Ne sommes-nous pas Québécoises ?

No 81 - novembre 2019

Rosa Pires

Ne sommes-nous pas Québécoises ?

Rosa Pires, Ne sommes-nous pas Québécoises ?, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 2019.

La Loi sur la laïcité de l’État contribue à élargir le fossé qui sépare une minorité déjà stigmatisée d’une frange élargie de la population francophone désormais autorisée à considérer le voile, et de façon plus large l’altérité, comme un problème dans l’espace public. Dans le débat acharné entre des groupes solidement campés sur leurs positions, la voix des femmes issues de l’immigration a très peu été entendue. C’est ce silence que l’ouvrage de Rosa Pires permet de rompre. En donnant la parole à dix féministes de deuxième génération issues de l’immigration et en puisant dans sa propre histoire, Pires explore le rapport à la citoyenneté et à l’identité des femmes immigrantes et racisées dans le contexte particulier du Québec. En prenant appui sur la notion d’intersectionnalité des oppressions, elle aborde la place de ces femmes devant l’omniprésence d’un « féminisme blanc » longtemps lié à la question nationale et à la lutte des classes et peu ouvert à l’intégration des combats propres aux femmes racisées. Aussi, les femmes se prononcent sur leur position ambivalente en ce qui concerne l’incontournable question nationale dans un cadre où « le débat national est […] occupé par deux citoyennetés en concurrence qui rendent inaudible une diversité de voix québécoises ». En explorant les particularités et les défis de l’intégration à la citoyenneté québécoise de ces femmes, Pires fait ressortir les moments de dissonance profonde et le choc identitaire qu’ont été pour elles la déclaration de Jacques Parizeau sur le vote ethnique et surtout la Charte des valeurs défendue par le Parti québécois. Les conséquences de ces chocs sont diverses, mais l’ouvrage nous permet de comprendre que la contribution des femmes issues de l’immigration dans la construction des mythes et de l’histoire de la nation fait partie des éléments essentiels à la redéfinition d’un projet de société plus égalitaire.

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