Le discours du trône

No 22 - déc. 2007 / jan. 2008

Chronique Économie, par Gaétan Breton

Le discours du trône

Il n’y a pas que les chaises qui soient perçées !

Le gouvernement Harper vient de proposer son menu législatif pour l’année qui vient. Cette proposition se fait sur fond de provocation puisqu’il annonce, du même souffle, que chaque vote sera un vote de confiance. Il défie ainsi les autres partis d’oser lancer le pays dans des élections sur des questions où l’opposition n’est pas sûre de rapporter la faveur populaire, d’autant que les médias font largement le travail des conservateurs. À Bâbord !, la revue qui accepte (tant bien que mal) de ne pas recevoir de subventions, se devait de lever le voile (ou le jupon, accommodement raisonnable oblige) sur les dessous du discours du trône — à ne pas confondre avec ceux de Michaëlle Jean.

Les coupures d’impôts

Il faut se rappeler que la devise des gouvernements conservateurs demeure « faire payer les pauvres ». Les coupures d’impôts sont toujours associées aux impôts sur le revenu. Ainsi, elles diminuent les revenus tirés d’une taxe progressive pour les transférer sur des taxes régressives. Par contre, la réduction de la taxe de vente est une bonne nouvelle pour tous. Malheureusement, elle reste insuffisante et mal ciblée, ne procurant qu’un faible répit aux moins bien nantis (euphémisme généralement accepté pour parler de ceux qui vivent dans la pauvreté la plus abjecte). La diminution de cette taxe est censée aider l’économie. Mais cette diminution se répercutera-t-elle dans les prix ? Rien n’est moins sûr si on se fie aux diminutions de prix des biens importés qui devraient suivre la montée de la valeur du dollar canadien. Les citoyennes n’en ont pas encore vu le commencement du début alors que les intermédiaires s’en mettent plein les poches. Cette aide à l’économie devient alors un cadeau de plus aux entreprises quand le gouvernement ne peut pas contrôler qui sera le bénéficiaire de la baisse.

Il faut aussi rappeler que la diminution des services publics constitue une autre façon de faire payer les pauvres, puisque ceux-ci devront alors débourser pour obtenir une fraction de ce qu’ils avaient gratuitement auparavant. Mais, comme dirait l’Institut économique de Montréal, voilà qui va discipliner l’usage !

Les voleurs malpropres et les voleurs propres (cols blancs)

Un gouvernement conservateur est évidemment au service de la propriété. Il se doit donc de la protéger contre les petits voleurs. Les gros voleurs, quant à eux, font partie de sa « gang ». Il n’a aucune raison de les poursuivre sérieusement. Ils ont d’ailleurs tout intérêt à ne pas insister, car ce qui est de notoriété publique, à ce chapitre, n’est que la toute petite pointe de l’iceberg. Ainsi, Harper intensifiera sa lutte au crime n’incluant évidemment pas les crimes économiques, car la plupart des politiques conservatrices s’y qualifieraient d’office.

Le pouvoir de dépenser

Prétendre mieux encadrer le pouvoir de dépenser, c’est en même temps en reconnaître l’existence. Or, c’est cette existence même qui est contestée, bien que très faiblement, par les provinces. Le pouvoir de dépenser n’est, au mieux, qu’un élément de droit coutumier (droit dérivé de l’habitude de faire les choses). On s’en sert actuellement pour justifier l’empiétement des domaines reconnus comme étant de compétence provinciale. Le gouvernement Harper continue d’augmenter les points de péréquation attachés à la santé, un de ces domaines réservés. Pour ce faire, il continue de taxer au-delà de ses besoins, limitant ainsi la capacité des provinces de le faire et s’octroyant la capacité de décider pour celles-ci. De plus, si on analyse le dernier budget (voir ma chronique d’alors), on constate une augmentation importante du nombre de programmes standardisés accompagnant ces généreuses oboles. Ainsi, tout encadrement du pouvoir de dépenser d’Ottawa ne peut qu’être inadéquat puisque c’est l’existence même d’un tel pouvoir qui doit être combattue avec virulence. Quand Gilles Duceppe dit que l’encadrement proposé n’est pas valable, il suppose qu’il pourrait y en avoir un de valable et il avalise ainsi l’existence de cette arme de colonisation qu’est le pouvoir de dépenser.

La souveraineté du Canada, l’Afghanistan et l’environnement

Évidemment, nous défendons la liberté en Afghanistan et la souveraineté du Canada dans le Grand Nord. L’existence du pétrole d’un côté (les oléoducs) et la possibilité qu’on en trouve de l’autre n’ont rien à voir dans ces actions dont la pureté des intentions demeure cristalline ! Nous allons continuer de soutenir les troupes en Afghanistan et investir dans le Grand Nord avec les sommes détournées de la taxation provinciale. Mais n’oublions pas qu’armée et conservatisme vont de pair. Si quelqu’un devait ne pas être d’accord, on le soupçonnera de terrorisme et on pourra ainsi l’emprisonner sans lui accorder les droits reconnus dans la charte. Voilà qui est bien pratique.

Le gouvernement met la hache dans le Protocole de Kyoto. Évidemment, Kyoto, maintenant, c’est beaucoup trop peu, beaucoup trop tard. Pour les conservateurs, c’est simplement trop. Mais comment peuvent-ils décider une telle chose ? Comment peuvent-ils nier simplement la réalité et surtout comment les autres peuvent-ils les laisser faire ? Parce qu’ils sont tous partants pour faire le pari que ça n’arrivera pas. Ils ont décidé, tous ensemble, de nier un grand pan de la réalité. Nous savions que le gouvernement avait beaucoup de pouvoir, mais à ce point...

Un vrai projet conservateur

Bien que minoritaire, le gouvernement conservateur réussit étonnamment à naviguer sans réellement faire de concession aux autres partis. Évidemment, il réussit à les jouer les uns contre les autres avec une habilité qui étonne. Mais plus profondément, on peut percevoir que toutes ces politiques conservatrices font bien l’affaire des deux autres partis qui, au fond, contestent pour la frime, mais laissent Harper faire le sale boulot.

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