Capitalisme de plateforme. L’hégémonie de l’économie numérique

No 78 - février / mars 2019

Capitalisme de plateforme. L’hégémonie de l’économie numérique

Nick Srnicek, Capitalisme de plateforme. L’hégémonie de l’économie numérique, Montréal, Lux, 2018, 156 pages.

Dans ce bref ouvrage, l’économiste Nick Srnicek démystifie une déclinaison du capitalisme dont il est de plus en plus question à notre ère du « tout numérique ». La particularité du livre est d’approcher les entreprises de haute technologie en les resituant dans « le contexte économique et les exigences propres au système capitaliste ». Il s’agit donc de voir en quoi l’émergence des plateformes numériques s’inscrit dans l’histoire du développement du capitalisme de manière plus générale. Selon Srnicek, « le capitalisme, suivant le long déclin du secteur manufacturier, s’est tourné vers les données pour assurer la croissance et la vitalité de l’économie face à la léthargie du secteur industriel ».

La première partie résume l’histoire économique des dernières décennies, en insistant sur les booms et les crashs qui ont mené à la situation actuelle : la crise de 2008, en particulier, a amené les banques centrales à diminuer les taux d’intérêt. « En conséquence, explique Srnicek, les investisseurs à la recherche de meilleurs rendements ont dû se tourner vers des actifs de plus en plus risqués  » comme les entreprises de technologie. Les firmes de capital-risque sont parfois prêtes à investir à perte pendant des années pour laisser à la plateforme le temps de s’imposer sur un marché.

La deuxième partie propose une typologie fort utile des diverses plateformes capitalistes ayant profité de ce contexte économique. Les plateformes publicitaires (Google, Facebook) extraient de l’information des usagers et usagères pour vendre de l’espace publicitaire à des annonceurs. Les plateformes nuagiques (Amazon Web Services, qui héberge une quantité impressionnante de sites web) louent des serveurs à des entreprises. Moins connues, les plateformes industrielles (General Electric, Siemens) proposent des logiciels permettant aux fabricants d’optimiser leurs processus de production – la fameuse 4e révolution industrielle. Les plateformes de produits (Spotify, Netflix) s’appuient sur la souscription des individus à des marchandises transformées en services. Finalement, les plateformes allégées (Uber, Airbnb) réduisent leurs actifs au maximum et offrent un espace « pour qu’usagers, clients et travailleurs se rencontrent  ». Toutes ces plateformes ont en commun de chercher à « monopoliser, extraire, analyser, utiliser et vendre  » les données, nouvelle matière première du 21e siècle.

Le livre se termine sur un regard plus prospectif. Une guerre des plateformes a actuellement cours ; leur objectif est de former des monopoles, ce qui encourage les entreprises à constituer des systèmes fermés. Malgré tout, l’auteur montre que plusieurs de ces plateformes sont des géants aux pieds d’argile, puisqu’elles reposent largement sur des capitaux excédentaires. Or, le financement des entreprises émergentes par le capital financier tend à décliner et les revenus publicitaires pourraient plafonner et baisser également.

Au final, si l’ouvrage est quelque peu terne sur le plan du style, et peu loquace sur les alternatives (à peine quelques lignes sont consacrées aux plateformes coopératives et au financement étatique), Nick Srnicek contribue sans conteste à approfondir notre compréhension du capitalisme de plateforme et à mesurer sa place au sein du système économique en général.

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