No 17 - déc. 2006 / jan. 2007

Alain Badiou

Logiques des mondes

lu par Alexandre Costanzo

Alain Badiou, Logiques des mondes (L’être et l’événement, tome II), Seuil, Paris, 2006.

Les vérités d’Alain Badiou

« Il n’y a que des corps et des langages » : telle serait, selon Alain Badiou, la formule identifiant notre monde et sa consistance nihiliste. Cette formule ne vient pas simplement résumer ce qu’est le temps présent dans l’irréductibilité d’un « ce qu’il y a » : nos vies, nos corps, nos passions, nos façons d’être, de désirer et de penser, la manière, pour le dire autrement, dont se structure et s’éprouve la réalité. Au-delà de cela, cette formule fige surtout la puissante idéologie induisant pour chacun l’ordre du possible et celui de l’impossible. Car précisément il y a autre chose, que le temps présent vient forclore dans l’évidence et dans l’irréductibilité du « ce qu’il y a », nous dit Alain Badiou, et c’est « ce qu’il n’y a pas », soit des « vérités suspendues entre le vide et l’événement pur », des vérités comme autant d’exceptions à cet ordre. Ces vérités sont tout simplement ces événements qui viennent donner un sens à une existence : une rencontre amoureuse ici, des créations artistiques ou scientifiques là, ou encore l’émancipation politique. Alors ces Logiques des mondes se proposent de donner formellement chair à ces vérités, en assumant quelque chose comme une injonction de l’ouvert. Ce livre s’impose ainsi sans doute comme la plus puissante œuvre philosophique contemporaine, inscrivant donc du même coup, pour paraphraser Gilles Deleuze, « un acte de résistance ».

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème