Le marché de droit divin : capitalisme sauvage et populisme de marché

No 05 - été 2004

Thomas Frank

Le marché de droit divin : capitalisme sauvage et populisme de marché

lu par Christian Brouillard

Thomas Frank, Le marché de droit divin : capitalisme sauvage et populisme de marché, Lux/Agone, Montréal/Marseille, 2003.

Une « révolution culturelle » capitaliste

Aux lendemains de l’imposition des politiques néolibérales par le gouvernement de Ronald Reagan aux États-Unis, le monde des affaires ne pouvait que s’estimer satisfait dans l’atteinte de ses objectifs : le syndicalisme avait été brisé alors que la libéralisation et la déréglementation de l’économie ouvraient les portes à des profits de plus en plus plantureux. Le hic, c’est que les salariées et la population américaine n’étaient nullement convaincus (et pour cause !) de la légitimité de ces mesures qui avaient été littéralement, imposées de force. Pour les entreprises des États-Unis, la grande tâche durant les années 90 fut de créer un véritable consensus autour de leurs activités de plus en plus destructrices en termes sociaux.

C’est ce processus de légitimation que décrit Thomas Frank dans son ouvrage Le marché de droit divin. L’élément clé dans cette conquête des esprits a été l’élaboration par des entrepreneurs, des idéologues ou des universitaires d’un « populisme de marché ». Renversant la réalité, cette conception a fait du marché, couplé à l’Internet, l’instance suprême pour la démocratie au moment même où les mécanismes de la démocratie politique sont de plus en plus enrayés. Proclamant le triomphe de la justice économique, le rejet des élites et des hiérarchies, ce populisme a occulté le fait que jamais dans l’histoire américaine, depuis les années 1920, les inégalités sociales n’avaient été aussi importantes et que les entreprises restent des institutions autoritaires. En bout de ligne, le marché est devenu l’instance suprême, sanctionnant ce qui est bien ou mal, réduisant la liberté de choix à un simple leurre.

Contre cette récupération des idéaux progressistes au service du marché, Thomas Frank appelle à la constitution d’un véritable contre-pouvoir qui tende à l’instauration d’une démocratie non seulement politique mais aussi économique. « C’est-à-dire, au bout du compte, ce que réclamaient autrefois les vrais Populistes ».

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