Serons-nous la dernière génération à vieillir ?

Dossier : Vieillir

Dossier : Vieillir

Serons-nous la dernière génération à vieillir ?

Que réservent les changements climatiques à la longévité humaine ? En affectant d’abord les personnes âgées, l’augmentation du nombre d’épisodes de canicule et l’accroissement de la pollution risquent-ils de contribuer à réduire l’espérance de vie ? La réponse à ces questions nous apparaît avec des contours de plus en plus nets.

Paris, août 2003. Le thermomètre atteint les 40 °C. Tout est lourd. Sur fond d’assassinat de Marie Trintignant, l’ambiance est moite et sinistre. Les fontaines de la ville sont en ébullition. Les piétons cherchent l’ombre ou s’engouffrent dans les stations de métro ; les terrasses sont désertées.

Au lendemain de cette canicule historique, ventilateurs et cercueils sont en rupture de stock et la France fait la funeste comptabilité de ses morts. Après les porcs et les lapins, les personnes âgées sont les premières victimes : coups de chaleur, hyperthermie, déshydratation. Selon l’Institut national de la santé, on dénombre 14 802 morts, dont un taux de surmortalité de 40 % chez les sujets âgés de 55 à 74 ans. Les 70 % de surmortalité pour la tranche d’âge de 75 à 94 ans représentent 22 % du nombre total de décès.

Montréal, 2010. Pas moins de 106 personnes décèdent pendant la canicule de juillet. Moyenne d’âge des victimes : 75 ans.

Juillet 2018. Allons au plus court : la majorité des 90 décès se compte parmi les personnes âgées.

En somme, selon la Directrice régionale de santé publique de Montréal, les personnes qui sont le plus à risque de mortalité, lorsque frappe une canicule, sont âgées de plus de 65 ans.

Bien que la preuve de liens directs entre les aléas de la température et le réchauffement planétaire ne soit pas toujours établie, ces variations climatiques ont des conséquences indéniables sur la sécurité, la santé et la vie des personnes âgées : canicules, mais aussi inondations, incendies, froids extrêmes, etc.

L’année dernière, Montréal a connu un hiver caractérisé par la persistance d’une couche de glace sur les trottoirs. On a noté une hausse des chutes, plus marquée chez les personnes âgées.

Le grand méchant smog

La pollution a elle aussi son rôle à jouer dans l’abrègement de la longévité. Au Canada, l’un des pays les mieux classés concernant l’impact des particules fines sur la santé, on note une réduction de trois mois, en moyenne, sur l’espérance de vie des citoyen·ne·s. À l’autre bout du spectre, en Chine et en Inde, la pollution fait 4 millions de morts par année, retranchant 10 ans à l’espérance de vie des habitants. À Marseille, où les seuils d’alertes de pollution atmosphérique sont régulièrement dépassés, cette réduction est évaluée à huit mois.

Certes, la pollution de l’air, de même que les autres fléaux qui nous accablent avec de plus en plus de virulence, n’épargnent et n’épargneront personne. Mais comment les dirigeants prévoient-ils protéger en particulier les aîné·e·s, plus vulnérables ?

En amont, en matière de limitation des gaz à effet de serre et dans l’optique d’un virage décroissantiste, des politiques rigoureuses s’imposent. Or, rien ne se trouve encore dans les cartons des gouvernements à ce sujet.

En aval, mettre à contribution les personnes âgées dans l’élaboration de mesures de soutien en fonction de leurs limitations permettrait la pleine reconnaissance de leurs capacités en tant qu’acteurs et actrices dans les politiques de réduction des risques.

En bref, la longévité est liée à des conditions de vie désormais précarisées par les bouleversements climatiques. Vieillir, on le sait, est un privilège et le sera de plus en plus, car le droit à une vieillesse paisible et en santé semble peu à peu compromis par l’avenir incertain de la planète.

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème