Dossier : Racisme au Québec. (...)

Dossier. Racisme au Québec : Au-delà du déni

Onickakw !

En 2008, Sipi Flamand conduit des recherches par ses propres moyens sur les habitudes de consommation de sa communauté. Il se déplace au dépotoir, documente le gaspillage et l’accumulation de déchets qui détruisent la nature. Il se questionne sur les causes de cette surconsommation et de la pollution alors qu’il considère les peuples autochtones comme étant de grands défenseurs de l’environnement et de grands écologistes.

En 2012, le mouvement Idle no More se lève, mais il a l’impression que sa communauté ne suit pas l’appel, qu’elle accepte ce qui se passe sans réagir. Il décide alors d’écrire ce manifeste afin de « réveiller les jeunes et les gens en général quant à leur responsabilité face au territoire » (« onickakw ! » signifie « réveillez-vous ! » en atikamekw). Il croit que cette nouvelle génération est plus ouverte et consciente des causes historiques des maux de sa communauté – les réserves, les pensionnats, le changement forcé de mode de vie, la Loi sur les Indiens – et que ce sont eux qui doivent transformer leur communauté et sensibiliser les générations précédentes. « Pour changer sa vision des choses, il est nécessaire de reconnaître son passé. »

Sipi Flamand prépare actuellement un court métrage avec la Wapikoni mobile qui sera diffusé en 2017.

ONICKAKW !

Regardez ce que nous a prêté notre Mère la Terre.
Un immense territoire où nos ancêtres ont vécu.
Notre territoire était la maison, le garde-manger et la pharmacie de notre peuple.
C’est sur cette terre qu’ils se sont civilisés en harmonie avec la nature.
Ils se sont joints à leurs frères et sœurs dans la forêt, qui leur donnait la vie afin de subvenir à leurs besoins.
Où en sommes-nous rendus ?
Les déchets, est-ce vraiment ce que nous voulons montrer à notre Mère la Terre pour dire que nous l’aimons ?
Quel respect !
Les consommateurs que nous sommes devenus sont dépendants de la société occidentale.
Pourtant, ce n’est pas de cette façon que nos ancêtres vivaient.
Je ne dirais pas que cela est dû à l’évolution de notre peuple, mais bien à la lâcheté !
La prochaine génération ne pourra plus vivre de chasse ni de pêche, car nous ne faisons rien pour défendre notre territoire.
Notre Mère la Terre est en train de se faire massacrer et nous contribuons à cette destruction.
Cet écocide est en train de tuer notre peuple au profit des capitalistes.
On nous a mis dans des réserves pour que l’on cesse de bouger, de vivre.
Je peux affirmer que c’est aussi pour nous cacher du reste de la société.
Comme si nous étions une menace pour leur développement, alors que c’est notre culture qui est en danger.
L’injustice qui découle de la Loi sur les Indiens est en train de nous tuer.
Voilà comment ils nous remercient de les avoir accueillis.
L’argent, maintenant indispensable pour vivre et même pour survivre, est en train de nous étrangler : une contribution du Canada pour nous faire anéantir.
C’est tout un mode de vie qui a été perturbé.
L’alcool, la drogue et l’absence d’éducation dans la communauté entraînent des problèmes.
Nous sommes des oubliés de la société.
On nous traite de profiteurs, alors que ce n’est pas ce que nous sommes.
Que dire des pensionnats, qui ont dénudé notre peuple et nos traditions, de ce dénuement qu’il ne faut pas oublier ?
Nous avons toujours été un peuple autonome et indépendant, fier de son histoire et de ses origines.
Nous n’avons jamais eu besoin de personne et encore moins d’un gouvernement pour nous dire quoi faire, quoi penser, où et comment vivre.
Non !
Nous vivons libres, selon nos lois et nos traditions, sur les territoires qui nous ont été légués par nos ancêtres et que nous voulons et devons transmettre à nos enfants.
Malgré des conditions difficiles, nous avons toujours réussi à vivre, à prospérer, à nous épanouir, à être heureux.
Il n’y a pas de raisons pour que cela cesse tout à coup.
Que se passe-t-il ?
Il nous faut à tout prix retrouver notre liberté.
Fini l’inertie !
Réveillez-vous les jeunes !
Il faut défendre notre Mère la Terre et la cause de nos grands-parents et parents.
Allez chercher les jeunes des autres communautés afin de nous unir et de marcher ensemble, car l’union fait la force pour défendre une cause.
Montrez que l’unité est bien présente.
Plus nous serons nombreux, plus nous serons forts.
Battez des tambours et criez pour nous, pour l’avenir de nos peuples.
Marchez aussi longtemps que vous le pouvez.
Ce n’est pas maintenant qu’il faut céder.
Dansez tant que vous le pouvez !
Faites entendre la voix des jeunes, la voix de l’avenir !
Faites bouger la communauté, le territoire, le pays et le continent !
Soyez fiers d’être Atikamekws !
Soyez fiers d’être membres des Premières Nations !

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème