L’à−plat−ventrisme carneyien

No 109 - Automne 2026

Éditorial du numéro 109

L’à−plat−ventrisme carneyien

Numéro en librairie le 28 septembre

Le Collectif de la revue À bâbord !

Le collectif de rédaction de la revue À bâbord ! vous invite au lancement de son numéro 109 et de son dossier « Élections, pas d’illusions ! ». L’événement se déroulera au pub La Cale (6839 rue St-Hubert, Montréal), le vendredi 2 octobre 2025 à 18h30. Tous les détails ici !

Encore un été pendant lequel les feux de forêt ravagent d’immenses territoires dans plusieurs pays. Toujours plus importantes et dévastatrices, ces catastrophes ne semblent pas nous conduire à tenir compte de cette crise et à réduire notre consommation d’énergies fossiles. Nous savons pourtant que cette industrie est la première responsable de la crise climatique actuelle.

Le gouvernement fédéral de Mark Carney n’a pas retenu la leçon lui non plus. Élu avec de (vagues) promesses de développement des énergies renouvelables qu’il a rapidement envoyées aux oubliettes, Carney ne propose pas de projet environnementaliste. Nous assistons plutôt à un démantèlement des protections environnementales fédérales qui causera des dommages irréversibles et bloquera notre capacité d’entreprendre une réelle transition socioécologique.

Sous couvert d’assurer notre sécurité économique et nationale, ce gouvernement est carrément au service de l’industrie fossile. De nombreux projets de construction de pipelines et d’autres usines polluantes seront exemptés d’évaluations environnementales et de débats en chambre, puisqu’ils seront désignés comme projets d’« intérêt national ». Cette posture de servilité face à l’industrie fossile canadienne s’observe aussi dans nos rapports avec les politiques du gouvernement Trump. Carney avait justement été élu parce qu’il était vu comme une figure forte pouvant confronter notre voisin belliqueux. Il a plutôt fait preuve de lâcheté, entre autres quand il a abandonné des taxes et des redevances destinées aux GAFAM – des mesures pourtant nécessaires pour limiter un tant soit peu leur pouvoir démesuré et s’assurer d’un quelconque retour économique pour le Canada.

Il est clair que Carney s’est emparé du programme des conservateurs, mais en lui donnant un vernis de respectabilité, dans la tradition du parti libéral. Son laxisme évident sur l’environnement et dans sa diplomatie avec les États-Unis n’empêche pas les médias de masse de rester complaisants envers lui : la couverture accordée à Carney demeure dans l’ensemble très positive. Une grande partie de la population semble avoir la même perception : les sondages nous disent que ce gouvernement est encore plus populaire qu’au lendemain des élections, surtout au Québec. 

Qu’on le veuille ou non, les politiques régressives de Carney nous touchent directement. Plutôt que de combattre l’extrême droite, les libéraux s’en inspirent. Leurs emprunts systématiques au programme conservateur montrent à quel point les choix politiques de la population se restreignent, à quel point la voie des alternatives se trouve maintenant oblitérée dans un océan de politiques de droite.

Pourtant, plusieurs exemples nous montrent qu’il y a un réel enthousiasme face à des idées radicalement ancrées à gauche. L’exemple de l’élection de Zohran Mamdani à New York est marquant. Plusieurs autres gains électoraux d’une gauche assumée, en rupture avec la tradition libérale aux États-Unis, nous montrent qu’il est possible d’unir les citoyen·nes autour de projets progressistes forts. Au Canada, l’élection d’Avi Lewis comme chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) est un changement important et prometteur pour faire émerger une voix divergente dans la politique fédérale.

Dans tous les cas, il y a une place pour la gauche ici aussi, dans tous les paliers de gouvernement et hors de ceux-ci. Une gauche qui reste à demander, investir et réclamer, haut et fort. En 2026, le plus gros risque à prendre est l’inaction. Nous ne nous résignerons pas à l’à-plat-ventrisme en attendant que tout brûle autour de nous !

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