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Féminisme

J’apostasie, tu apostasies, nous apostasions… Apostasiez !

Le Collectif féministe radical Les Sorcières

Ce n’est un secret pour personne : l’Église catholique est une institution dont un des buts principaux est le contrôle social. Elle exerce, depuis des siècles, une influence tentaculaire sur l’ordre social et politique de nombreux pays, ainsi que sur la vie sociale, sexuelle et conjugale de centaines de millions de personnes. Au fil de l’histoire, elle ne s’est pas gênée pour avoir recours à la guerre, au gynécide et au génocide pour imposer son pouvoir. Aujourd’hui, elle continue de mener une guerre ouverte et permanente contre les droits des femmes et de défendre une morale rétrograde qui condamne des millions de personnes à la maladie, à la soumission et à la misère. Assez c’est assez ! Apostasions !

Église catholique et contrôle social

L’Église catholique est une véritable institution monarchique dont la diplomatie tentaculaire freine l’avancée des droits des femmes jusque dans les accords internationaux contemporains. Le fait que son influence ait diminué au Québec depuis les années 1960 n’en fait pas une institution inoffensive pour autant. Dans d’autres parties du monde, son influence ne se dément pas, même en ce début de XXIe siècle. Il suffit de rappeler le nombre actuel de croyants, soit 1 098 366 000 selon le Vatican, pour comprendre que ses diktats et les récentes déclarations du pape Benoît XVI ne sont pas sans impacts sur la population mondiale, dont celle de l’Afrique et de l’Amérique latine. Par ailleurs, ce serait jouer à l’autruche que de ne pas reconnaître le pouvoir qu’elle continue d’exercer « même » en Amérique du Nord et en Europe.

Le clergé est une hiérarchie très stricte dont les membres font vœu d’obéissance à leurs supérieurs. En tant que chef suprême de l’Église, représentant de Dieu sur Terre, le pape est considéré infaillible en matière de foi et de morale. Cela nuit à la parole divergente et, ultimement, bâillonne les contestations à son autorité, surtout celles venant de l’intérieur de l’Église. Euphémisant la chose, Mgr Dicaire explique que : « le pape est un homme qui rappelle un idéal. Cet idéal est très élevé […] » [1]. Mais un idéal pour qui ? Un idéal au service de quels pouvoirs, de quels intérêts, de quels privilèges ?

Un coup d’œil rapide sur ses antécédents historiques et sur ses principales batailles contemporaines suffira pour comprendre que l’Église catholique sert prioritairement l’ordre social patriarcal et hétérosexuel – et ne se gêne pas pour servir aussi l’ordre raciste et colonialiste. De la chasse aux sorcières aux génocides autochtones en passant par les pressions exercées pour interdire la contraception, l’avortement et les mariages homosexuels, les dirigeants de l’Église catholique ont participé et participent encore à l’oppression, l’exclusion, et même à la mise à mort des femmes et des populations marginalisées.

La chasse aux sorcières : d’hier à aujourd’hui

Les sorcières, c’est-à-dire ces femmes qui avaient de l’influence dans leurs communautés, possédaient un savoir médical, refusaient le mariage, transmettaient les restes des anciennes religions païennes ou encore celles qui aimaient d’autres femmes représentaient un obstacle à l’hégémonie des pouvoirs religieux et politiques centraux. Au début de la Renaissance, l’État et l’Église (catholique et protestante) travaillèrent ensemble en vue d’assurer leur autorité dans des pays qui connaissaient plusieurs soulèvements paysans et des mouvements d’agitation populaire contre les pouvoirs en place (en Angleterre et en France, par exemple). Quoi de mieux pour asseoir son pouvoir que de créer une vague de peur et de meurtres sous prétexte d’« éradication du mal » ? Les femmes relativement émancipées étaient une cible parfaite pour personnifier ce mal, puisque que l’Église s’acharnait déjà à les démoniser et à les inférioriser depuis plusieurs siècles. Qu’elles soient organisées était une des accusations retenues contre elles, démontrant qu’il s’agissait bien de casser leur pouvoir social et de les soumettre à l’autorité des hommes, ceux-ci relayant à leur tour l’autorité de l’Église et de l’État.

Pourquoi ramener aujourd’hui ces « vieux » griefs ? Car l’eau a coulé sous les ponts, n’est-ce pas, et l’Église a bien fini par admettre que la Terre était ronde ! Mais la chasse aux sorcières appartient-elle vraiment au passé ? Bien sûr, l’Église ne commande plus les États et tribunaux du monde de la même manière, et les oppressions et la défense de l’ordre patriarcal prennent aujourd’hui d’autres formes. Mais la réalité est que l’Église continue de mener une guerre ouverte et permanente contre les femmes, une guerre qui détruit des vies et qui fait des mortes.

La bataille des Églises catholique et protestante contre les droits des femmes prend entre autres la forme d’une lutte permanente contre le libre choix en matière d’avortement. Et l’issue de cette lutte, quoi qu’on puisse se faire croire dans notre petite enclave québécoise, n’est pas encore certaine. Le scandale récent de l’excommunication, prononcée par l’archevêque brésilien José Cardoso Sobrinho et appuyée par le cardinal Battista Re, d’une mère et d’une équipe médicale pour l’avortement d’une enfant de 9 ans violée par son beau-père, et l’affirmation par cet archevêque que «  le viol est un péché moins grave que l’avortement » [2], n’en est qu’un exemple récent. En dehors des épisodes médiatisés, des milliers de femmes continuent de mourir chaque jour des suites d’avortements clandestins. De toute évidence, l’Église ne se soucie pas de leur vie à elles, ni de celle des mères qui porteront toute leur vie le fardeau de maternités non désirées, ni de celle des enfants nés dans ces conditions défavorables.

En outre, l’Église continue, contre vents et marées, de défendre l’idée absurde que la seule forme acceptable de sexualité est le coït hétérosexuel non protégé à l’intérieur du mariage, pour les seules fins de la procréation. Ces diktats jouent un rôle déterminant dans l’oppression des femmes (puisque ce sont elles que l’Église opprime en tout premier lieu, les violeurs et les pédophiles étant, étrangement, plus facilement pardonnés) ainsi que les minorités homosexuelles. L’Église ne s’est jamais gênée pour attribuer aux femmes la responsabilité des comportements sexuels soi-disant immoraux et pour blâmer ces « péchés » pour tous les maux de la Terre, y compris les ouragans, et pas seulement à l’époque biblique [3]. Imperméable à la réalité, elle continue d’interdire l’usage du préservatif et de clamer que la solution à la pandémie du sida est l’abstinence et la fidélité [4]. Pendant ce temps, 33 millions de personnes sont infectées par le VIH en Afrique (les 2/3 de toutes les personnes infectées dans le monde), faisant chaque jour toujours plus de mortes et d’orphelines [5]. Et l’Église ose prétendre qu’elle défend la vie ! Pourquoi tolérerions-nous une seconde de plus cette insulte permanente à l’intelligence humaine ?

2000 ans, ça suffit ! Apostasions !

Ne nous laissons pas berner par les opérations de relations publiques visant à réparer les pots cassés par le traitement médiatique des déclarations du pape, d’évêques ou de cardinaux. Leurs déclarations n’en sont pas moins réelles et aberrantes, et elles n’en reflètent pas moins les orientations que l’Église défend dans les faits. Et même si le cardinal Turcotte, pour prendre un exemple québécois, se distancie des déclarations du pape [6], celui-ci n’en reste pas moins contre la contraception, contre l’homosexualité et contre l’avortement. Il cherche seulement à s’adapter à notre ère médiatique en présentant ces mêmes positions de manière plus subtile et « acceptable » pour le public. Ne nous laissons pas berner non plus par les excuses contrites pour le sang versé au fil des siècles, prononcées du bout des lèvres, puis reniées par la suite [7].

Assez c’est assez ! Cessons de cautionner l’Église catholique en demeurant ses baptisées, passifs et soumis, passives et soumises ! L’égalité entre femmes et hommes serait maintenant un des fondements de l’identité québécoise moderne ? Prouvons-le ! Retirons concrètement et pour de bon notre allégeance à l’Église catholique et aux « idéaux » meurtriers et rétrogrades qu’elle continue de défendre, en faisant toutes et tous retirer nos noms de ses registres poussiéreux. Inventons de nouvelles manières de donner du sens à nos communautés et à nos vies, de donner forme à nos valeurs d’égalité, de justice, de liberté et de solidarité sociale. Donnons-nous des repères culturels et spirituels radicalement autres, branchés sur la réalité et les défis actuels de l’humanité, non essentialistes et non hiérarchiques. Mais d’abord, sortons de cette Église puante en claquant la porte ! Toutes et tous autant que nous sommes, apostasions !

NOTES

[1] La Presse, 21 mars 2009, p. A20.

[2] Le Devoir, 15 mars 2009.

[3] Par exemple, l’abbé Gerhard Maria Wagner affirme que ce sont les péchés des habitants de la Nouvelle-Orléans qui sont la cause de l’ouragan Katrina. Il affirme aussi que l’homosexualité est une maladie guérissable. Le Devoir, 16 mars 2009, p. B6.

[4] Pour les déclarations du pape, voir La Presse, 23 mars 2009, p. A22. Pour les déclarations d’évêques québécois, dont Louis Dicaire, voir La Presse, 21 mars 2009, p. A20.

[5] La Presse, 23 mars 2009, p. A22.

[6] Le Devoir, 12 avril 2009.

[7] À titre d’exemple, Benoit XVI a pris soin de renier, en mai 2007, les excuses que Jean-Paul II avait adressées aux peuples autochtones à Saint-Domingue en 1992 à l’occasion du 5e centenaire de la « découverte » des Amériques, en affirmant que les autochtones « espéraient silencieusement devenir chrétiens au moment de la conquête du Brésil il y a 500 ans » et que l’évangélisation aurait « purifié » leurs cultures (Le Monde, 16 mai 2007). Qu’on se souvienne aussi que Benoit XVI a levé l’excommunication de quatre évêques passéistes en rupture totale avec Vatican II, dont Richard Williamson, un célèbre antisémite négationniste. Voir Le Devoir, 15 mars 2009.

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