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Marcel Durand

Grain de sable sous le capot. Résistance et contre-culture ouvrière : les chaînes de montage de Peugeot (1972-2003)

lu par Lucie Mercier

Lucie Mercier

Marcel Durand, Grain de sable sous le capot. Résistance et contre-culture ouvrière : les chaînes de montage de Peugeot (1972-2003), Marseille, Agone, 2006

Travail et résistance

« Que les jeunes défendent leurs droits, préservent les acquis obtenus au prix de deux siècles de luttes ! La précarité est une arme terrible. Les grands groupes industriels en usent et en abusent. Il faut trouver d’autres formes de parades à l’exploitation de l’homme par le capitalisme. » Tel est le message que lance l’auteur de Grain de sable sous le capot, Marcel Durand, pseudonyme d’Hubert Truxler, un ouvrier spécialisé (OS). Il a travaillé chez Peugeot à Sochaux (France) de 1968 jusqu’à sa retraite prématurée en 2003, à l’âge de 56 ans. Écrit par un ouvrier donc, cet ouvrage nous entraîne dans le monde de la chaîne de montage automobile.

Il ne s’agit pas de l’ouvrage d’un syndicaliste militant. Il faudrait plutôt le classer comme celui d’un résistant, sorte de chronique de la résistance ouvrière. Les différents aspects de la vie de travail y sont regroupés sous de multiples thèmes succincts. C’est la vie quotidienne par courts épisodes. Dans Grain de sable, tout y passe : le travail, son découpage, les horaires, la distribution des heures supplémentaires, les salaires, la précarité, la flexibilité, les recompositions de poste, la répression, la sous-traitance, etc. Mais au-delà de ces multiples facettes, ce qui apparaît particulièrement réussi, c’est l’analyse des stratégies patronales d’intensification du travail, d’augmentation de la productivité, des chronométrages qui les sous-tendent et de leurs effets. C’est à travers les gestes de la vie quotidienne que Marcel Durand rend compte des augmentations de productivité de 25 % que Peugeot a réussi à aller chercher au début des années 1980, le tout sous couvert de « modernisation » — faut-il s’en étonner ?

Les grèves de 1981 et de 1989 y occupent également un large espace, bien que les résultats concrets aient été plus que décevants. La question de la santé et de la sécurité du travail et son corollaire, les accidents du travail, n’y apparaissent qu’en filigrane, bien qu’ils constituent au bout du compte une préoccupation constante des travailleurs de la chaîne, fatigués parce que soumis à des cadences infernales.

Il faut encore signaler l’excellente préface de Michel Pialoux, sociologue du travail, qui a lui-même travaillé à l’usine de Sochaux-Peugeot. En complément de Marcel Durand, Pialoux apporte une analyse historique et politique sur l’usine et les transformations opérées sur une période de trente ans. Bref, un livre unique tant pour le regard qu’il pose sur la réalité ouvrière que par sa facture !

P.-S.

Lucie Mercier

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