Le café l’Artère

No 43 - février / mars 2012

Société

Le café l’Artère

Le 16 juillet 2011, mes amies et collègues et moi-même avons accouché d’un café de quartier à vocation culturelle. Le Café l’Artère a pignon sur rue au 7000, avenue du Parc. C’est un grand loft où on sert de petits plats faits maison le jour, et qui se transforme en salle de diffusion pour la relève artistique le soir. De la rue, remarquez que la transparence de ses murs vitrés est une invitation, sans contrainte, à la participation.

Ce qui fonde l’Artère, c’est avant tout l’idée d’allier des voix disparates. Sans une pensée régurgitée à plusieurs, une pensée qu’on a faite nôtre, le Café l’Artère serait resté une abstraction, une pensée éparpillée. Je souhaite témoigner de mes impressions et des étincelles de vérité qui me sont apparues lors de cette expérience. Je ne donnerai pas de réponses toutes faites. Seulement des indications pratiques, celles que j’aurais aimé lire quelque part.

Au cours du processus de création, nous avons emprunté des outils issus de l’économie, du coopératisme et des domaines de la restauration et du spectacle. À mon sens, ce qui nous a aidés, c’est que ces informations ont été récoltées et analysées par un groupe détenant une grande cohésion. Au fil de l’intégration de nouveaux membres, un problème s’est souvent posé : ceux et celles qui prennent moins aisément la parole ont souvent tort et des divergences resurgissent par la suite. L’expression de toutes et tous les membres est vitale et il est possible, bien que complexe, d’élaborer des processus encourageant une vie démocratique saine.

Cela dit, c’est en groupe serré de quatre que nous avons élaboré une vision commune. C’est aussi durant cette période que nous avons choisi de nous établir dans Parc-Extension, après avoir rencontré des intervenants des milieux communautaires et sociaux. À ce moment, une rencontre-clé a été notre échange avec Catherine Jauzion, fondatrice du Café Touski. À la manière de ce que j’essaie de communiquer ici, elle nous a confié la façon dont elle et ses collègues s’y étaient pris pour construire un projet social à partir de presque rien, si ce n’est leur volonté réunie.

Après l’élaboration d’une base commune solide (je dis solide, car nous avons mis nos idéaux, nos intérêts et notre volonté de changer les modes traditionnels de gestion dans la définition même de notre projet), nous nous sommes lancés dans la concrétisation légale et tangible de l’idée. Nous avons opté pour la coopérative de solidarité sans but lucratif, une forme juridique remplie de promesses pour l’avenir et assurant un travail quotidien de coopération au jour le jour. Ce type de propriété est très inclusif puisqu’il n’y a aucune restriction quant au nombre de membres. Les artistes, les organismes communautaires, les groupements de personnes et même les citoyennes peuvent se joindre aux travailleurs et travailleuses.

La suite peut être décrite comme un va-et-vient entre différentes ressources permettant la mise sur pied d’un café de quartier. Nommons les organismes communautaires déjà actifs dans le milieu qui nous ont aidés à voir plus clairement les réalités du quartier Parc-Extension : la Coopérative de développement régional, qui appuie les individus désirant créer une coop ; la CDÉC, pour la question de la concrétisation financière du projet ; la Caisse d’économie solidaire, pour le compte en banque ; la mairie d’arrondissement, pour les différents permis et les lettres d’appui ; des entreprises ou organismes offrant des prêts aux entreprises d’économie sociale ; et surtout nos amies et familles qui n’ont pas hésité à nous prêter main-forte lorsque la mobilisation sociale était le seul moyen pour faire débloquer les choses.

Il faut dire que la dernière étape, consistant à faire fonctionner la caisse enregistreuse, est certainement un point important, mais ce sont les premières étapes de création du projet qui sont garantes de son succès. Bien sûr, il y a d’innombrables définitions possibles du mot succès, mais dans un projet à vocation sociale, celui-ci est d’abord mesurable à la cohésion entre les membres, et ensuite à la réception de cette poussée novatrice dans le milieu d’accueil. L’idée n’est pas d’imposer un concept en faisant fi de son impact concret, mais bien d’imprimer avec nuance une perspective supplémentaire s’agençant au paysage social déjà présent.

Il s’agit de travailler à la façon d’une équipe d’archéologues creusant pour dénicher un objet dont ils ont l’intuition. Cet objet est camouflé par une multitude d’autres éléments. L’idée est de convaincre la communauté qui réside sur ce trésor de l’existence de celui-ci, pour créer une mobilisation visant son dévoilement, tout en restant convaincu que l’invisible est bien là.

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème