Dossier : Cégeps – 50 ans d’existence

Dossier : Cégeps. 50 ans d’existence

Les filles ont le goût du cégep

La création des cégeps a été favorable aux filles, lesquelles s’y sont engagées de façon rapide et déterminante : alors qu’au début des années 1960, elles ne constituaient que 14% des effectifs des collèges classiques, elles représentent déjà 25% de la population étudiante au début des cégeps, 49,4% dix ans plus tard et 57,7% à la rentrée d’août2016 [1]. Cela a pu se faire, entre autres, parce que le taux de réussite au secondaire est plus élevé chez les filles que chez les garçons.

Si les filles ont investi massivement l’éducation, c’est que les cégeps leur ont permis d’élever leurs aspirations scolaires. Comme les métiers bien rémunérés de col bleu demandant généralement peu de scolarité étaient difficiles à percer, elles ont compris que c’est par l’école qu’elles amélioreraient leur sort, du point de vue salarial mais aussi professionnel.

La présence au cégep de programmes donnant accès à des métiers traditionnellement occupés par les femmes, comme les soins infirmiers et la bureautique, a permis d’augmenter le niveau de formation dans ces métiers et de les valoriser professionnellement. Cela a ainsi encouragé les filles à s’inscrire au cégep pour ces métiers, mais aussi pour d’autres qu’elles n’auraient pas soupçonné leur être accessibles.

Dans le corps enseignant, la présence des femmes comme professeures au cégep a progressé beaucoup plus lentement : elles ne constituent que 35,1% du personnel enseignant en 1981-1982 [2]. C’est en partie grâce au travail des comités de la condition féminine, principalement syndicaux, et à des programmes d’accès à l’égalité qu’elles deviennent de plus en plus nombreuses, de sorte qu’en 2013-2014, on compte 54,5% d’enseignantes dans le réseau [3]. On peut avancer que leur présence a contribué à une culture de collégialité égalitaire qui a teinté les cégeps.

Encore des progrès à faire sur le marché du travail

Étant plus scolarisées – et la politique familiale du Québec aidant – les femmes ont vu leur situation sur le marché du travail s’améliorer. Deux gros problèmes persistent cependant : le salaire et la qualité des emplois. Avec un même diplôme collégial ou universitaire (baccalauréat ou maîtrise), les femmes gagnent toujours grosso modo 10% de moins que les hommes, sur une base horaire, et 30% de moins sur une base annuelle [4]. De plus, les femmes diplômées occupent plus souvent un poste à temps partiel ou temporaire.

Des luttes sont également à mener pour des milieux d’études sécuritaires. Des dénonciations récentes révèlent que la vie collégiale n’est pas exempte de violence sexuelle. Des mesures efficaces doivent être prises pour assurer l’intégrité et la sécurité des femmes. Nous attendons des cégeps qu’ils soient des milieux de vie où la culture de l’égalité et de l’amitié entre les hommes et les femmes est parfaitement intégrée.

Soulignons pour terminer que, dans le contexte d’austérité actuel, avec la précarisation des emplois et les suppressions de postes, on peut craindre des reculs dans les aspirations scolaires des filles. Voilà pourquoi il faut leur répéter qu’elles ont fait le bon choix en s’investissant dans les études collégiales !


[1Michèle Berthelot, « L’accès des filles au cégep », dans CSN, FNEEQ, FEESP, Les cégeps ont-ils un avenir ?, Montréal, Boréal, 1988, p.39 ; Lucie Héon, Denis Savard et Thérèse Hamel (dir.), Les cégeps : une grande aventure collective québécoise, 2e éd., Québec, PUL, 2008, p.100 ; Fédération des cégeps, Stabilité du nombre d’étudiants au cégep, communiqué, 26 août 2016.

[2Conseil supérieur de l’éducation, La situation des femmes dans le système d’enseignement : une double perspective, juin1984, p.13.

[3Comité consultatif national d’accès à l’égalité FNEEQ, Analyse genrée des données issues du SPOC, année scolaire 2013-2014.

[4Ruth Rose, Les femmes et le marché du travail au Québec : portrait statistique, Comité consultatif Femmes en développement de la main-d’œuvre, Commission des partenaires du marché du travail, Montréal, mai 2016, p.18-20.

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