Y a-t-il un avenir pour les régions ? Un projet d’occupation du territoire

No 19 - avril / mai 2007

Roméo Bouchard

Y a-t-il un avenir pour les régions ? Un projet d’occupation du territoire

lu par Gaétan Breton

Roméo Bouchard, Y a-t-il un avenir pour les régions ? Un projet d’occupation du territoire, Montréal, Écosociété, 2006

Le mythe de la méchante grande ville

Il suffit d’aller faire un tour dans les régions du Québec pour sentir une angoisse presque palpable quant à leur avenir. Les régions se vident de leurs jeunes en grande partie parce qu’elles perdent les moyens économiques de les garder.

Là où le bât blesse, c’est quand on accuse finalement la Métropole de profiter, dans un égoïsme forcené, de tout le développement économique. D’abord, il faut dire que partout dans le monde, on revient à des systèmes économiques centrés sur les villes que l’on met en concurrence les unes avec les autres. Les grandes villes deviennent des mégalopoles où la richesse la plus éhontée côtoie une misère qu’on ne peut imaginer dans les « régions » (comme si les villes n’étaient pas dans des régions).

La question, crûment posée, serait : avons-nous encore besoin des régions, autrement que pour y chercher des matières premières ? Pourquoi devrions-nous occuper le territoire ? Surtout si ce territoire est ingrat. Évidemment, il est difficile de revenir en arrière. Il fut une époque où le développement de l’agriculture et des industries d’extractions de matières premières allait de pair avec le peuplement des régions. Aujourd’hui, l’agriculture est de plus en plus contrôlée par les multinationales et ne nécessite qu’une faible main-d’œuvre. Les industries liées aux matières premières sont cycliquement en crise — ne pensons qu’à notre industrie forestière qui fera subir aux populations dans les années qui viennent les contrecoups de sa boulimie de profits.

Quand Roméo Bouchard plaide pour redonner une voix aux régions, de quoi parle-t-il ? Premièrement, en termes de représentation politique, les régions sont surreprésentées par rapport à la région de Montréal. Deuxièmement, quand les pouvoirs sont décentralisés vers des instances régionales, on assiste souvent à une mise en péril des ressources au nom des intérêts des chambres de commerce locales cachées derrière les angoisses de l’emploi immédiat. Cela dit, le Québec est fondamentalement débalancé : la moitié de la population vit autour de la métropole et le reste est dispersé sur une énorme superficie. J’ai bien peur qu’il y ait peu de solutions à cette situation.

Parmi les facettes du problème : la propension de nos politiciens à ne penser qu’en termes de grands projets et leur soumission aux diktats de la mondialisation qui imposent la spécialisation des productions. Il existe, dans les régions, des gens ayant des projets qui, sans être méga, sont très intéressants mais ne rencontrent pas d’écoute parce qu’ils ne règlent pas tous les problèmes d’un seul coup.

Finalement, je serais assez d’accord avec Bouchard pour dire qu’un développement intéressant et durable peut se faire dans les régions. Nous devons toutefois arrêter de penser qu’il viendra de capitaux extérieurs qui arriveront avec leurs grosses machines pour régler les problèmes. Finies les Baie James et les Manic, qui n’ont fait que passer par-dessus la tête des populations locales en apportant quelques entrées de fonds bien éphémères. Le développement de l’énergie éolienne aurait pu être une occasion pour les régions, mais il semble que le gouvernement ait décidé de privilégier, encore, les multinationales qui vont utiliser encore les régions par-dessus la tête des habitants.

Ce qui ressort le plus des propositions de Bouchard serait que le nécessaire développement des régions en fonctions des besoins des citoyens (quel que soit leur lieu de résidence) ne peut se faire avec le type de gouvernement que nous avons (ça inclut éventuellement le PQ). La soumission de nos États à l’OMC ne peut entraîner qu’une exploitation des régions ou des villes, rien qui puisse satisfaire à long terme les besoins des populations. Dans les villes, la richesse se concentre entre quelques mains, dans les régions, elle est extraite par-dessus la tête des citoyens. La solution au problème posé par Roméo Bouchard implique donc nécessairement de penser le développement économique autrement, comme un instrument du développement humain et non pas comme une fin en soi.

La question des régions est cruciale et pose celle du type de développement et surtout de société que nous voulons, que ce soit dans les villes ou dans les campagnes. Ce « développement » devra certainement inclure à tous les niveaux, y compris le niveau décisionnel, les populations, qui ne sont pas plus consultées en ville qu’ailleurs.

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