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Mes premiers ateliers au Forum Social Mondial de Tunis

29 mars 2013, Philippe de Grosbois

J’aurais aimé écrire plus tôt, mais les jours défilent rapidement, et les soirées aussi…

Mardi 26 mars avait lieu la grande marche d’ouverture du Forum Social Mondial. Des dizaines de milliers de personnes, assurément, mais je n’ai pas vu de chiffre officiel. Des bannières de toutes les couleurs, des slogans de toutes origines. La délégation québécoise, bien sûr, a entonné ses propres « grands succès », y compris un ou deux « Charest woohoo  ». Certain.e.s s’étaient aussi achetés des mini-casseroles. Un long parcours de 10 km, où on avance à pas de tortue. Après un bon 3 heures de marche, on apprend que nous avons à peine fait la moitié du chemin et on réalise qu’il nous faudra probablement faire le 10 km du retour à pied également, puisque taxis et voies de circulation sont bondés. Même les plus habitué.e.s aux manifestations nocturnes du printemps 2012 ont décidé de rebrousser chemin, c’est dire.

Mercredi 27 mars, début des ateliers. Avec l’abondance d’activités et de gens, il faut se débrouiller dans un certain chaos. Les indications ne sont pas toujours très évidentes, au début en tout cas. Mon premier atelier n’avait pas de présentateur ni de présentatrice, nous avons donc improvisé une discussion entre membres de l’auditoire.

Mon deuxième atelier de la journée était celui auquel participait la FNEEQ, et dans lequel j’intervenais en tant que Prof contre la hausse. J’ai donc eu l’honneur de présenter le « Printemps érable » dans le cadre de présentations sur les luttes contre le néolibéralisme en éducation. Mon exposé était peut-être un peu trop descriptif et j’aurais préféré me rapprocher davantage du propos des autres intervenants en abordant davantage les critiques des carrés rouges à l’égard de la marchandisation de l’éducation, mais j’espère plusieurs ont pu en apprendre sur cette exceptionnelle contestation que nous avons connue. Les présentations du syndicat français SUD Éducation nous ont montré que nous étions confrontés à des menaces très semblables de part et d’autre de l’océan Atlantique.

Le troisième atelier de la journée portait sur le renouveau du syndicalisme. Des représentants de syndicats de Tunisie (UGTT), de Belgique (FGTB), de France (CGT), du pays basque, du Brésil (CUT), du Congo, mais aussi du Québec (Jacques Létourneau de la CSN et Daniel Boyer de la FTQ) sont intervenus.

Les présentations ont pu nous montrer l’ampleur des défis qui attendent les syndicats, non seulement devant la crise économique, les mesures d’austérité et le rétrécissement progressif de l’espace démocratique, mais aussi en raison du très faible nombre de réponses originales que les représentant.e.s étaient en mesure de fournir à ces problèmes. À leur décharge, il faut reconnaître que la forme des ateliers (huit interventions d’une dizaine de minutes chacune) empêchait l’approfondissement des enjeux. Cela dit, nous avons eu droit à bon nombre de voeux pieux de la part de plusieurs intervenants (« il faut revoir notre projet de société », « il faut renforcer nos alliances avec la société civile », « les jeunes sont l’avenir du mouvement syndical  », etc.), ou encore, comme c’est trop souvent le cas de la part du mouvement syndical (et, apparemment, pas seulement au Québec), à des tentatives d’autojustification plutôt que d’autocritique. Chaque représentant semblait bien fier d’avoir participé au soulèvement de sa société, mais en reconnaissant rarement que les syndicats ont fréquemment été dépassés par l’ampleur de l’indignation des dernières années, et parfois même critiqués par leur propre base pour leur lenteur ou leur modération [1].

Tout de même, la représentante du syndicat basque a parlé de rompre avec le dialogue social (ce qu’on appellerait probablement la concertation ou le partenariat) ; celle du syndicat brésilien (7 millions de membres) a montré le rôle du mouvement syndical dans l’accession au pouvoir du Parti des travailleurs ; Jacques Létourneau a évoqué les nouvelles pratiques militantes qui ont émergé durant le Printemps érable et invité à se demander pourquoi celles-ci ne se manifestent pas à l’intérieur du syndicalisme ; enfin, plusieurs ont mentionné le défi que représentait la précarisation du travail et la croissance du secteur informel.

Mais trop souvent, plusieurs représentants laissaient deviner qu’ils percevaient encore que le syndicalisme est LE vrai mouvement social central (comme à l’époque du marxisme orthodoxe, selon lequel la lutte des classes supplante toutes les autres). Le représentant belge parlait de la nécessité de développer, chez les jeunes, « un sentiment d’adhésion à nos valeurs » (ça m’a fait penser à l’armée). Jacques Létourneau a soutenu qu’il fallait « parler au nom des travailleurs non-syndiqués » (et non les aider à parler de leur propre voix ?). Quant à Daniel Boyer de la FTQ, il a affirmé la nécessité « d’entendre toute personne, parce que toute personne est soit un travailleur, soit un futur travailleur, soit un ex-travailleur » (on est loin de la fin du travail...). Les interventions de l’auditoire nous ont permis d’ouvrir vers de nouveaux horizons, notamment lorsqu’un Catalan a affirmé que « dans une société juste, le syndicalisme n’existerait pas parce qu’il ne serait pas nécessaire  ». Voilà de la bonne nourriture pour le cerveau, et pour le mouvement syndical.

NOTES

[1] « La grève étudiante est devenue une lutte sociale, une dénonciation des politiques néolibérales », a dit Daniel Boyer de la FTQ. On aimerait entendre la FTQ tenir un tel discours ailleurs qu’en Tunisie !

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