Mon amusant et brillant professeur

No 65 - été 2016

Féminisme

Mon amusant et brillant professeur

Il est répandu dans le monde universitaire québécois de permettre aux étudiant·e·s d’évaluer, sous différents aspects, la qualité des enseignements donnés par leurs professeur·e·s ou par les personnes chargées de cours par le recours à des questionnaires standardisés. À cela s’ajoutent les sites d’évaluation d’enseignement en ligne comme RateMyProfessors.com.

On ne peut nier l’importance de la considération de l’avis des étudiant·e·s. Pour les enseignant·e·s, il s’agit là d’une occasion formidable « de prendre connaissance des impressions et des attentes de leurs étudiant·e·s. Cette source inestimable de données permet des ajustements et une régulation dans l’acte d’enseignement.

Toutefois, des études récentes sur la structure de ces évaluations étudiantes doivent nous conduire à un réexamen de la signification qu’on leur accorde et à une plus grande méfiance quant à l’interprétation qu’on leur donne. Les exemples de deux études qui mettent en perspective des biais de genre militent en faveur de notre thèse.

L’étude du langage dans le cas de « Rate My Professors » [1]

Il s’agit d’une visualisation interactive qui permet d’explorer les mots utilisés pour décrire les enseignants masculins et féminins à partir de données d’environ 14 millions d’évaluation de professeur·e·s tirées de RateMy Professors.com. Ce site, réservé exclusivement à des évaluations

La visualisation interactive permet de questionner une banque de données selon le sexe, la discipline et l’intention positive ou négative des utilisateurs. Ainsi, on y apprend que l’on qualifie comme « intéressant » plus souvent les hommes que les femmes et que, pour les hommes, c’est plus souvent dans le cadre d’une évaluation positive. On peut aussi constater que les utilisateurs étaient deux à trois fois plus susceptibles d’utiliser les qualificatifs « brillant » ou « génie » pour décrire les professeurs masculins. Il s’agit d’évaluations spontanées, mais on peut penser que ces biais se reproduisent dans des évaluations étudiantes institutionnelles.

L’étude de la classe en ligne [2]

Conscients de l’évidente difficulté de cacher le sexe des enseignant·e·s dans une classe, les auteurs ont décidé de faire cette étude dans le contexte de l’enseignement en ligne. Un enseignant et une enseignante se sont réparti quatre groupes. Chacun enseignait à un groupe sous sa propre identité et l’autre, à l’insu des étudiants, sous l’identité de l’enseignant du sexe opposé. Les deux enseignant·e·s ont coordonné et synchronisé leurs méthodes d’enseignement et de correction. Les étudiant·e·s ont évalué l’identité masculine de manière significativement plus élevée que l’identité féminine, et ce, indépendamment du sexe réel de l’enseignant.

On pouvait le savoir intuitivement, les enseignantes ne sont pas évaluées de la même manière que leurs collègues masculins. Il faut maintenant s’assurer que les instances universitaires tiennent compte de ce biais sexiste !


[1B. M. Schmidt, « Gendered Language in Teacher Reviews », février 2015. En ligne : <http://benschmidt.org/profGender/ > .

[2L. Macnell, A. Driscoll, A. Hunt, « What’s in a Name : Exposing Gender Bias in Student Ratings of Teaching », Innovative Higher Education, vol. 40, no 4, août 2015, p. 291-303. »

Thèmes de recherche Education et enseignement, Féminisme
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