Éditorial du numéro 105
Des ponts parmi les feux
Lancement double le 14 octobre prochain à 18h30 ! La parution du numéro 104 (et son dossier sur l’Acadie) et du numéro 105 (et son dossier sur l’internationalisme) seront soulignés à la librairie N’était-ce pas l’été (6702 St-Laurent, Montréal).
Entrée libre, bienvenue à toutes et à tous !
L’été 2025 nous sera apparu comme une canicule continue et suffocante marquée par des feux de forêt sans précédent. Enveloppées par la fumée, les villes du Québec se sont retrouvées à plusieurs reprises parmi les plus polluées de la planète. Loin de mériter médaille, cet exploit appelle son lot de réflexions à l’heure où aucune région du monde ne semble épargnée par le phénomène et où nous en récoltons les effets délétères.
Tandis que les feux font rage aussi bien dans les Prairies qu’au Nouveau-Brunswick, en Europe qu’au Proche-Orient, le Québec ne fait pas figure de modèle. Bien que la province soit relativement épargnée sur son territoire, notre incapacité à échapper aux fumées nous rappelle que les frontières sont de peu de secours face aux vents dominants et que notre réponse à la crise climatique doit être faite de solidarité. Or, malgré l’urgence de la situation, l’inertie est encore trop souvent au rendez-vous et laisse la porte ouverte à ce que nous nous accommodions de l’inacceptable.
Officiellement, les gouvernements canadien et québécois se contentent de déployer des armées de pompiers pour éteindre les feux : l’exemple même d’une réponse ponctuelle qui omet d’interroger les causes structurelles du phénomène.
Le présent numéro se propose de rappeler l’absurdité et l’inanité de ces réponses et de donner à voir que des alternatives existent. Dans son article, Claude Vaillancourt montre en quoi l’appétit du gouvernement fédéral de Mark Carney pour les pipelines persiste à nous éloigner de l’objectif de sortie des énergies fossiles et de limitation du réchauffement climatique. De même, le projet de loi 97 du gouvernement provincial de François Legault entérine la mainmise de l’industrie forestière sur les forêts publiques du Québec et bafoue les droits ancestraux des Premières Nations. En reconduisant les logiques extractivistes à l’origine de la crise climatique et en promettant d’en amplifier les effets les plus néfastes, ces réponses sont contraires à ce qu’exige l’urgence de la situation.
Le comportement du gouvernement étatsunien est encore bien pire. Les élus républicains proposent ainsi de taxer les Canadien·nes pour compenser les effets des feux de forêt au nord sur la qualité de l’air au sud. Cela, sans jamais mentionner l’existence des changements climatiques. Pas étonnant quand on sait que ces mots, parmi tant d’autres, sont désormais interdits dans les publications gouvernementales. Le président Donald Trump est allé jusqu’à nommer à la tête de l’Agence de protection de l’environnement Scott Pruit, un climatosceptique notoire, et a amorcé le démantèlement de la législation environnementale encore en place. L’action des républicains est le symbole d’une offensive puissante et décomplexée à l’encontre de toute idée de protection de l’environnement et de lutte contre les changements climatiques. Venant d’un des plus grands pollueurs au monde, on peut aisément imaginer les effets catastrophiques qui en découleront et qui iront bien au-delà des feux de forêt.
En retour, le dossier spécial de ce numéro consacré à l’internationalisme nous rappelle l’importance de construire des ponts entre les luttes d’ici et d’ailleurs pour être à la hauteur des enjeux auxquels nous devons faire face. S’il semble y avoir peu d’espoir à placer dans des gouvernements qui ont opté pour la fuite en avant, les accomplissements souvent précaires, mais néanmoins tangibles des mobilisations passées et présentes nous redonnent du souffle.
Se mobiliser et s’organiser face à la catastrophe apparaît donc encore et toujours comme la meilleure voie de sortie. À cet égard, les blocages des coupes forestières effectués par l’Alliance MAMO (composés de membres des nations Atikamekw, Innue et Abénaquis) en Haute-Mauricie montrent la pertinence de l’action directe et sa capacité à mettre en échec les ambitions dévorantes des pouvoirs économiques et politiques. Reste alors à soutenir les organisations et les collectifs qui recourent à cette forme d’action, à construire des ponts avec elles là où elles se trouvent et à s’engager à leur suite. Maintenant plus que jamais, pour éviter que le pire n’advienne.



















































































































