Le cancre, le genre et la pensée dominante

No 67 - déc. 2016 / janv. 2017

Le cancre, le genre et la pensée dominante

Le 29 janvier dernier, Nathalie Collard publiait une critique de Décadence de Michel Onfray, et du livre Le nouveau régime de Mathieu Bock-Côté. Si l’on en croit le commentaire de M. Bock-Côté, fait à la radio de Radio-Canada, cette critique ne vaudrait pas mieux qu’« un mauvais travail de cégep ». Difficile de laisser passer ce commentaire sans rien dire.

Car à ce compte-là, n’est-il pas nécessaire de pointer comment M. Bock-Côté lui-même fait figure de mauvais élève, lui qui, régulièrement et sur diverses plateformes, fait la preuve qu’il n’a pas bien étudié, disqualifiant ce qu’il appelle la théorie du genre sans aucune argumentation, se contentant de parler de dérive ou d’hérésie, à la manière des anciens curés ? Il condamne, il accuse, mais sans rien opposer à des savoirs formulés depuis déjà fort longtemps. Son discours est vide, comme l’est celui de notre voisin trop proche, ce Donald Trump qui s’exprime de façon tonitruante avec moins de cent mots de vocabulaire.

Certes, M. Bock-Côté possède un lexique plus large. Mais la question se pose : a-t-il seulement lu sur le genre ? A-t-il lu les travaux réflexifs et théoriques de Judith Butler, qu’il prend plaisir à démolir à l’aide de coups de gueule qui ne seront jamais à la hauteur des travaux d’une des philosophes les plus importantes (et les plus reconnues) de notre époque, à qui on doit des pages qui ont participé à changer le paradigme de la pensée entourant les rapports de sexe. On peut être en désaccord, on peut s’évertuer à démonter son argumentation, mais pour ça, il faut d’abord l’avoir lue. Il n’est pas suffisant d’affirmer qu’elle est une « partisan[e] de la théorie du genre  » qui est « en guerre, en croisade  » parce que son «  intransigeance frise le fanatisme ». Autant d’accusations non fondées, sinon sur l’indignation et la peur – et, demandons-nous, la peur de quoi ? Celle de voir pâlir la sempiternelle croyance en une différence naturelle, biologique, entre les hommes et les femmes ? Une croyance qui justifie leur hiérarchisation sous prétexte de qualités masculine et féminine intrinsèques ? Des qualités qu’il ne faudrait surtout pas perdre parce qu’alors, comment savoir qui est qui ? Moment de panique…

Mis à part cette attaque contre la pensée féministe, qui repose sur des moqueries plutôt que sur des arguments, ce qui est étonnant, c’est d’entendre M. Bock-Côté se décrire comme ostracisé, et dire qu’il est traité comme un pestiféré parce qu’il n’adhère pas à la pensée dominante. Mais la pensée dominante, en ce moment, c’est malheureusement la sienne, cette idéologie intransigeante qui ne sait pas se taire et qui donne lieu à des violences contre les homosexuel·le·s, les personnes intersexuées et les personnes trans. Et oui, il y a un lien à faire entre cette pensée de droite, traditionaliste, conservatrice, qui se plaît à rejeter l’autre, et les valeurs défendues au sud de la frontière par Donald Trump ou par Marine LePen, outremer.

Enfin, il y a un lien à faire entre ce conservatisme et la malhonnêteté intellectuelle, le travail d’un cancre qui fait un peu vite, qui tourne les coins ronds. Car avant de traiter avec condescendance les défenseur·e·s des théories du genre, et s’en prendre à celles ou ceux qui montrent les trous dans son argumentation, M. Bock-Côté devrait faire ses devoirs. Question de nous présenter un véritable discours critique, au lieu d’une pensée sous forme d’opinions.

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