Dossier - Queer : une révolution

Présentation du dossier du numéro 93

Queer : une révolution flamboyante

En kiosque le 30 septembre

Philippe de Grosbois, Eve Martin Jalbert, Alexis Ross

Le numéro 93 et son dossier « Queer : une révolution flamboyante » seront lancés le jeudi 6 octobre prochain, à partir du 18h, au café Reine Garçon (611 Duluth est, Montréal). Détails ici !

Les révolutions ne sont pas toujours télévisées ; elles n’ont pas moins lieu. C’est bien le cas de la révolution queer. Les luttes et les transformations en cours s’acharnent à rendre révolus les systèmes hétérocis et patriarcal, et, à travers une multitude d’alliances, participent au renversement de bien d’autres systèmes encore. Au fond, les tribuns conservateurs n’ont pas complètement tort quand ils annoncent que « les revendications queers menacent toute la civilisation telle qu’on la connaît ». Ces luttes sont porteuses de transformations sociales aussi fondamentales que globales. Nous savons ces transformations nécessaires, généreuses et profondément joyeuses.

La révolution queer renouvelle nos manières de penser et de percevoir nos relations à nous-mêmes, à notre corps, à nos désirs, aux autres, au monde. Elle ouvre des possibilités, transgresse les normes et brouille les frontières, laisse la place aux envies d’être et d’appartenir, là où le monde straight limite les possibles, forge des normalités, érige des murs et cristallise des oppositions et des hostilités. La révolution queer refuse toutes ces divisions sociales qui ne sont que prétexte à la hiérarchisation, à l’isolement et à l’exclusion des manières d’être marginales.

Elle multiplie, bien sûr, les manières dont tou·tes et chacun·e peuvent vivre leur genre et leur sexualité, et plus largement nouer des relations entre elleux. Ce faisant, elle réinvente la langue et les représentations pour dire toutes ces réalités pas si nouvelles, mais encore choquantes pour certain·es. Elle exige aussi de revoir de fond en comble des normes et des pratiques sociales inscrites jusque dans l’État, ses lois et les droits qu’il daigne nous accorder, jusque dans la manière dont nous fixons les rôles sociaux et les bénéfices qui reviennent à chacun·e.

La révolution queer, donc, est et sera inévitablement faite de luttes. Fidèles à elles-mêmes, ces luttes queers ne sont jamais cantonnées à leurs petites affaires, mais sont marquées par les solidarités, par la sensibilité à ce qui nous rassemble ou aux manières dont nos élans peuvent s’entrecroiser. Les luttes queers débordent d’elles-mêmes pour se lier aux combats féministes, bien sûr, mais aussi décoloniaux, antiracistes, écolos, anticapitalistes. Autrement, la révolution queer ne serait ni révolutionnaire ni queer.

Le présent dossier se divise donc en deux grandes parties : la première aborde les manières dont la révolution queer fout le bordel dans les normes sexuelles et de genre ; la seconde montre comment cette révolution peut tisser des liens avec les autres.

Elle a beau se jouer en partie dans l’ombre, la révolution queer ne suscite pas moins son lot de réactions hargneuses et violentes de la part de celleux qui voudraient préserver à tout prix les certitudes et les privilèges que leur confèrent les normes sexuelles et de genre. Puissants chez nos voisin·es du sud et dans certains pays d’Europe, ces contrecoups réactionnaires sont aussi présents chez nous. Les attaques législatives contre les personnes trans et non binaires se multiplient ; la droite se porte à la « défense » des enfants contre les drag queens et autres « prédateur·trices sexuel·les » qui les menaceraient ; les puristes grincheux·ses de la langue française s’insurgent que celleux qui parlent la langue la fassent évoluer pour nommer l’innommé et répondre à nos besoins d’inclusion. Malgré tout cela, nous avons choisi dans ce dossier de ne pas nous étendre sur ce backlash. Nous avons préféré redonner la parole à celleux qui sont visé·es par cette contre-attaque pour mettre en lumière, au-delà de la version distordue qu’en donne une droite obtuse et omniprésente, les aspirations qui animent une révolution en marche. 

Dossier coordonné par Philippe de Grosbois, Eve Martin Jalbert et Alexis Ross 

Illustré par Collages Féminicides Montréal

Avec des contributions de Jade Almeida, Élyse Bourbeau, Arianne Des Rochers, Eve Martin Jalbert, Geneviève Labelle, Laurie La Fée Perron, Pierre-Luc Landry, Judith Lefebvre, Mélodie Noël Rousseau, Alexandra Turgeon et Joshua Whitehead

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