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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Paroles de femmes en action</title>
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		<dc:date>2017-11-17T01:28:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Teddy Atim, Albertine Mambo Zawadi, Rosaline Mcarthy, G&#233;rald McKenzie, Amelia Morah Cooper, Godeli&#232;ve Mukasarasi</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique sub-saharienne</dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>McKenzie, G&#233;rald</dc:subject>
		<dc:subject>Mukasarasi, Godeli&#232;ve</dc:subject>
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		<dc:subject>Mcarthy, Rosaline</dc:subject>
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		<dc:subject>Atim, Teddy</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Elles sont venues du Rwanda, de la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, de la Sierra Leone, du Liberia et de l'Ouganda. Avec leurs partenaires de l'Universit&#233; York, &#224; Toronto, ces activistes ont rencontr&#233; le public canadien en novembre dernier, notamment dans les majestueux locaux d'Amnistie internationale, &#224; Ottawa. &lt;br class='autobr' /&gt; Godeli&#232;ve Mukasarasi, Albertine Mambo Zawadi, Rosaline Mcarthy, Amelia Morah Cooper et Teddy Atim accompagnent et soutiennent les femmes et les enfants victimes de la guerre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-68-fevrier-mars-2017-" rel="directory"&gt;No 068 - f&#233;vrier / mars 2017&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Afrique-sub-saharienne-+" rel="tag"&gt;Afrique sub-saharienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2482.png?1642092203' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;833&#034; height=&#034;437&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Elles sont venues du Rwanda, de la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, de la Sierra Leone, du Liberia et de l'Ouganda. Avec leurs partenaires de l'Universit&#233; York, &#224; Toronto, ces activistes ont rencontr&#233; le public canadien en novembre dernier, notamment dans les majestueux locaux d'Amnistie internationale, &#224; Ottawa.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Godeli&#232;ve Mukasarasi, Albertine Mambo Zawadi, Rosaline Mcarthy, Amelia Morah Cooper et Teddy Atim accompagnent et soutiennent les femmes et les enfants victimes de la guerre dans leur pays respectif. Les organisations de femmes o&#249; elles sont impliqu&#233;es, en collaboration avec le Harriet Tubman Institute de l'Universit&#233; York, analysent le lien entre la violence en temps de guerre et les normes de genre, les cons&#233;quences de ces conflits sur les enfants et les histoires d'esclavage des femmes actuelles et pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un de leurs axes de r&#233;flexion est de savoir comment rendre effectifs les tribunaux et les mesures de r&#233;parations engageant les gouvernements nationaux et la communaut&#233; internationale. Un exemple de r&#233;sultatau plan juridique : la Cour p&#233;nale internationale (CPI) a prononc&#233; des mises en accusation en Ouganda notamment contre diverses pratiques du m&#234;me ordre sous le chef de &#171; r&#233;duction en esclavage sexuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces recherches conjointes entre l'Universit&#233; York et les groupes de d&#233;fense des droits des femmes de ces pays africains engag&#233;s au niveau local se penchent aussi sur la mani&#232;re dont les masculinit&#233;s et les f&#233;minit&#233;s se construisent et se reproduisent au sein des groupes arm&#233;s et sur l'influence que cela a sur les comportements des un&#183;e&#183;s et des autres. Elles s'int&#233;ressent &#224; comment se constituent et se vivent les masculinit&#233;s lors de ces conflits. Il ne s'agit pas ici &#171; &lt;i&gt;de minimiser le fait que la grande majorit&#233; des victimes du mariage forc&#233; sont des femmes et des filles, mais bien de faire une &#233;valuation critique des complexit&#233;s du mariage forc&#233;, de l'esclavage sexuel et du concubinage en suivant une approche tenant compte des sexo-sp&#233;cificit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, leur r&#233;cent passage &#224; Toronto et Ottawa a permis de discuter de plusieurs recommandations faites aux grands pays donateurs comme le Canada. Au sommet de la liste : le besoin d'un soutien financier accord&#233; directement aux organisations locales. Les agences de l'ONU re&#231;oivent l'essentiel des fonds allou&#233;s, mais tous et toutes s'entendent pour dire que le travail &#224; la base, sur le terrain, est plus efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Teddy, Godeli&#232;ve, Albertine, Amelia et Rosaline en avaient long &#224; dire lorsque &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord ! &lt;/i&gt; les a rencontr&#233;es dans une petite chambre d'h&#244;tel d'Ottawa &#224; la fin du mois de novembre 2016. En voici l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Godeli&#232;ve Mukasarasi&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_371 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L247xH236/2562356-a56b7.png?1729016266' width='247' height='236' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je m'appelle Godeli&#232;ve Mukasarasi, je viens du Rwanda. &#192; la fin du g&#233;nocide rwandais, en juillet 1994, j'ai commenc&#233; &#224; sensibiliser et &#224; encourager les jeunes &#224; se solidariser. Il y avait urgence d'agir pour aider les survivantes rest&#233;es seules et les personnes traumatis&#233;es. L'organisation SEVOTA a vu le jour en d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e. J'ai cr&#233;&#233; cette association dans le but de ressouder les relations humaines d&#233;truites par le g&#233;nocide et la guerre civile et r&#233;cup&#233;rer la dignit&#233; bafou&#233;e. Dans le million de personnes tu&#233;es lors du g&#233;nocide, beaucoup &#233;taient des hommes ; &#224; tel point que 70% de la population restante &#233;tait f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes ont &#233;t&#233; viol&#233;es, affam&#233;es, laiss&#233;es sans v&#234;tement et errant dans les chemins apr&#232;s qu'on a tu&#233; leurs enfants. Elles &#233;taient parfois cach&#233;es un moment, puis chass&#233;es du jour au lendemain : &#171; &lt;i&gt;Va-t'en ! On ne veut plus de toi, on ne veut pas qu'on te trouve ici.&lt;/i&gt; &#187; &#199;'a &#233;t&#233; un grand voyage physique et un grand voyage mental. Ces veuves-l&#224; sont traumatis&#233;es, certaines pour la vie peut-&#234;tre. Une femme qui a perdu tous ses enfants ne peut jamais &#234;tre en paix avec son c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc fond&#233; des groupes de femmes qui avaient des probl&#232;messimilaires, d&#233;couvrant alors la r&#233;alit&#233; des autres : &#171; &lt;i&gt;Je pensais que c'&#233;tait moi la plus mal en point, mais l'autre l'est encore plus que moi&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Au fil des rencontres, elles ont commenc&#233; &#224; chanter, &#224; rire, &#224; cr&#233;er des liens d'amiti&#233; qui ont dur&#233; m&#234;me jusqu'&#224; aujourd'hui. Certaines de ces femmes ont t&#233;moign&#233; au Tribunal international pour le Rwanda. Le viol a ainsi &#233;t&#233; reconnu au niveau international comme crime contre l'humanit&#233; gr&#226;ce aux femmes encadr&#233;es par SEVOTA. Maintenant, j'organise des &#171; forums d&#233;foulants &#187; pour les femmes dont les enfants sont issus du viol, afin d'&#233;chapper &#224; ce lourd fardeau. Ces enfants-l&#224; sont &#224; la fois leur propre sang, mais aussi le sang des g&#233;nocidaires. En cons&#233;quence, des femmes maltraitaient leur enfant, ceux-ci se r&#233;voltaient. Il &#233;tait urgent d'organiser des parcours th&#233;rapeutiques pour les aider &#224; vivre une vie &#171; normale &#187;, avoir des projets de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activisme, on sait que c'est le b&#233;n&#233;volat qui le caract&#233;rise. Au d&#233;but de tout ce processus, il y a donc cet engagement &#224; accompagner les femmes qui sont victimes de diverses formes de violence, &#224; lutter contre les discriminations. C'est ce travail qui est appuy&#233; par des donateurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Albertine Mambo Zawadi&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_372 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L119xH113/13413-5-a1199.png?1729016266' width='119' height='113' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;ponds au nom d'Albertine Mambo Zawadi, je suis la coordonnatrice de SOFEPADI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Solidarit&#233; f&#233;minine pour la paix et le d&#233;veloppement int&#233;gral, qui &#339;uvre &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo. Gr&#226;ce &#224; ma formation universitaire, j'ai pu faire de l'accompagnement judiciaire pour la d&#233;fense des droits des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence des groupes arm&#233;s tant &#233;trangers que locaux entra&#238;ne de graves violations : viols, mariages forc&#233;s, enl&#232;vements de femmes et esclavage sexuel, et des cas d'exploitation dans des mines. Le contexte g&#233;n&#233;ral de pauvret&#233; et d'anciennes coutumes r&#233;trogrades alimentent, sur le plan social, les in&#233;galit&#233;s entre les hommes et les femmes. Elles ne sont pas repr&#233;sent&#233;es dans les instances d&#233;cisionnelles, leurs voix ne sont pas &#233;cout&#233;es et leurs besoins ne sont pas pris en compte. Notre organisme lutte donc pour que les femmes aient une voix sur le plan politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parlais des coutumes qui sont parmi les causes des violences faites aux femmes. Pour travailler sur ces coutumes, nous cr&#233;ons des clubs de discussion sur les questions li&#233;es au genre, entre les jeunes gar&#231;ons et les jeunes filles, entre les hommes et les femmes, pour qu'ils et elles &#233;changent autour de certaines th&#233;matiques des genres et d'&#233;galit&#233; homme-femme afin de relever ces d&#233;fis en rapport avec les us et coutumes qui d&#233;favorisent la femme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rosaline Mcarthy&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_373 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L247xH236/2341234-92da0.png?1729016266' width='247' height='236' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je m'appelle Rosaline Mcarthy, de Freetown, la capitale de la Sierra Leone. J'&#339;uvre au sein du Forum des femmes de la Sierra Leone, notre organisation parapluie. Dans mon pays, les femmes constituent la majorit&#233; de la population pauvre et illettr&#233;e. Nous vivons dans une soci&#233;t&#233; patriarcale o&#249; toutes les d&#233;cisions, tant au sein de la famille que dans la soci&#233;t&#233;, sont prises sans que les femmes aient leur mot &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre termin&#233;e en 2002, notre organisation s'est engag&#233;e dans une campagne pour que les jeunes filles finissent leurs &#233;tudes, id&#233;alement jusqu'&#224; l'universit&#233; pour qu'elles contribuent au d&#233;veloppement national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous cr&#233;ons ainsi des espaces pour que les filles puissent &#233;tudier et vivre en s&#233;curit&#233;. On leur enseigne qu'elles ont des choix &#224; faire, qu'elles doivent apprendre &#224; conna&#238;tre leur corps et &#224; savoir comment dire &#171; non ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentement, nous faisons pression pour apporter des changements &#224; la constitution : droits &#224; la terre pour les femmes et au moins 30% de femmes dans les parlements des villes afin que leurs voix soient entendues lors des prises de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Amelia Morah Cooper&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_374 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L247xH239/1341-5-a6d88.png?1729016266' width='247' height='239' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mon nom est Amelia Morah Cooper, du Liberia. Je repr&#233;sente un groupe d'aide aux femmes et filles d&#233;savantag&#233;es cr&#233;&#233; en avril 2005 apr&#232;s la guerre, qui a pris fin en 2002. Nous nous engageons &#224; payer leurs &#233;tudes, nous leur apprenons l'agriculture, la couture, la cuisine pour qu'elles soient en mesure de faire de l'argent pour subvenir aux besoins de la famille. La violence sexuelle est &#233;lev&#233;e au Liberia. Nous sensibilisons donc aussi les femmes et les hommes sur ces questions, nous informons les femmes sur les ressources disponibles et nous les soutenons si elles veulent aller en cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Taylor [pr&#233;sident du Liberia de 1997 &#224; 2003] a men&#233; une guerre de pouvoir &#224; diff&#233;rentes factions de l'int&#233;rieur du pays, pour obtenir le contr&#244;le notamment sur les mines, le caoutchouc et l'or, dont notre pays est tr&#232;s riche. La paix est de retour au pays depuis 10 ans. Maintenant, c'est calme et on sent que nous allons vers des &#233;lections. Notre pr&#233;sidente, Ellen Johnson Sirleaf, sera bient&#244;t remplac&#233;e puisqu'elle a effectu&#233; deux mandats. Son gouvernement s'est efforc&#233; de mettre en place des politiques pour reb&#226;tir un syst&#232;me compl&#232;tement d&#233;truit par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, nous faisons partie d'un r&#233;seau r&#233;gional de femmes pour la paix, le Mano River Women Peace Network, comprenant le Liberia, la Sierra Leone, la Guin&#233;e et, depuis tout r&#233;cemment, la C&#244;te d'Ivoire. Par exemple, les femmes impliqu&#233;es dans les &#233;changes commerciaux transfrontaliers, domaine important pour les femmes dans cette r&#233;gion, ont besoin d'&#234;tre bien inform&#233;es de tous les protocoles aux fronti&#232;res. Sur le plan politique, nous offrons une aide &#224; l'enregistrement &#233;lectoral. Les femmes de notre r&#233;gion sont aussi pr&#233;occup&#233;es par les questions environnementales, &#233;tant donn&#233; l'importance de l'agriculture par exemple. Je conclurais en disant que la situation progresse dans notre pays depuis la fin de la guerre. L'engagement des femmes y a jou&#233; un grand r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Teddy Atim&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_375 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L247xH239/876576-b4421.png?1729016266' width='247' height='239' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je m'appelle Teddy Atim, je viens du nord de l'Ouganda, o&#249; le gouvernement a fait la guerre &#224; l'Arm&#233;e de r&#233;sistance du Seigneur &#224; partir de 1986. Une guerre connue pour les enl&#232;vements d'enfants, les d&#233;placements forc&#233;s, les mutilations et tous les types de crimes contre la population de cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, je me suis engag&#233;e dans l'action communautaire parce que des gens de ma famille furent victimes de cette guerre. Mais par la suite, c'est devenu une partie de moi-m&#234;me. En tant qu'universitaire, j'ai aid&#233; &#224; mener des &#233;tudes d&#233;taill&#233;es sur les femmes survivantes ayant connu des violences sexuelles trouvant leurs sources dans le conflit arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la guerre est termin&#233;e, les populations continuent d'en souffrir. Sans services de th&#233;rapie physique, d'op&#233;rations et de proth&#232;ses orthop&#233;diques, de r&#233;parations gyn&#233;cologiques, comment peut-on se refaire une vie et participer aux efforts de reconstruction du pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous documentons les cas de personnes gravement affect&#233;es par le conflit pour les pr&#233;senter aux autorit&#233;s locales, nationales et internationales. Les poursuites judiciaires contre les responsables et les r&#233;parations judiciaires sont essentielles, mais le besoin fondamental est d'abord la justice sociale et &#233;conomique. Une fois que les besoins socio&#233;conomiques seront remplis, alors les gens verront l'importance de l'aspect judiciaire. Nous devons ainsi &#233;quilibrer nos axes d'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; civile continue de faire son travail, mais avec beaucoup de prudence. Nous sommes surveill&#233;es, suivies et notre autorisation (licence) en tant qu'organisme peut &#234;tre r&#233;voqu&#233;e ou non renouvel&#233;e. La politique est li&#233;e aux pouvoirs d'argent, aux connexions que l'on poss&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, en raison du conflit, les gens ont perdu leurs moyens de vie et de survie, la structure communautaire qui soutenait les plus vuln&#233;rables s'est d&#233;sint&#233;gr&#233;e. Il n'existe pas de syst&#232;me de protection sociale, except&#233; celui des groupes de la soci&#233;t&#233; civile. Il arrive que des organisations alignent leurs actions en fonction du financement disponible. Or, nous devons au contraire &#234;tre motiv&#233;es par les besoins de la population, avec l'objectif d'op&#233;rer les changements n&#233;cessaires au plus haut niveau politique. Par ailleurs, il faut &#233;viter que l'argent se perde en route : si nous allons chercher de l'argent &#224; Ottawa, &#231;a va d'abord &#224; une grande organisation bas&#233;e au Canada. Puis c'est transf&#233;r&#233; &#224; Kampala, la capitale de l'Ouganda. Les diff&#233;rentes couches administratives accaparent une grande partie de l'argent. Pour une subvention de 10000$, au bout du compte, on ne verra que 2000$ pour r&#233;pondre aux besoins de la population.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une collaboration d'&#233;gale &#224; &#233;gale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Teddy, Rosaline, Albertine, Amelia et Godeli&#232;ve ont insist&#233; pour faire l'&#233;loge de leur partenariat avec le Harriet Tubman Institute2 de l'Universit&#233; York. Ces femmes sont devenues des militantes et des chercheuses au fil de ce partenariat. Il a &#233;t&#233; f&#233;cond dans de nombreux domaines tels que les m&#233;thodes d'intervention aupr&#232;s des victimes et la collecte de donn&#233;es qui pourront servir lors des d&#233;marches judiciaires et pour le soutien aux victimes, entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annie Bunting, directrice du Projet sur l'esclavage conjugal en temps de guerre (&lt;i&gt;Conjugal Slavery in War Project&lt;/i&gt;), d&#233;crit bien ce type de collaboration d'avant-garde dans la solidarit&#233; internationale : &#171; &lt;i&gt;L'une des dimensions les plus importantes de ce projet est de faire entendre les voix des survivantes et des communaut&#233;s affect&#233;es par les conflits au sein des d&#233;bats politiques aux niveaux national et international, ainsi qu'influencerles discussions universitaires entourant l'esclavage &#224; des fins de mariage forc&#233; en temps de guerre. En outre, notre objectif est de d&#233;velopper une compr&#233;hension plus profonde des pratiques d'enl&#232;vement de femmes et d'hommes pour l'esclavage conjugal en situation de conflits et de renforcer nos capacit&#233;s et nos connaissances en tant que chercheurs&#183;euses et prestataires de services. Je crois que l'aspect le plus innovateur de ce projet est la collaboration des historien&#183;ne&#183;s de l'esclavage et autres sp&#233;cialistes avec les chercheurs&#183;euses militant&#183;e&#183;s des communaut&#233;s qui, eux, recueillent et analysent les donn&#233;es. C'est un travail de d&#233;lib&#233;ration et de recherche lent fond&#233; sur la solidarit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mme Bunting explique en outre qu'un principe fondamental anime les partenaires : &#171; &lt;i&gt;l'importance d'&#234;tre des t&#233;moins engag&#233;s et solidaires par rapport aux atrocit&#233;s plut&#244;t que des observateurs d&#233;sengag&#233;s et culpabilisants face aux atrocit&#233;s-en-tant-que-spectacle comme il arrive souvent quand on agit en spectateur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour leurs prochains projets de recherche, le Harriet Tubman Institute&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Harriet Tubman (1820-1913), ancienne esclave afro-am&#233;ricaine, fut une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les groupes de femmes souhaiteraient avoir une meilleure connaissance des besoins des enfants n&#233;s du viol en temps de conflit. Devenus de jeunes adultes, quelle est leur situation ? Par ailleurs, les d&#233;marches judiciaires sont importantes, mais les besoins d'autonomie &#233;conomique des femmes doivent &#233;galement &#234;tre pris en compte dans le travail de terrain. Enfin, qu'en est-il des victimes masculines de l'esclavage conjugal et du mariage forc&#233; et du r&#244;le de la paternit&#233; en temps de guerre ou de paix ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Solidarit&#233; f&#233;minine pour la paix et le d&#233;veloppement int&#233;gral, qui &#339;uvre &#224; la promotion et la d&#233;fense des droits des femmes en RDC. Pour en savoir plus, lire notre entretien avec la pr&#233;sidente de SOFEPADI : &#171; Julienne Lusenge, pour la dignit&#233; des Congolaises &#187;, &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt;, no 66, octobre-novembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Harriet Tubman (1820-1913), ancienne esclave afro-am&#233;ricaine, fut une militante acharn&#233;e ayant lutt&#233; pour l'abolition de l'esclavage, pour le droit de vote des femmes et contre le racisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photos : Luisa Cruz &amp; G&#233;rald McKenzie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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