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International

Vagues de libération pour Gaza

Transportant de l’aide médicale et morale pour Gaza, deux bateaux, l’un canadien et l’autre irlandais, ont été arraisonnés le 4 novembre 2011 par les forces israéliennes. Pourquoi ? Parce que n’entre pas qui veut dans la bande de Gaza : celle-ci subit un blocus depuis 2007. La raison ? Pour assurer la sécurité d’Israël, disent les autorités israéliennes. Bien entendu, le blocus de Gaza n’a rien à voir avec la sécurité d’Israël, il n’est qu’une des facettes de l’occupation des territoires palestiniens qui a commencé en 1967. En effet, pendant qu’Israël impose un blocus inhumain à Gaza, la colonisation s’étend sur de nouveaux terrains de la Cisjordanie, ce qui enfreint le droit international.

Gaza, pauvre Gaza… En plus du blocus israélien (illégal, a conclu le Conseil des droits de l’homme de l’ONU dans un rapport en 2010), Gaza se rem­­et toujours de janvier 2009, lorsque les bombes israéliennes ont fait 1 400 morts – dont 400 enfants – et 5 000 blessés, sans parler des infrastructures à rebâtir (garderies, écoles, universités, hôpitaux, etc.). Ces actions militaires ne sont pas des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité selon les autorités israéliennes, mais assurent la sécurité d’Israël. Pendant ce temps en Cisjordanie, la construction du mur de séparation se poursuit. Israël, invoquant une fois de plus sa sécurité, appelle ce mur une « barrière de sécurité ». Ce mur, déclaré illégal par la Cour internationale de justice, annexe de facto à Israël les meilleures terres et les nappes phréatiques de la Cisjordanie et poursuit la colonisation illégale de la Cisjordanie.

Selon la résolution 242 de l’ONU, la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est devraient former le territoire de l’État palestinien, mais le processus de paix, en cours depuis deux décennies (!), voile la réalité sur le terrain : pendant que l’on parle de paix sous les auspices d’Oslo, le nombre de colons israéliens en Cisjordanie a doublé. Ils sont plus de 500 000 aujourd’hui et leur présence divise la Cisjordanie en îlots déconnectés. Ces îlots sont ensuite reconnectés par un réseau routier pour Palestiniens seulement (!), puis déconnectés à nouveau par 600 checkpoints et barrages routiers. Ce portrait kafkaïen n’est pas complet : le réseau routier ultramoderne pour Israéliens seulement (!) permet aux colons d’aller passer une journée à la mer et rentrer chez eux sans jamais voir le moindre Palestinien, sans jamais être exposés à la ségrégation qui pourtant les entoure. Si l’on représentait ces îlots entourés d’eau (voir la carte ci-contre), la Cisjordanie ne serait qu’un archipel. Bref, la colonisation israélienne empêche la contiguïté territoriale requise pour l’établissement d’un État palestinien viable.

Le bateau canadien pour Gaza le Tahrir et le bateau irlandais le Saoirse  [1] ont le mérite d’attirer l’attention du monde entier sur la réalité du blocus de la bande de Gaza et de l’occupation de la Palestine. Ces bateaux ont vogué sous la bannière « Les vagues de libération pour Gaza », une campagne menée par des membres de la société civile pour contester les politiques illégales de l’État israélien. Les initiatives canadienne et irlandaise sont d’ailleurs conformes à la résolution 1860 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui favorise les initiatives citoyennes venant en aide à la population de Gaza, affectée par le blocus.

Les défenseurs d’Israël affirment que l’acharnement des militants à bord des bateaux pour Gaza cible injustement Israël, que d’autres injustices se produisent dans le monde, et que concentrer son attention critique sur Israël cache des intentions douteuses. Nous reconnaissons volontiers que d’autres injustices se produisent dans le monde, mais les États délinquants ne sont pas subventionnés à raison de 3 milliards $ par année par les États-Unis ni défendus inconditionnellement par des gouvernements comme le gouvernement Harper. En fait, les défenseurs d’Israël ont raison de dire qu’Israël n’est pas traité justement. Si Israël était traité de façon juste, l’aide économique et diplomatique cesserait et nos gouvernements diraient haut et fort qu’il est grand temps qu’Israël se conforme au droit international.

Les bateaux de « Vagues de libération pour Gaza », en s’approchant de Gaza, ont été contactés par les autorités israéliennes. À la question « Quelle est votre destination ? », un délégué à bord du bateau canadien, le poète Ehab Lotayef, a répondu : « Notre destination est la conscience de l’humanité. » En faisant appel à notre conscience, ces bateaux se sont rendus à bon port.

ARTICLE ÉCRIT PAR
P.-S.

Ce texte est écrit par un collectif d’auteurEs :

  • Paul Ahmarani, acteur
  • Sylvain Bélanger, directeur général et artistique
  • Bachir Bensaddek, cinéaste
  • François Bernier, comédien et auteur
  • Sylvie De Morais, comédienne
  • Philippe Ducros, directeur artistique
  • Martin Faucher, metteur en scène
  • Mathieu Girard, musicien
  • Raymond Gravel, prêtre et ex-député Ottawa
  • Malcolm Guy, réalisateur et producteur
  • Hugo Latulippe, cinéaste
  • Marie-Laurence Moreau, comédienne
  • Anne-Marie Olivier, comédienne et auteure
  • Carole Poliquin, réalisatrice
  • Émile Proulx-Cloutier, comédien
  • Annie Roy, cofondatrice de l’Atsa

NOTES

[1] Tahrir et Saoirse sont les mots arabe et gaélique pour « libération ». Le Tahrir a été nommé en référence à la place Tahrir, au Caire, occupée en janvier et février 2011 par le peuple égyptien, qui a exigé et obtenu le départ d’Hosni Moubarak.

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