Dossier : Changements climatiques - L’urgence d’agir

Renouvelable vs nucléaire : où est l’avenir ?

Michel Duguay

Le secteur nucléaire a depuis 1990 une capacité de production électrique d’environ 350 gigawatts (GW) qui, au mieux, se maintiendra jusqu’en 2020, pour ensuite diminuer graduellement vers zéro en 2050. Les énergies renouvelables, c’est-à-dire éolienne et solaire photovoltaïque (PV), sont depuis 10 ans en expansion rapide ; en 2013, leur production électrique avait atteint un tiers du nucléaire, vieux de 50 ans. Comme les prix et l’intérêt des investisseurs favorisent maintenant le renouvelable, dont le potentiel est énorme, c’est lui qui offre la meilleure possibilité de contrôler les changements climatiques.

Contexte historique économique

Chaque année, les auteurs et analystes Mycle Schneider et Antony Froggatt, basés à Paris et à Londres respectivement, en collaboration avec leur équipe multinationale, publient un important document de synthèse intitulé cette année le World Nuclear Industry Status Report 2014 (WNISR 2014). Ce rapport donne l’historique des énergies nucléaire, éolienne et solaire et fait des prédictions jusqu’en 2050.

Depuis 1990, la courbe de la production d’électricité nucléaire plafonne et descend lentement de son sommet de 2 600 térawattheures (TWh) atteint en 2006, pour se situer à 2 360 TWh produits en 2013, soit une diminution d’environ 1 % par année. Les courbes pour les énergies éolienne et solaire sont, elles, en augmentation depuis l’an 2000 à un rythme moyen de 25 % par année.

Par ailleurs, un réacteur nucléaire vieillit assez rapidement à cause de plusieurs phénomènes de corrosion des matériaux. Pour les réacteurs conçus dans les années 1960 et 1970, l’espérance de vie était de 30 ou 40 ans. Comme l’âge moyen des réacteurs nucléaires est d’environ 28 ans, le rapport WNISR 2014 prédit un déclin assez rapide du nucléaire après 2020.

Les investisseurs au cours de la dernière décennie ont investi environ 10 fois plus d’argent dans l’éolien et le solaire que dans le nucléaire. Dans le rapport WNISR 2014, on voit qu’en 2011 les investissements mondiaux en panneaux solaires PV ont été d’environ 150 milliards de dollars (G$), 80 G$ dans l’éolien et 10 G$ dans le nucléaire. À la suite de la catastrophe de Fukushima, des pays comme l’Allemagne, l’Italie, la Suisse et la Belgique ont décidé d’abandonner l’énergie nucléaire. L’une des conséquences des catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima est que les mesures de sécurité exigées par les organismes de sûreté nucléaire ont fait augmenter les coûts de l’électricité nucléaire au-delà des coûts des énergies renouvelables. En octobre 2012, Hydro-Québec publiait un rapport sur les aspects économiques de la réfection de Gentilly-2 et chiffrait à un peu plus de 12 cents le prix de production d’un kilowattheure si le projet allait de l’avant. Or, dans un article récent paru dans la revue Renewable Energy [1], on évalue le coût du kilowattheure solaire PV à 10 cents au Canada. Dans les deux dernières décennies, le coût du solaire PV a toujours diminué, alors que celui du nucléaire n’a cessé d’augmenter.

Émissions de gaz carbonique CO2

Une grande inquiétude accompagne maintenant les émissions de gaz carbonique de CO2 dans l’atmosphère, présentement au niveau de 36 milliards de tonnes par année, ce qui correspond à environ 10 milliards de tonnes de carbone, parce que la molécule de CO2 est 3,67 fois plus lourde que l’atome de carbone. S’il fallait fermer toutes les centrales nucléaires maintenant et générer les 2 360 TWh manquants à partir du gaz naturel, cela ajouterait environ deux milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Le nucléaire réduit les émissions de CO2 de 2 gigatonnes (GT) par année, ou une demi-gigatonne de carbone par année. Cela représente seulement 5 % du total de 10 Gt de carbone émis dans le monde par année. Comme le nucléaire est en déclin, ce n’est manifestement pas lui qui nous sauvera des changements climatiques.

En ce moment, l’éolien et le solaire produisent annuellement environ 616 et 114 TWh respectivement, soit 730 TWh au total, ce qui équivaut à 31 % des 2 360 TWh nucléaires. Au rythme d’augmentation de 25 % par année, ces 730 TWh doubleront en trois ans et dépasseront le nucléaire d’ici six ans, soit 2020. Toujours à ce rythme de 25 % par année, d’ici 2030, le solaire et l’éolien combinés pourraient satisfaire plus que la moitié des besoins en énergie électrique dans le monde. Ce n’est pas suffisant. Il faudra de plus que la majorité du transport s’alimente à l’électricité. Si l’on combine cela avec des mesures de conservation et d’efficacité énergétique, on pourra réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici 2030-2040, ce qui pourrait limiter l’augmentation de la température globale à moins de 2 °C.

P.-S.

Photo : Fabrication de pales d’éoliennes par la compagnie danoise Lm Glassfiber à Gaspé. D’ici 2030, le solaire et l’éolien combinés pourraient satisfaire plus que la moitié des besoins en énergie électrique dans le monde. G McKenzie

NOTES

[1] Morgan Bazilia et coll., « Re-considering the economics of photovoltaic power  », Renewable Energy, vol. 53, mai 2013, p. 329-338.

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