Mini-dossier : L’éthique du (…)

Mini-dossier : L’éthique du care, partout, tout le temps !

Des obstacles importants

Isabelle Bouchard, Le RÉCIFS

Bien des obstacles se lèvent dans le secteur de la santé et des services sociaux afin que se déploie une véritable éthique du care. Pensons à l’intrusion du modèle Lean, à la place des agences privées ou à la présente pénurie de personnel. Quelle analyse le RÉCIFS (Regroupement, Échanges, Concertation des intervenantes et des formatrices en social) fait-il de la situation ? Propos recueillis par Isabelle Bouchard.

À bâbord ! : Qu’est-ce que le care pour votre regroupement ? 

Le RÉCIFS : Selon le GRIEPS, un OBNL français, le care « regroupe tous les soins liés aux fonctions de la vie. ». Autrement dit, le care réfère à tous les services et soins directement offerts à une population pour maintenir sa santé physique, mentale et psychosociale, dans un but de prévenir la maladie et une détérioration des conditions de vie de ses usager·ères. Le terme care s’oppose donc au terme « cure » – guérir en anglais – qui réfère au traitement de la maladie et à la réparation des dommages causés au corps et à la santé mentale des patientes et patients.

On peut aussi définir le care par les efforts faits par la société civile pour assurer des conditions de vie décentes pour chacun des citoyen·nes. Le logement, l’alimentation, les conditions sanitaires, l’énergie disponible, l’absence de pollution, les services psychosociaux de base sont quelques-uns de ces éléments importants.

Les soins et les services donnés aux bébés de moins de deux ans et aux personnes en âge avancé sont aussi des indicateurs d’une société qui prend soin de ces deux groupes d’âge en favorisant le care plutôt que le « cure ». D’autres groupes sont aussi visés par des politiques de santé publique dont les personnes handicapées, les usager·es atteint·es de problèmes de santé mentale ou de déficience de tout ordre.

ÀB ! : Quelles sont les conditions propices à l’éclosion d’une véritable éthique du care ?

L.R : Pour que la société fonctionne adéquatement, elle doit s’assurer de financer les institutions publiques et les groupes communautaires. Elle doit s’assurer du bon financement d’institutions publiques telles que les centres hospitaliers, les centres d’hébergement, les CLSC (Centres locaux de services communautaires), les DPJ (Directions de la protection de la jeunesse) et d’autres organismes plus spécialisés. Ce financement doit être récurrent et adéquat pour assurer la mission et embaucher le personnel requis, et les opérations doivent être plus décentralisées et prises au niveau local.

Vient aussi la question du financement du secteur communautaire qui permet d’assurer des services complémentaires qui ne sont pas (ou plus) offerts par le secteur public. Au Québec, plus de 600 groupes communautaires sont financés par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Ces services sont assurés par des employé·es compétent·es et souvent par des bénévoles. Malheureusement, ces organismes souffrent de sous-financement chronique et doivent réclamer chaque année un budget insuffisant pour donner plus de services à leurs membres.

ÀB ! : Qu’en est-il du recours au concept de la responsabilité populationnelle ?

L.R : Avec l’avènement des Centres de santé et de services sociaux, le gouvernement du Québec avait instauré le concept de responsabilité populationnelle au cœur de cette fusion d’établissements. Cela impliquait que les nouveaux établissements créés par cette fusion devaient non seulement s’occuper de leur clientèle ordinaire mais devaient aussi offrir des services à toute la population d’un territoire précis. Des clientèles « oubliées » comme la population masculine, devaient faire l’objet d’un effort de mobilisation du personnel pour la rejoindre. Ce concept nouveau devait redéfinir le « panier de services » offert, tant du point de vue médical que psycho-social. Or, les efforts déployés par l’administration de ces établissements révèlent que les résultats ont été minimes pour la population. Le « cure » a surtout prévalu dans l’augmentation des coûts de système avec notamment de meilleurs salaires consentis aux médecins de famille et aux médecins spécialistes. On a volontairement privatisé les cliniques médicales en Groupes de médecine familiale (GMF). Bref, le care en a pris pour son rhume et a été tassé au profit du cure.

ÀB ! : Quel avenir pour l’éthique du care ?

L.R : La population a été oubliée dans la prise de décisions gouvernementales et la définition même de ses services de première ligne en santé et en services sociaux. Ce sont maintenant des fonctionnaires qui décident des orientations dans les territoires couverts par les CISSS et les CIUSSS, et les organismes de défense des droits ont été remisés et « édentés » pour ne plus opposer de critique aux orientations ministérielles. Il nous semble impossible que la population québécoise reprenne contrôle sur ses services de santé et ses services sociaux sans un sérieux coup de barre de la part d’un prochain gouvernement. En attendant, le care n’est plus qu’un vœu pieux dans un document officiel classé dans la filière 13 du ministère. 

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème