Dossier : Le graffiti

La marque des femmes

Entretien avec Vixen

Valérie Beauchamp

Pour Vixen, une graffeuse avec huit ans d’expérience, les activités comportant une recherche d’adrénaline sont majoritairement domi­nées par les hommes, le graffiti ne faisant pas exception. L’explication pourrait se trouver dans la socialisation genrée : les filles sont éduquées pour être calmes et posées. Selon elle, cette situation amène aussi certaines femmes à ne pas se sentir en sécurité dans les ruelles ou dans des immeubles désaffectés puisqu’on leur répète continuellement, depuis un bas âge, qu’elles sont des proies faciles. « C’est un message qu’on nous rentre dans la tête, dit-elle, depuis super jeune, donc c’est peut-être ce qui explique pourquoi il y a moins de filles qui font [du graffiti]. »

Par ailleurs, au-delà du sentiment de danger, elle reconnaît qu’une réelle menace peut exister par rapport aux personnes qui fréquentent les mêmes lieux que les graffeurs·euses : pour une graffeuse, il faut souvent afficher une certaine masculinité dans son look et dans l’attitude. Cela permet à la fois de se protéger et d’être intégrée dans ce monde d’hommes. Elle se considère elle-même comme une tomboy, comme plusieurs autres graffeuses. Cette attitude accorde la légitimité dans cette scène.

Au-delà des compétences dans le lettrage, une présentation de soi féminine pourrait discréditer une graffeuse si elle n’a pas déjà prouvé depuis plusieurs années ses compétences. Cette reconnaissance par la communauté est d’ailleurs plus ardue et prend plus de temps que pour un homme. Selon Vixen, les graffeurs auront moins tendance à inviter une femme pour les accompagner dans une expédition par préjugé quant à leur force physique et leur témérité. Si une graffeuse affiche son genre dans ses graffitis, par le choix des couleurs ou des motifs qui accompagnent le lettrage, Vixen estime qu’elles doivent « encore plus mettre les bouchées doubles et avoir une technique qui « clenche » vraiment pour être prises au sérieux ».

Elle-même a longtemps opté pour un style qui ne la marquait pas comme femme immédiatement. Plusieurs graffeurs étaient surpris de découvrir qu’elle en était une. Cette impression de devoir se prouver davantage que les hommes sur la scène reste encore présente même après toutes ses années de pratique. Par contre, une fois reconnues, Vixen remarque que les graffeuses sont souvent invitées à participer à des expéditions, car la présence d’une bonne artiste représente alors un atout pour un groupe. Quand une graffeuse a fait ses preuves avec sérieux, son intégration à cet univers particulier est possible.

P.-S.

Oeuvre et photo par Vixen.

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