#233;n&#233;vole ! Et bien s&#251;r il y a en &#233;ducation : &#224; l'UQAM, on parle d'environ 960 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il importe de renverser la tendance actuelle &#224; la comp&#233;tition non seulement entre les personnes en formation, mais aussi entre les professions et m&#233;tiers. Jouer la carte de la sp&#233;cificit&#233; de l'identit&#233; professionnelle ne permet que de formuler quelques r&#233;formes &#224; la pi&#232;ce, qui ne profite qu'&#224; une minorit&#233;, souvent plus privil&#233;gi&#233;e si on la compare aux autres domaines o&#249; les stages ne sont pas r&#233;mun&#233;r&#233;s (qui comprennent beaucoup de programmes techniques d'ailleurs). Quand on compare les conditions de stages, on se rend compte que ce sont surtout les stages dans les domaines du soin, des arts et de la culture qui ne sont pas r&#233;mun&#233;r&#233;s : des domaines f&#233;minis&#233;s. On retrouve aussi dans ces domaines une forte proportion de personnes immigrantes qui doivent refaire leurs &#233;tudes, faute de reconnaissance de leurs dipl&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Quelles sont les actions, le plan d'action que vous entendez mettre en place pour faire valoir le bien fond&#233; de vos revendications ? La gr&#232;ve des stages, votre magazine (d'ailleurs fort pertinent), etc. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es, les militant.es des CUTE ont organis&#233; une s&#233;rie d'ateliers, d'&#233;v&#233;nements politiques, tourn&#233;es de mobilisation, de productions &#233;crites et visuelles ainsi que trois magazines pour diffuser leurs id&#233;es. Le plan d'action pour l'hiver 2018 s'organise autour de trois dates importantes. Le 20 f&#233;vrier, les CUTE se joignent &#224; l'appel de la &lt;i&gt;Intern Strike&lt;/i&gt; lanc&#233;e par la &lt;i&gt;Global Intern Coalition&lt;/i&gt;, qui regroupe des comit&#233;s d'organisations des stagiaires aux &#201;tats-Unis, en Europe et en Australie, et organiseront des actions un peu partout sur les campus. Le 8 mars, les CUTE profiteront de la journ&#233;e des droits des femmes pour appeler &#224; l'action et diffuser les perspectives f&#233;ministes de cette campagne, intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la reconnaissance et la valorisation du travail invisible des femmes. Seront aussi organis&#233;es des activit&#233;s autour de la journ&#233;e internationale des travailleur.euses, le 1er mai, pour revendiquer le statut d'&#233;tudiant.es travailleur-euse-s. Un des objectifs de l'hiver 2018 sera &#233;galement de faire conna&#238;tre la campagne de mobilisation actuelle &#224; davantage de syndicats, groupes communautaires et associations &#233;tudiantes, entre autres, &#224; travers la signature de la d&#233;claration internationale, lanc&#233;e le 10 novembre dernier. Une tourn&#233;e d'information et formation est &#233;galement pr&#233;vue dans diff&#233;rentes r&#233;gions du Qu&#233;bec avec des militant.es des CUTE, afin de soutenir la cr&#233;ation de coalitions r&#233;gionales pour la r&#233;mun&#233;ration des stages. Finalement, seront organis&#233;es des activit&#233;s de mobilisation en vue du sommet du G7, afin de faire conna&#238;tre les similitudes entre les situations des stagiaires non-r&#233;mun&#233;r&#233;.es un peu partout dans le monde, leur place dans la division internationale du travail ainsi que leur implication dans l'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Quelles sont les principales objections, ou mythes qui s'opposent &#224; la r&#233;mun&#233;ration des stages et quelles sont les r&#233;futations que vous proposez ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si les stages Sciences, technologies, ing&#233;nierie et math&#233;matiques (STEM) sont pay&#233;s c'est parce qu'ils sont dans des domaines productifs &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une division entre le travail productif, dit d'hommes, et le travail reproductif, dits de femmes. Le travail reproductif est souvent plus difficile &#224; mesurer, &#224; comptabiliser. D'ailleurs, sur le march&#233; du travail, une partie du travail f&#233;minis&#233;e n'est toujours pas r&#233;mun&#233;r&#233;e, ce qui se solde par un salaire moindre pour des comp&#233;tences &#233;quivalentes &#224; celles requises pour occuper une fonction traditionnellement masculine. Encore aujourd'hui, les professions de travailleuses sociales, d'enseignantes, d'&#233;ducatrices &#224; l'enfance, d'ergoth&#233;rapeutes, de sexologues, d'infirmi&#232;res et de sages-femmes, entre autres, sont associ&#233;es au don de soi et &#224; une propension pr&#233;sum&#233;e naturelle des femmes &#224; &#233;duquer et &#224; soigner. La gratuit&#233; du travail est souvent justifi&#233;e par la difficult&#233; &#224; le quantifier, puisqu'il serait accompli par vocation, par d&#233;vouement, par affection, par filiation, par solidarit&#233;. Or, il n'a ni prix ni limite pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il n'est pas reconnu comme tel ; la patience, l'&#233;coute, le r&#233;confort, la douceur, le sourire sont toutes des t&#226;ches invisibilis&#233;es du travail des femmes puisqu'elles sont d&#233;finies en termes de caract&#232;re, d'attitude, de qualit&#233;s naturelles intrins&#232;ques. La campagne des CUTE met de l'avant l'importance de lutter pour que le travail des femmes soit r&#233;mun&#233;r&#233; et pour que l'on mette ainsi fin &#224; l'association entre femmes et travail gratuit, ce qui exacerberait par le fait m&#234;me les contradictions du capitalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse plus approfondie, consultez ce texte.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les stagiaires en &#233;ducation, en travail social, en soins infirmiers et autres ne sont pas pay&#233;s parce qu'ils effectuent leurs stages dans des institutions et organismes qui sont trop pauvres pour les r&#233;mun&#233;rer. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, dans bien des milieux de stages, il serait difficile de r&#233;mun&#233;rer les stagiaires sans recevoir plus de financement. On observe d'ailleurs que plusieurs stagiaires remplacent carr&#233;ment des salari&#233;es, d&#251; au r&#233;gime de coupes budg&#233;taires en sant&#233;, en &#233;ducation ou en culture. Mais, si ces organisations sont pauvres, c'est entre autres en raison du sous-financement chronique de l'&#201;tat. Pourtant, les stages en entreprises sont d&#233;j&#224; subventionn&#233;s par le biais de cr&#233;dits d'imp&#244;ts et de subventions directes de l'&#201;tat. Comme quoi, il s'agit d'un deux poids deux mesures ! La raison de la non-r&#233;mun&#233;ration des stages dans certains secteurs d'emploi doit plut&#244;t &#234;tre cherch&#233;e ailleurs. Pour les CUTE, seules l'analyse de la division genr&#233;e du travail et la mise en lumi&#232;re du travail invisible que font les femmes nous permettent de comprendre la distinction entre les domaines qui r&#233;mun&#232;rent les stages et ceux qui ne le font pas. D'ailleurs, les employ&#233;es des organismes communautaires, de la fonction publique ou des milieux culturels (festivals, mus&#233;es, biblioth&#232;ques) qui vivent la pression du sous-financement chronique sont les premi&#232;res &#224; &#234;tre affect&#233;es par le sous-financement. Elles ont tout int&#233;r&#234;t &#224; s'unir avec les &#233;tudiantes dans le cadre de cette campagne pour exiger &#224; la fois des meilleures conditions de travail pour les stagiaires, un financement ad&#233;quat pour y parvenir et, par le fait m&#234;me, une valorisation et une reconnaissance du travail r&#233;alis&#233;. Car l'id&#233;e derri&#232;re cette campagne est aussi de poser les bases d'une solidarit&#233; scolaire interprofessionnelle, pour une &#233;ducation publique men&#233;e dans des conditions convenables et justes pour toutes et tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si t'es pas pay&#233; quand tu es sur les bancs d'&#233;cole, pourquoi tu serais pay&#233; en stage ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les stages ne sont que la partie visible de l'ensemble du travail &#233;tudiant. C'est pour &#231;a que c'est le premier morceau auxquels s'attaquent les CUTE en revendiquant que l'ensemble du travail &#233;tudiant soit r&#233;mun&#233;r&#233;. D'ailleurs, il existe plusieurs contextes o&#249; la formation scolaire est d&#233;j&#224; pay&#233;e. C'est le cas pour certains stages, comme nous l'avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;, mais aussi pour les heures de formation exig&#233;es par les employeurs pour mettre &#224; jour les connaissances de leur main-d'&#339;uvre salari&#233;e (les &#233;tudiant.es des Forces arm&#233;es canadiennes, certains programmes &#224; la formation continue par le biais d'Emploi-Qu&#233;bec, des programmes d'employabilit&#233; offerts par les services d'assurance-emploi du Gouvernement du Canada, les &#233;tudiant.es des centres de d&#233;tention, etc.). &#201;galement, les bourses accord&#233;es par des organismes subventionnaires aux &#233;tudiant.es sont une forme de reconnaissance financi&#232;re de la production &#233;tudiante comme &#233;tant un travail socialement utile. Dans une certaine mesure, les sommes que verse l'Aide financi&#232;re aux &#233;tudes aux b&#233;n&#233;ficiaires peuvent aussi &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme une forme de salaire &#233;tudiant, bien qu'elles soient nettement insuffisantes et qu'elles incluent certains crit&#232;res archa&#239;ques comme prise en compte de la contribution parentale et la contribution du conjoint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Pourquoi tous les stages m&#233;ritent-ils une r&#233;mun&#233;ration ? Sont-ils tous obligatoires ? Est-ce une forme d'esclavage que de faire travailler un stagiaire sans salaire ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication d'un salaire pour les stages et plus largement pour les &#233;tudes est une strat&#233;gie politique qui vise &#224; permettre aux &#233;tudiant.es d'avoir une meilleure emprise sur leurs conditions d'&#233;tudes. En effet, l'attribution d'un salaire supprimerait l'aspect normal de l'exploitation du travail &#233;tudiant et, du m&#234;me coup, permettrait de politiser les conditions dans lesquelles il est effectu&#233;. Aujourd'hui, on sait que 70% des emplois sur le march&#233; du travail demandent d'avoir un dipl&#244;me d'&#233;tudes secondaires, ce qui remet en question l'id&#233;e de &#034;choix&#034; d'aller &#224; l'&#233;cole ou non. De plus, m&#234;me s'ils ne sont pas r&#233;mun&#233;r&#233;s, les milieux de stages exigent souvent aux &#233;tudiant.es de fournir leurs propres outils de travail &#224; leurs frais (automobile, ordinateur, papiers, vignettes, instruments, etc.). Ainsi, pour travailler, il faut &#233;tudier et pour &#233;tudier il faut travailler. Mais quand on est en stage, il devient tr&#232;s difficile de travailler en m&#234;me temps. Sauf qu'on ne paye pas son loyer avec des cr&#233;dits universitaires, comme on ne remplit pas le frigidaire avec des lettres de r&#233;f&#233;rence de son superviseur de stage. C'est dans ce contexte qu'on peut comprendre les stages comme une forme d'exploitation : &#224; partir du moment o&#249; l'on reconna&#238;t que les stagiaires participent &#224; la reproduction de la force de travail, en se formant, et qu'en plus, illes contribuent &#224; la production dans leur milieu de stage. Alors, peut-on encore accepter qu'illes ne soient pas r&#233;mun&#233;r&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un m&#234;me ordre d'id&#233;e, un salaire pour les stagiaires ne r&#233;glerait pas toutes les dynamiques de pouvoir au sein de l'institution scolaire. Cependant, une lutte pour un salaire comporte plusieurs b&#233;n&#233;fices. Cela permettrait peut-&#234;tre aux &#233;tudiant.es de prendre conscience de leurs propres moyens et co&#251;ts de production. Cela sous-entend la possibilit&#233; de s'organiser au sein de leurs diff&#233;rents lieux de travail, ici et maintenant, car la division du travail scolaire fait en sorte que la population &#233;tudiante ne dispose de presque aucun droit de regard sur la fa&#231;on dont elle produit (le comment) et la finalit&#233; de ce qu'elle produit (le pourquoi). Une lutte pour la r&#233;mun&#233;ration des stages, qui est aussi un combat pour la r&#233;duction du temps de travail, en permettant de reprendre du pouvoir conditions d'&#233;tudes et de formation et en faisant valoir les droits des &#233;tudiant.es en tant que travailleur.euse.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, il ne faut pas penser que la proposition de salarier les stages n'est pas une fin en soi pour les CUTE ; c'est plut&#244;t un point de d&#233;part pour politiser le rapport en tant qu'&#233;tudiant.es &#224; l'institution scolaire, en adressant son r&#244;le dans la reproduction sociale. En effet, c'est ici que r&#233;side tout le potentiel subversif de la campagne. En revendiquant un salaire, les &#233;tudiant.es ne pourraient plus &#234;tre laiss&#233;.es de c&#244;t&#233; par rapport au contexte d'enseignement, au contenu des enseignements et &#224; la mani&#232;re dont il est enseign&#233;, aux modes d'&#233;valuation, &#224; la valorisation des productions &#233;tudiantes et &#224; la d&#233;finition des param&#232;tres d'utilisation de celles-ci. D'un rapport &#171; ma&#238;tre-&#233;l&#232;ve &#187;, on passerait &#224; un rapport entre coll&#232;gues. Sans &#233;liminer la hi&#233;rarchie ni la possibilit&#233; de violences, de harc&#232;lement sexuel et psychologique, la strat&#233;gie de la reconnaissance du statut de travailleur.euse &#233;tudiant.e permettrait une prise de contr&#244;le sur le milieu de travail pour s'organiser contre ces abus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Quels sont les programmes d'&#233;tudes dont les stages sont d&#233;j&#224; r&#233;mun&#233;r&#233;s ? Comment expliquer ces gains ? Quelle le&#231;on retenir de ces luttes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e, la r&#233;mun&#233;ration de certains stages n'est pas le r&#233;sultat de luttes politiques, mais plut&#244;t de choix, de la part de l'&#201;tat et du march&#233;, des secteurs d'emploi &#224; valoriser et des populations &#233;tudiantes &#224; privil&#233;gier. Toutefois, la lutte des &#233;tudiant.es en psychologie fait exception en d&#233;montrant qu'il peut suffire de quelques mois de gr&#232;ve des stages pour obtenir un gain. La pression est r&#233;elle et le moyen est efficace. Cependant, la compensation qu'illes ont obtenue est loin d'&#234;tre suffisante puisqu'elle ne reconna&#238;t pas leur internat comme un travail, en plus de conserver quelque 750 heures de stages impay&#233;es. Cette non-reconnaissance se mat&#233;rialise aussi par le fait que les internes en psychologie ne sont pas prot&#233;g&#233;s par la Loi sur les normes du travail (LNT), et qu'illes n'ont donc pas acc&#232;s &#224; plusieurs protections en cas d'accidents de travail ou de harc&#232;lement, par exemple. En effet, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas seulement le vol de temps de travail des stagiaires qui est en jeu, mais aussi la non-application des normes minimales r&#233;gissant le travail, l'absence de s&#233;curit&#233; du revenu ainsi que l'inadmissibilit&#233; au ch&#244;mage et au cong&#233; parental en p&#233;riode de stage. C'est pourquoi nous pensons qu'une lutte unitaire des diff&#233;rentes disciplines pour une r&#233;mun&#233;ration de l'ensemble des stages est une n&#233;cessit&#233; si on envisage b&#226;tir r&#233;ellement un r&#233;el rapport de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : On cite souvent le cas des &#233;tudiantes sage-femme. Quelle est la particularit&#233; de leur situation ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de travail des &#233;tudiant.es sages-femmes est particuli&#232;rement r&#233;voltante. Plusieurs exigences financi&#232;res s'appliquent aux &#233;tudiantes sages-femmes : soit assumer les frais d'une automobile, de stationnement, de kilom&#233;trage, de d&#233;placement &#224; Trois-Rivi&#232;res pour les cours intensifs obligatoires et les examens, d'un ordinateur portable, de cellulaire, de la connexion internet fiable pour les cours en ligne, du logement suppl&#233;mentaire quand on part en stage de 15 semaines dans une autre r&#233;gion que la sienne et les frais de scolarit&#233;. L'Association des &#233;tudiantes sages-femmes du Qu&#233;bec (A&#201;SFQ) estime que pr&#232;s de 17 000$ sont n&#233;cessaires pour couvrir les d&#233;penses obligatoires li&#233;es aux stages effectu&#233;s durant la formation en pratique sage-femme. Elles doivent &#233;galement &#234;tre disponibles en tout temps afin d'effectuer la garde, ce qui fait que c'est difficile, voire impossible, d'avoir un emploi &#224; temps partiel. Il y a &#233;galement de grandes similarit&#233;s avec les t&#226;ches effectu&#233;es en m&#233;decine pour lesquelles les internes dans cette discipline sont r&#233;mun&#233;r&#233;s, en plus de compensations telles que le paiement des repas durant la garde. Cet exemple d&#233;montre bien les in&#233;galit&#233;s entre les conditions de travail des stagiaires dans les domaines typiquement f&#233;minins et ceux typiquement masculins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'informations sur la r&#233;alit&#233; des &#233;tudiantes en pratique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : On r&#233;f&#232;re aussi &#224; la situation en travail social, notamment &#224; l'UQAM, l&#224; o&#249; une mise &#224; jour du programme implique une augmentation significative du nombre d'heures de stages. Comment les choses se dessinent-elles dans ce programme ? Les &#233;tudiantes et les &#233;tudiants sont-ils condamn&#233;s au don de soi, celui qui pr&#233;vaut aussi dans certaines organisations du monde communautaire ? Cette exploitation a-t-elle un sexe ? En la mati&#232;re, y-a-t-il lieu de faire une analyse genr&#233;e de la situation ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le travail social est un exemple int&#233;ressant, entre autres par rapport aux stages qui se d&#233;roulent dans les organismes communautaires. Comme c'&#233;tait le cas en enseignement dans les ann&#233;es 1990, on observe que le sous-financement des milieux est corr&#233;l&#233; avec une augmentation des heures de stages dans les programmes de formation. Cette situation fait en sorte que plusieurs organismes choisissent de se passer de travailleur-euse-s (mais surtout de travailleuses, le travail social &#233;tant majoritairement f&#233;minin) et de prendre des stagiaires &#224; la place. Quand on travaille aupr&#232;s des populations vuln&#233;rables, on nous sert souvent l'id&#233;e que notre travail est essentiel, et que la gr&#232;ve est un acte &#233;go&#239;ste. Pourtant, ces milieux reposent depuis des ann&#233;es sur le travail gratuit ou sous-pay&#233; d'une grande majorit&#233; de femmes. Il s'agit d'un exemple classique de la non-valorisation du travail dit reproductif : le travail traditionnellement f&#233;minin est sous-pay&#233;, voire m&#234;me impay&#233; parce qu'il n'est pas reconnu comme du travail comme tel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette question se pose avec d'autant plus d'acuit&#233; &#224; l'UQAM alors que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Cette augmentation de stages obligatoires dans les programmes d'&#233;tudes, n'est-elle pas symptomatique de la marchandisation de l'&#233;ducation ? N'est-elle pas la cons&#233;quence directe de la tendance n&#233;o-lib&#233;rale &#224; assimiler l'&#233;ducation &#224; l'axe de l'ad&#233;quation formation-emploi ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation des heures de stages est un sympt&#244;me de l'arrimage de l'&#233;ducation au march&#233; du travail. On apprend &#224; vivre dans un monde o&#249; l'&#233;puisement, cons&#233;quence directe de la tendance au profit du capitalisme, ex&#233;cut&#233;e en d&#233;pit du malheur potentiel de l'&#234;tre humain, est devenu normal et presque valoris&#233;. Toutefois, il est important d'avoir en t&#234;te que le syst&#232;me qu&#233;b&#233;cois d'&#233;ducation publique, &#233;rig&#233; en opposition au syst&#232;me catholique dans la foul&#233;e du rapport Parent et de ses suites (c&#233;geps, r&#233;seau UQ&#8230;), a &#233;t&#233; con&#231;u pour s'arrimer aux changements technologiques et au d&#233;veloppement industriel et sert depuis de m&#233;canisme d'acc&#232;s au march&#233; du travail. Au c&#339;ur des d&#233;bats sur les transformations des institutions scolaires au tournant des ann&#233;es 1960, au Qu&#233;bec et en France, des groupes &#233;tudiants et militants revendiquaient un salaire pour r&#233;pondre &#224; l'arrimage de l'&#233;ducation aux besoins d'un &#201;tat et du march&#233; en qu&#234;te de main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e. Ainsi, il n'est pas &#233;tonnant que la revendication d'un salaire dans le cadre des &#233;tudes, que ce soit une allocation ou un &#034;pr&#233;-salaire&#034;, &#233;merge dans le mouvement &#233;tudiant et dans la sph&#232;re politique &#224; cette &#233;poque. Mise de c&#244;t&#233; graduellement au cours des ann&#233;es 1970, cette revendication analysait l'activit&#233; &#233;tudiante comme un travail pour s'opposer &#224; l'id&#233;e r&#233;pandue que l'&#233;ducation est un &#171; service &#187; que les &#233;tudiant.es consomment comme des b&#233;n&#233;ficiaires, des client.es ou des auto-entrepreneur-euses. Au contraire, les &#233;tudiant.es accomplissent un travail de formation qui est essentiel au fonctionnement de la soci&#233;t&#233;, cr&#233;ateur de richesse collective, tant sur le plan humain que sur celui des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, il existe des cours et des programmes d'&#233;tudes qui, a priori, ne paraissent pas pour la majorit&#233; des gens comme socialement utiles, les cours de litt&#233;rature et de philosophie au c&#233;gep et les programmes universitaires d'arts et lettres par exemple. Force est cependant d'admettre qu'une certaine pens&#233;e critique, dont le d&#233;veloppement est un des aspects centraux des cours de philosophie, est plus que jamais valoris&#233;e sur le march&#233; du travail et que le champ de la culture conna&#238;t lui aussi la marchandisation depuis belle lurette ici et, ce, bien que ce type de production ne soit pas reconnu &#224; juste titre. Les &#233;tudes dans le domaine de la culture ne permettent pas n&#233;cessairement l'atteinte d'emplois de qualit&#233;, mais c'est aussi le cas dans beaucoup de domaines reposant sur le travail dit &#171; autonome &#187;. Ainsi, une composante essentielle de la campagne des CUTE repose sur l'ambition de voir &#233;largie la d&#233;finition de ce qu'est un travail et de voir reconnues les &#233;tudes comme suffisamment utiles socialement pour m&#233;riter salaire ; qu'elles profitent amplement aux employeurs pour m&#233;riter salaire. D'ailleurs, que le travail &#233;tudiant dans certains disciplines ou programmes demeure minimis&#233; ou m&#233;pris&#233; a pour cons&#233;quence de l&#233;gitimer les attaques des gouvernements &#224; l'encontre du r&#233;seau public d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, r&#233;mun&#233;rer le travail des &#233;tudiant.es ne supprimerait certainement pas l'existence d'un rapport instrumental &#224; l'&#233;cole. N&#233;anmoins, avec un salaire, une plus large frange de la population pourrait envisager l'activit&#233; d'&#233;tudier comme un travail appr&#233;ciable qui permettrait l'accomplissement de soi. Car, on peut appr&#233;cier et se r&#233;aliser &#224; travers son travail d'&#233;tudiant dans l'optique d'obtenir un emploi bien pay&#233; et avec de bonnes conditions de travail, tout en aimant apprendre ! Et qui sait, les &#233;tudiant.es pourraient bien prendre go&#251;t &#224; ce statut nouvellement gagn&#233;, et exiger de d&#233;cider eux-m&#234;mes et elles-m&#234;mes de l'orientation de leur production ainsi que des moyens pour mener &#224; bien leur travail. Bref, la lutte pour la r&#233;mun&#233;ration des stages est un moyen d'acqu&#233;rir un contre-pouvoir dans le processus de marchandisation de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Quel bilan tracez-vous de la journ&#233;e de gr&#232;ve que vous avez organis&#233;e en novembre dernier ? On a l'impression que vous avez eu une bonne visibilit&#233; dans les m&#233;dias, est-ce le cas ? Quelles &#233;taient vos revendications ? Quelle a &#233;t&#233; la r&#233;ception du public &#224; l'&#233;gard de vos revendications ? Comment qualifiez-vous la r&#233;ponse du parti lib&#233;ral en la mati&#232;re ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation du 10 novembre s'est bien d&#233;roul&#233;e : il y a plus de 15 000 &#233;tudiant.es en gr&#232;ve cette journ&#233;e-l&#224; et pas seulement &#224; Montr&#233;al ! Plus d'une soixantaine de groupes ont sign&#233; la d&#233;claration pour la r&#233;mun&#233;ration des stages, dont certains aux &#201;tats-Unis et au Mexique. La couverture m&#233;diatique fut &#233;galement satisfaisante. Toutefois, on constate que les partis politiques r&#233;cup&#232;rent d&#233;j&#224; notre lutte pour un faire un enjeu &#233;lectoral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le compte-rendu de la journ&#233;e de gr&#232;ve du 10 novembre d'&#233;tudiant-es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en transformant le sens de la mobilisation que les militant.es se sont efforc&#233;.es de b&#226;tir. En effet, plusieurs partis se sont prononc&#233;s uniquement en faveur d'une compensation financi&#232;re pour le quatri&#232;me stage en enseignement. C'est entre autres le cas de Qu&#233;bec Solidaire qui propose que les stagiaires dont le milieu de stage n'a pas les moyens de les r&#233;mun&#233;rer obtiennent une compensation financi&#232;re. C'est bien insuffisant ! La compensation n'&#233;quivaut pas &#224; une r&#233;mun&#233;ration. Elle &#034;compense&#034; pour les heures occup&#233;es en stage, qui autrement auraient pu &#234;tre travaill&#233;es dans une job. Comme pour le cas de l'internat en psychologie, les propositions financi&#232;res de compensation actuelles sont d&#233;risoires si on regarde les centaines d'heures de stage non pay&#233;es. En plus, il faut savoir que les &#233;tudiant.es en &#233;ducation n'ont m&#234;me pas le droit d'effectuer de la suppl&#233;ance lorsqu'elles sont en stage, alors que cela repr&#233;sente un revenu d'appoint pour plusieurs lors d'autres sessions &#224; l'&#233;cole ou entre la fin de la session universitaire et celle du primaire ou du secondaire. Par-dessus cette distinction, il ne faut pas n&#233;gliger le fait que la compensation ne nous donne pas les protections minimales et avantages sociaux fournis aux travailleur-euse-s par la LNT, que la r&#233;mun&#233;ration comporte, bien qu'elles soient imparfaites. Pourquoi accepterait-on ce double standard entre les stages dans les domaines traditionnellement masculins et ceux dans les domaines traditionnellement f&#233;minins ? Pourquoi ne pas tout simplement aligner le statut de stagiaire &#224; celui de salari&#233;.es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Comment vos alli&#233;.es peuvent-ils vous appuyer ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, les groupes alli&#233;s peuvent signer la d&#233;claration nord-am&#233;ricaine pour la r&#233;mun&#233;ration des stages qui a &#233;t&#233; lanc&#233;e le 10 novembre dernier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La d&#233;claration, en fran&#231;ais, en anglais et en espagnol est disponible ici.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette d&#233;claration nous permet d'afficher publiquement le soutien des groupes qui appuient la campagne et permettra d'entamer plus facilement le dialogue lorsqu'il sera question de parler de soutien plus concret, par exemple le respect de la gr&#232;ve des stagiaires. En ce sens, les individus et les groupes sont invit&#233;s &#224; se joindre aux coalitions r&#233;gionales pour la r&#233;mun&#233;ration des stages existantes ou &#224; en cr&#233;er une o&#249; il n'y en a pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CUTE sont des comit&#233;s ouverts sur les campus donc tout le monde peut s'y joindre. Mais il est aussi possible de cr&#233;er un nouveau comit&#233; de mobilisation sur son campus en parlant &#224; ses coll&#232;gues de classe qui partagent des r&#233;flexions sur des probl&#233;matiques v&#233;cues et qui sont motiv&#233;.es &#224; trouver des solutions concr&#232;tes pour les d&#233;passer. Ensuite, il s'agit de contacter les groupes locaux de stagiaires en &#233;ducation, travail social, soins infirmiers ou tout autre domaine cibl&#233; par le travail gratuit, pour afficher un appui au mouvement. Et qui sait, pourquoi ne pas convaincre ses coll&#232;gues de faire la gr&#232;ve des stages pour r&#233;clamer le plein salaire de l'ensemble des &#233;tudiant.es !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour mieux comprendre les limites de cette campagne, voir &lt;a href=&#034;https://dissident.es/apprendre-sans-compter/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'article&lt;/a&gt; paru dans le CUTE Magazine de l'automne 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la question des r&#233;sultats de la gr&#232;ve des internes en psychologie, voir &lt;a href=&#034;https://dissident.es/psychanalyse-dune-greve/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'article&lt;/a&gt; du CUTE Magazine de l'hiver 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une analyse plus approfondie, consultez &lt;a href=&#034;http://franco-pakistanaise/grev&#233;-stages-greve-femmes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce texte&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'informations sur la r&#233;alit&#233; des &#233;tudiantes en pratique sage-femme, nous vous renvoyons &#224; un &lt;a href=&#034;https://dissident.es/je-suis-etudiante-sage-femme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; publi&#233; dans le magazine des CUTE publi&#233; &#224; l'automne 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette question se pose avec d'autant plus d'acuit&#233; &#224; l'UQAM alors que l'&#201;cole de travail social compte augmenter le nombre d'heures de formation en stage dans le cursus scolaire. Sur la question, voir un &lt;a href=&#034;https://dissident.es/augmentation-des-heures-de-stage-en-travail-social-nos-besoins-en-formation-ou-leurs-besoins-en-cheap-labor/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; publi&#233; dans le CUTE Magazine de l'automne 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le &lt;a href=&#034;http://quebec.huffingtonpost.ca/mircea-adamoiu/leffet-dun-jour-de-greve-des-stagiaires_a_23279892/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;compte-rendu&lt;/a&gt; de la journ&#233;e de gr&#232;ve du 10 novembre d'&#233;tudiant-es d'une vari&#233;t&#233; de programmes d'&#233;tudes o&#249; s'effectuent des stages non r&#233;mun&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La d&#233;claration, en fran&#231;ais, en anglais et en espagnol est disponible &lt;a href=&#034;http://www.globalinternsday.org/fr/accueil/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Martin Ouellet&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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