L’Europe, la trahison des élites

No 06 - oct. / nov. 2004

Raoul Marc Jennar

L’Europe, la trahison des élites

lu par Claude Vaillancourt

Raoul Marc Jennar, L’Europe, la trahison des élites, Paris, Fayard, 2004

L’Europe peut-elle nous servir de modèle, en offrant un contre-poids aux abus des États-Unis par des politiques sociales plus audacieuses et développées ? Devant l’intransigeance de George W. Bush et de ses néoconsevateurs, n’est-il pas tentant de prêter l’oreille aux politiciens européens, plus conciliants et empruntant parfois même certains propos chers aux altermondialistes ?
Pour Raoul Marc Jennar, il ne faut surtout pas se laisser berner par leurs chants de sirènes. Citant Bourdieu, il parle d’une Europe en trompe-l’œil au sein de laquelle les politiciens se gargarisent de beaux discours et implantent froidement mais avec zèle les plus rigoureuses mesures néolibérales, détruisant ainsi une Europe humaniste et solidaire qui commençait à émerger. Cette hypocrisie, ces doubles discours minent l’existence même de la démocratie si chèrement gagnée après des années de lutte. En ce sens, il est donc juste de parler d’imposture et de trahison.

Jennar s’appuie sur une démonstration remarquablement bien documentée. Il rend compte, avec une rare acuité, du fonctionnement d’institutions omnipotentes qui n’ont pourtant rien de transparent, en particulier la Commission européenne et l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il en explique le fonctionnement, les modes de négociation, les tractations secrètes, l’action des grandes entreprises sur leurs représentants, les pressions qu’elles exercent sur ceux qui leur résistent. Il nous entraîne littéralement dans les coulisses du véritable pouvoir, celui qui ne s’empêtre pas avec la démocratie, celui qui négocie des accords qui transformeront l’essence même de nos sociétés sans nous avoir consultés.

Il ne faut pas s’y méprendre : même si Jennar parle d’abord et avant tout de l’Europe, les sujets qu’il aborde nous concernent de près. Partout la démocratie reculera si on laisse à de grandes institutions internationales la possibilité de sacrifier les lois et l’autonomie des nations au nom du libre marché. L’Europe, la trahison des élites est à mon avis l’un des livres qui décrit le mieux les mécanismes complexes, subtils et cachés qui mènent à la marchandisation du monde, avec la complicité de la classe politique.

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